‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 204 sur 240 · III. i.re partir. An · texte numérisé non relu

III. i.re partir. An

venus

1833. sont aussi occupés à transporter à dos de lamas, soit les produits des autres lieux habités de la province, soit lecorce du quinquina.

La population est d’environ 2500 âmes , en y réunissant l’anqexe de Suches et les divers hameaux épars dans les vallées voisines.

Pelechuco se trouvant au passage de la seule entrée du pays, sa position commerciale est on ne peut plus avantageuse. En effet, tous les objets d’échange apportés par les commerçans et tous les produits des autres cantons intérieurs doivent y passer; aussi le gouvernement y a-t-il placé un receveur des douanes, dépendant de l’administration principale de la Paz.1

1. La route actuelle, en partant de Suches, est la suivante: On va d’abord sur les coteaux, en montant pendant trois lieues, jusqu’à Y Alto de Cololo, puis on fait une lieue en descendant la côte, par un mauvais chemin, une lieue et demie de coteaux, et une légère montée jusqu a Calantica; puis on a une descente de deux lieues et demie jusqu’à la Garita , où l’on n’est qu’à une lieue de Pelechuco. Ce chemin, mal entretenu, et pour lequel on perçoit néanmoins un péage, serait facile à entretenir, vu l’abondance des matériaux de tous genres.

Le bourg de Pelechuco est à trente-trois lieues au sud-ouest de Pata. La route suit le coteau droit de la vallée de Pelechuco, en montant et descendant sans cesse, du lit des rivières au sommet des côtes qui les séparent. Voici du reste, avec les distances, les détails de cette route:

De Pelechuco , en descendant toujours sur la pente des montagnes et passant par Piguara , Lavanara l’on arrive au Rio de Sania- Ana, six lieues. — Du Rio de Santa-Ana, l’on monte une côte d’une demi-lieue jusqu’à Cocotica; puis on suit le flanc de la montagne jusqu’au Pasto orande une lieue. — On descend la montagne par des pentes abruptes jusqu’à Taunaza,

une lieue, d’où il ne reste qu’une descente douce sur le coteau jusqu’au Rio de Pilcobamba, une

demi-lieue. Après avoir passé la rivière , qui n’est qu’un torrent peu rempli d’eau , on gravit la

montagne jusqu’à l’endroit nommé Huancapata, une lieue et demie. — On descend ensuite par des chemins pierreux à Quichara, une lieue et demie. — En montant et descendant sur de petites distances, on arrive à Cliamaljata, une lieue, et sur le flanc de la montagne à Culi, une demi-lieue.

En montant quelquefois ou descendant peu sur les mêmes flancs, on arrive à Mamaljata, deux

lieues, d’où il ne reste plus qu’à descendre jusqu’au Rio de Puente grande, qui , beaucoup plus grand que les autres, se passe effectivement sur un pont de branchages, deux lieues. — En laissant le Rio de la Puente grande, l’on monte quelques côtes, où l’on suit le coteau jusqu’à Paracorin, une

]¡eue> On monte et l’on descend de petites côtes jusqu’à Huayamacan, deux lieues et demie. —

On suit le coteau et l’on passe des côtes assez courtes jusqu’au hameau del Fuerte, une lieue. — On monte une petite côte, puis on la descend par un sentier des plus mauvais jusqu’à Sumpulo, une

lieue. On en monte et descend deux autres, également très-mauvaises, jusqu’au Rio de Aman-

tala, très-fort, roulant toujours beaucoup d’eau, une lieue. — Du Rio de Amantala, l’on gravit une montagne pendant une lieue, et l’on en suit les flancs sur la même distance à Ayapata, deux lieues. — On descend ensuite à Raqui-raqui, une lieue. — On suit le coteau à Santa-Rosa, une lieue; puis on monte encore à Cuquipata, une demi-lieue, et à Cruz-pata ou San-Jose, une demi-lieue. — On descend ensuite, on monte, et l’on marche sur le flanc des coteaux jusqu’à Peliapo , deux lieues. — Après avoir descendu dans la vallée de Pata, et avoir fait une lieue en traversant la rivière de ce nom, par des chemins qui, faute d’entretien, sont remplis de fondrières, il ne reste plus qu’une lieue de montée pour arriver au bourg de Pata.

Pata. Ge bourg, situé sur une colline couverte de plantes graminées ou de bois rares, se compose de pauvres cabanes, alignées, où vivent cent soixante-cinq habitans de la nation quichua, sous une température agréable, légèrement chaude et humide , au milieu du pays le plus fertile du monde. Bien que leau soit rare a Pata meme, les environs offrent des ressources immenses pour lelève des bestiaux et la culture des plantes tropicales. En effet, les larges plages du Rio Tuyche, qui est à courte distance, les bois de ses berges, les plaines de Piliapo, la Quebrada de San Antonio, et une foule d’autres points, où les habitants enlèvent quelques parcelles de terre à l’action active de la végétation , prouvent l’extrême fertilité de ces régions pour ainsi dire désertes. II est certain que les terres cultivables pourraient nourrir une nombreuse population , tandis qu a peine une poignée d’hommes s’y trouvent, pour ainsi dire perdus, sur un sol encore vierge.

Aujourd’hui les habitans récoltent assez de riz, de maïs, de yuca, de bananes, de canne à sucre, de mani, pour leur consommation personnelle; mais leur seul commerce consiste en un peu de riz et de tabac, qu’ils échangent, afin de se procurer des vêtements. Quelques-uns cependant aiment mieux exploier les forets, dans le but dy recueillir les productions naturelles, qui consistent en écorce de quinquina, en baume de copahii, en storaque, en encens, en résine copal. Ils s’occupent aussi à pêcher, dans le Rio Tuyche, des sabalos et des bagres, ou à chasser dans les bois les nombreux oiseaux, les singes de diverses espèces, les cerfs ou les autres quadrupèdes.

Nul doute que les collines ne pussent offrir la nourriture nécessaire à de nombreux troupeaux de vaches; mais actuellement les habitans n’en ont pas plus dune trentaine, par suite des dégâts que leur causent les jaguars, qui abondent dans ces contrées, et qui, à la saison des pluies, ne pouvant plus poursuivre librement leurs proies sauvages, gagnent les lieux élevés et attaquent les troupeaux. 1

1. Pata est à sept lieues à lest-sud-est de Sania - Cruz de V aile - ameno. Pour se rendre à ce dernier point, on prend un sentier tracé pour les mulets, en parcourant l’itinéraire suivant:

En partant de Pata, on monte sur une pente facile jusqu’à Huichu-huichu , une lieue et demie.

On suit le flanc de la montagne jusqu’à Tentación, une lieue et demie. — On descend par un très-mauvais chemin jusqu’à la Palizada, une demi-lieue. — Une fois dans la plaine, il a fallu, poui tiaveiser les fondrières, placer des tronçons d’arbres en travers, ce qui n’empêche pas, vu la mauvaise construction de ce chemin, et surtout son peu d’entretien, que les mules n’y éprouvent beaucoup de difficultés, surtout dans la saison des pluies. On arrive ainsi à San-Juan Pampa , trois lieues, d’où l’on n’a plus qu’une mauvaise chaussée pour se rendre à Santa-Cruz de Valle-ameno, une demi-lieue. Pata est à douze lieues au sud-est de son annexe de Mojos. Pour s’y rendre , on traverse le Rio Tuyche, et l’on prend les montagnes jusqu’à la vallée où est situé Mojos.

L’annexe de Mojos se trouve à peu près dans les mêmes conditions que sa paroisse. De même, elle a ëtê bâtie sur une colline en partie couverte de plantes graminées; de même, elle est entourée de terrains fertiles, de lieux propres à la culture ou à l’élève des bestiaux, surtout dans sa vallée et ses quebradas; mais bien que sa population ne soit que de cent vingtdeux âmes, elle est beaucoup mieux partagée sous le rapport des conditions d’existence. Placée sur un point plus élevé, elle peut produire, dans ses vallées, les plantes tropicales, et sur les montagnes voisines, les plantes des zones tempérées, telles que le blé, la pomme de terre, etc. Les lamas pénètrent jusqu’à Mojos et y transportent les marchandises, ce qui est infiniment moins coûteux que les mules.

On y pourrait avec avantage élever des bestiaux, et reprendre les travaux d’exploitation des lavages d’or, dans les montagnes les plus voisines de la Cordillère.

Apolo-bamba 1 , aujourd’hui capitale de la province, a été fondée vers la moitié du siècle dernier, par des missionnaires franciscains, qui y réunirent les indigènes de la nation apolista, et en formèrent une mission, laquelle, avec les autres bourgs voisins, composa, vers 1800, la province de Caupolican.

Apolo est situé au centre d’une plaine légèrement ondulée, couverte de plantes graminées, qui, large de cinq à six lieues, se prolonge nord et sud, sur une longueur de douze à quatorze lieues, en formant un carré long. Au sud, cette plaine est bornée par des montagnes auxquelles les vallées qu’elles forment donnent un aspect très-pittoresque. A l’est s’élève, comme une muraille, une grande montagne dirigée nord et sud, nommée Altuncama, par suite de son élévation au-dessus de la plaine. A l’ouest court parallèlement une colline basse, qui sépare la plaine d’Apolo de celle de Santa-Catalina , occupant la partie ouest et sud-ouest. Cette dernière vallée horizontale, longue de douze lieues, large de cinq et en partie couverte de pâturages, est traversée par le Rio Tupili, dont les berges sont ornées sur une grande largeur de bois épais, qui tranchent tellement avec la plaine qu’ils paraissent plantés.

Le bourg est formé de trois groupes distincts. Une portion, avant de passer la rivière, composée de maisons éparses et nommée la Parcialidad de la Concepcion, est occupée par ceux que, dans leur langue, les habitants

1. Bamba est une corruption de pampa, qui en quichua signifie plaine.

nomment Mat aguas ou étrangers, et qui vendent toutes espèces de denrées. La seconde portion, placée au centre, sur une légère élévation de grès rouges, de l’autre côté de la rivière, se forme de la maison consistoriale, de l’église paroissiale, du couvent des franciscains, dont la façade est à l’ouest, sur une place dont le nord et le sud sont formés de divers bâtiments; à l’est, en face du couvent, se trouve une série de maisons habitées par les indigènes. Celles-ci, longues de quinze à vingt mètres, pourvues d’une seule porte à l’est, sont rangées en amphithéâtre sur une colline, de manière à ce que du couvent on puisse voir tout ce qui se passe. Les franciscains les avaient ainsi disposées, pour inspecter leurs Indiens et surveiller toutes leurs actions. Alors les commerçans qui venaient dans la province devaient nécessairement se loger au couvent et faire leurs échanges en présence des religieux. De l’autre côté de cette seconde portion du bourg se trouve, sur la route d’Aten, dans l’ordre que je viens de décrire, la troisième portion, qui en est séparée par un ruisseau.

La température d’Apolo est agréable et saine; néanmoins l’air y est plus sec qu’à Santa-Cruz , par suite de ses plaines , qui laissent un libre accès à tous les vents. On y cultive les mêmes choses qu’aux autres bourgs , et le seul objet important du commerce d’échange des habitans est la coca. On y compte de deux mille à deux mille cinq cents têtes de bétail. Pour peu que les habitants prissent la peine, ils auraient sans nul doute tout en abondance. Un seul fait le prouve. Un indien, nommé Pedro Chambi, avait réussi par son industrie à réunir et à élever quinze vaches; et quoiqu’il en eût vendu pendant sa vie, à sa mort, arrivée en 1828, il en laissa environ mille têtes. Les collines et les plaines se couvriraient facilement de bestiaux, de troupeaux de brebis et même de chevaux. Les montagnes de Altuncama pourraient aussi, par suite de leur élévation, produire des pommes de terre et de la vigne.

L’extraction du quinquina a quelque peu changé la manière d’être des habitans, en commençant à leur montrer la valeur réelle des choses, et en leur donnant une idée de l’argent. Ge commerce leur a fait connaître beaucoup d’objets qu’ils ignoraient, en augmentant pour eux les commodités de la vie. Si le commerce eût continué, ils auraient certainement marché vers une civilisation contre laquelle luttent sans cesse ceux qui les dirigent, sous le vain prétexte que les étrangers corrompent leurs mœurs. Bien que cela soit quelquefois un peu vrai , on ne peut nier les immenses avantages qu’amenaient la fréquence et la variété des relations.

On y compte environ 2775 habitans, tous Apolistas. On ne peut plus doux et plus dociles, ils aiment par-dessus tout le plaisir. Les nombreuses fêtes du christianisme, encore augmentées par la coutume locale, leur ménagent de fréquentes occasions de réunions, de danses joyeuses, toujours stimulées par l’eau-de-vie, dont ils abusent jusqu’à perdre la raison. Ils passent ainsi leur vie sans s’occuper de leur avenir, ni de celui de leurs enfans, se confiant sans doute en la richesse naturelle du pays, qui pourvoit à tous leurs besoins. Leur caractère est vif et léger; ils sont très-adroits à tout imiter, et plus susceptibles de se civiliser même que les nations indigènes des Andes; mais il leur manque pour cela des hommes qui, laissant de côté leurs intérêts particuliers, veuillent se consacrer, en les gouvernant au moral comme au physique, au développement de leurs facultés intellectuelles et à leur éducation sociale.'

La délicieuse position de Santa - Cruz lui a valu son surnom de Valleameno. Rien, en effet, de plus charmant, de plus pittoresque, de plus gai que ses environs, de plus tranquille que son séjour. Situé dans une plaine, sur une pente douce inclinée au sud, au pied d’un cerro de forme conique, le bourg est entouré de collines basses, qui s’élèvent graduellement vers le nord, jusqu’à former de hautes montagnes couvertes de l’élégant feuillage des palmiers, mêlé aux cimes gigantesques des arbres les plus vigoureux. Le contraste des plaines avec les collines couvertes d’une végétation délicate et variée, le cours de la rivière de Santa-Cruz, qui traverse l’ensemble, en répandant une fraîcheur salutaire, tout concourt à faire de ce lieu le point le plus agréable de la province.

Rien que petite, puisqu’elle ne contient que 941 âmes, en partie de la nation apolista, la paroisse de Santa-Cruz est propre, et l’on oublie facilement, en jetant les yeux sur ses environs, l’irrégularité de ses rues et de ses maisons. Les terrains qui l’entourent donnent, en abondance, toutes les productions de la zone torride; aussi ses habitants sont-ils agriculteurs. Nonseulement ils sont richement pourvus de vivres, mais encore ils font le commerce de leur superflu. C’est ainsi qu’ils sèchent les bananes, coupées en lanières, pour les transformer en excellents fruits secs; qu’ils préparent

1. On compte d’Apolo à Aten neuf lieues au sud-est, en prenant l’itinéraire suivant : En partant d’ Apolo, on suit la plaine à Puente chico, une lieue; puis à Puente grande , deux lieues, et jusqu’à Pampa-Tupili, trois lieues. — On monte ensuite la côte de Chiinasacro grande, une lieue. — On la descend et l’on prend la pente de la montagne jusqu’à Chiinasacro chico, une lieue, et ensuite jusqu’à Jten, une lieue.

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