‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 206 sur 240 · Voyez tome II, p · texte numérisé non relu

Voyez tome II, p

3. Santa-Cruz est à cinq lieues à l’ouest-sud-ouest d ’ Apolo-bamba ; pour s’y rendre on suit 1 itinéraire que je vais détailler: On monte la côte de Sanla-Teresa , une lieue; on la descend jusqu à Huilipisa, une lieue; on marche dans une plaine à Baqueria, une lieue, d’où il reste un terrain uni jusqu’à Apolo , deux lieues.

des montagnes, dans un bas-fond assez uni. Ses maisons sont dispersées, quoique régulières. Son climat, chaud et humide, est très- sain, malgré les pluies ahondantes qui y tombent fréquemment. Ses productions, sa culture, son commerce sont les mêmes qu’à Apolo. On y élève aussi quelques bestiaux dans les plaines herbeuses du Tupili.

Les habitans, au nombre de deux mille trente-trois environ, d’une nation distincte des Apolistas, parlent la langue tacana , peut-être l’une des plus dures, des plus saccadées et des plus gutturales de l’Amérique. Leur caractère, en rapport avec leur langage, est entier, irritable, rempli de hauteur et sans beaucoup de gaîté; néanmoins ils sont bien plus ardens au travail que les Apolistas, surtout pour l’agriculture ou pour les recherches au milieu des forêts. Chaque Indien doit bâtir à lui seul la maison qu’il veut habiter plus tard avec sa famille; en manquant à cet usage, sans doute conservé de leur état sauvage, il n’est pas homme et se couvre d’opprobre. Comme il est prodigue, et qu’il désire beaucoup obtenir des ornemems pour lui et pour sa femme, il ne redoute aucun des travaux qui peuvent les lui procurer. Il préfère surtout des vases d’argent qu’il peut mettre en évidence sur sa table, ou des vétemeos étranges, couverts soit de franges, soit de parties brillantes, dont il s’affuble dans les processions du culte catholique, afin de se distinguer des autres. Les traits des Ateníanos, auxquels les femmes participent, sont assez grossiers; leur nez est court et épaté, leur couleur est brune, et presque tous sont tapirés ou tachetés de blanc sur la ligure et sur le corps, ce qui leur donne un aspect assez singulier.

Un épisode de l’histoire de la province, spécial à Aten, fait bien connaître le caractère de ses habitans1. En 1814, en conséquence de la défaite complète par les Espagnols du détachement de l’armée patriote sous les ordres du général Pinelo, lorsque celui-ci se rendait du Cuzco à Sa Paz, son secrétaire, le docteur Muñecas, ecclésiastique de mérite, se réfugia avec quelques officiers et des patriotes dans la vallée de l’Arecaja, où, par son influence, il réussit à soulever en masse Ses habitans contre les Espagnols. Après une longue lutte, où ses soldats d’un jour avaient, avec un courage héroïque, soutenu la cause de la liberté et de l’indépendance, ces derniers cédèrent enfin aux efforts des troupes réglées des Espagnols, et Muñecas se vit obligé d’abandonner Larecaja, d’où, suivi de quelques-uns des siens, il gagna Aten par le Rio Juyo.

1. Ce passage intéressant appartient à M. Don Antonio Acosta, qui a bien voulu me le communiquer.

Il souleva de suite les Indiens ateníanos, avec lesquels il s’empara d’ Apolo. «33. Les Espagnols, qui ne le perdaient pas de vue, ne tardèrent pas à envoyer le combattre. Le capitaine Don Agustín Gamarra (depuis président du Pérou) fut chargé de cette expédition. Dans plusieurs rencontres, vu la différence des forces et des armes, les patriotes furent partout vaincus. Enfin il ne restait plus qu’Aten, que les Espagnols résolurent d’emporter. Douze Ateníanos, sous les ordres du capitaine Pariamo, ne pouvant résister en rase campagne à cent soldats de vieilles troupes et à cinq cents archers ( flecheros ), s’embusquèrent à une lieue d’Aten, dans un bois épais situé sur une colline, et là résolurent de mourir plutôt que de se rendre. Après un combat de deux heures, le capitaine Pariamo fut le seul qui s’échappa, et Gamarra prit Aten, où, suivant la coutume des Espagnols, il commença par châtier d’une manière atroce tous ceux qu’il supposait avoir fait partie de Farinée patriote.

Comme les persécutions augmentaient de jour en jour, un indigène nommé José Pacha, l’un des plus compromis, proposa à vingt ou trente familles d’abandonner leurs demeures pour aller chercher la tranquillité au plus épais des forets. Conduites par Pacha, ces familles cherchèrent un lieu où elles pussent nôtre pas découvertes; elles franchirent des déserts, et s’arrêtèrent enfin, à douze ou quatorze lieues à l’est d’Aten, dans un bas-fond quelles nommèrent Irimo \ Elles y restèrent cachées plus de sept ans. Grâce aux mesures qu’avait su prendre Pacha, rien ne manquait à la nouvelle colonie.

On fit, pour se vêtir, des plantations de coton; et, tandis que les hommes s occupaient a la chasse et à la culture, les femmes tissaient et soignaient leur menage. Le chef établit une police intérieure très-sévère, en distribuant les emplois suivant les sexes et l’âge. Tout se faisait en commun, la culture et la chasse. Ceux qui chassaient aujourd’hui, cultivaient demain, et les produits se partageaient avec égalité, comme s’il n’y avait eu qu’une seule famille.

Pour ne pas renoncer a la religion catholique, les habitans de cette petite république bâtirent une chapelle, où ils placèrent quelques images de saints qu ils avaient emportées dans leur emigration. Pacha, qui s’était approprié les pouvoirs civils, voulut encore cumuler les fonctions religieuses. Il célébrait les baptêmes, bénissait les mariages et enterrait les morts, à la fois cure , juge et législateur de sa colonie. Parmi les mesures sévères de sécurité quil avait prises, afin de ne pas être découvert, se trouvait une loi, en

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