III. i.” part
1833. vertu de laquelle on devait enterrer vivans tous ceux qui, sous quelque prétexte que ce fût, se seraient mis en communication avec les habitans d’Aten. La crainte de cette terrible loi protégea pendant sept ans leur retraite; mais une circonstance les fit enfin découvrir.
Une des familles exilées, celle de Manuel Cito, se composait de sa femme et d’une fille de treize ans. Cette jeune idle, ayant beaucoup entendu parler du goût agréable que le sel donnait aux alimens, forma le projet de s’en procurer. A l’insu de ses parens elle s’échappa, se rendit à Aten, où, sans être vue, elle s’empara, dans une maison isolée, de tout le sel qu’elle y rencontra. Le chef, qui s’était aperçu de sa fuite, fit des perquisitions pour la découvrir, et pressa fortement les parens de dire ce qu’elle était devenue. La jeune fille reparut, trois jours après, avec le produit de son vol, et par la nature de son fardeau l’on découvrit qu’elle avait été à Aten; ce que, du reste, elle confessa. Pacha voulut la soumettre à toute la rigueur de la loi; mais au moment de l’exécution, les habitans réunis implorèrent sa grâce avec tant d’instances, et la coupable fit tant de protestations, qn’ enfin le chef lui pardonna. Six ou sept mois plus tard, oubliant la clémence dont elle avait été l’objet, l’imprudente entreprit une nouvelle excursion pour le même objet. Pacha la fit chercher dans toutes les directions, avec ordre de lui infliger le supplice quelle avait mérité. Quatre jours après elle fut arrêtée, et ses pleurs ni son désespoir ne purent, cette fois, la sauver. Elle fut enterrée vive.
Saisis d’horreur en apprenant cette catastrophe, ses parens s’enfuirent dirimo et gagnèrent Aten, afin de s’y plaindre au juge de l’épouvantable châtiment de leur enfant, en découvrant le séjour de Pacha. On envoya de suite s’emparer de celui-ci, qui fut conduit à la Paz pour être jugé; mais on tarda tellement à l’exécuter, qu’en 1823, lorsque la Paz fut prise par les patriotes, Pacha, compris dans un pardon général, revint dans son pays.
Irimo existe encore et se compose des mêmes familles, assujetties aujourd’hui à la juridiction civile et ecclésiastique d’Aten. Les habitans, grâce à l’extrême fertilité des terrains, y jouissent de toutes les commodités de la vie, sous une température suave et dans une position charmante.
Les eaux de la rivière d’Aten vont se réunir au Mapiri, l’un des affluens du Béni. C’est, du reste, le seul cours d’eau du centre de la province qui ne se rende pas à Tuyche.
San -José de Chupiamonas. En marchant à l’est-nord-est d’ Apolo et
traversant des chemins affreux, remplis de dangers de tous genres, au milieu de déserts sans fin, après trente-huit lieues de fatigues, on arrive à ce village, ainsi appelé du nom d’une rivière dont les eaux sont rouges, et qui, à peu de distance de là, se réunit au Tuyche. Le village, habité par soixante-treize Indiens parlant la même langue que les Ateníanos, et leur ressemblant en tout, est situé près du confluent d’une rivière avec le Tuyche, si large alors qu’on ne peut le franchir que sur des radeaux; aussi les habitans de San-Jose se rendent-ils très-utiles aux voyageurs et aux commerçans, en les passant d’une rive à l’autre. On avait pensé, vu le petit nombre des habitans, à réunir ce village a Aten; mais les réclamations des commerçans Font fait conserver, comme un point indispensable au commerce.
La température de San-Jose est très - chaude , sans qu’il en résulte de maladies, et son séjour est agréable. Il semble que la nature ait tout donné à ces lieux sauvages avec une prodigalité digne de la terre promise. L’étranger y est saisi d’admiration devant la beauté de la végétation et l’abondance des fruits. Les bois, en effet, y offrent partout de la vanille, du baume de copahu, des résines, des écorces aromatiques, des gommes, une foule de plantes médicinales , la cire et le miel des abeilles. Les fruits les plus exquis y viennent spontanément, et dans le nombre le cacao, qui s’y trouve partout à l’état sauvage, donnant des récoltes abondantes. La chasse offre beaucoup d’oiseaux et de quadrupèdes, parmi lesquels on peut citer le tapir, les fourmiliers, les paresseux, beaucoup de cerfs, de pécaris, et une très-petite espèce de cochon, qu’on nomme dans le pays quebo-queres. Le Tuyche abonde en poissons! La terre, d’une extrême fertilité, produit en abondance du riz, du maïs, de la yuca, du mani, des bananes, des ananas, du coton, de la canne à sucre; mais tous ces produits sont utilisés dans le village, et ne servent point au commerce.
A douze lieues au nord-est de San-Jose est située l’ancienne mission de Tumupaza 1 , aujourd’hui paroisse. Elle se trouve sur une légère colline composée de pierres blanches, au milieu d’une campagne horizontale, couverte de forêts vierges ou de quelques petites parties d’herbages. Lorsque, dans les mois d’Août, de Septembre et d’Octobre, on gravit les collines, on aperçoit, sur plusieurs points differens, de la fumée, produite sans doute par des Indiens sauvages inconnus jusqu’à présent, qui se sont fixés dans ces lieux si fertiles dont Tumupaza est entouré. La paroisse, peuplée de