‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 217 sur 240 · partie · texte numérisé non relu

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1 833. On conçoit que, pour faire cesser cet état de choses, il suffirait de supprimer les corvées personnelles, et d’établir sur chaque paroisse, dans l’intérêt du commerce, soit des comptoirs particuliers, soit des comptoirs du gouvernement, chargés de donner aux indigènes la valeur correspondante en échange de tout ce qu’ils pourraient récolter.

Bien qu’on pût augmenter dans la province la culture de la coca, elle ne saurait rivaliser avec celle des provinces de Yungas et de Muñecas ; bien qu’on pût stimuler la culture du riz, du café, du maïs, du tabac; bien qu’on pût s’occuper des mines d’or qui abondent dans les montagnes, et en retirer les avantages quelles offrent aux spéculateurs; bien qu’on pût enfin y utiliser la filature du coton et de la laine, pour l’usage des habitans, je crois que ces branches de commerce et d’industrie n’y doivent être regardées que comme d’un ordre secondaire.

Pour que les diverses parties d’un territoire donnent le maximum de leurs produits; pour que le commerce y ait un but, un intérêt particulier, il faut, au contraire, donner, fût-ce au détriment des autres, une grande extension à la branche commerciale qui, avec le moins de travail, peut être la plus utile, surtout lorsqu’elle n’a pas à craindre une concurrence voisine. Je pense donc, en dernière analyse, que pour activer, dans la province de Caupolican, la récolte des deux seules denrées qui offrent une utilité générale, par l’extension que le commerce peut donner à leur culture, savoir, d’un côté celle du quinquina, dans les montagnes, et de l’autre celle du cacao, dans les plaines, on aurait intérêt, afin d’ouvrir des débouchés aux autres provinces des plateaux , à n’y pas encourager la fabrication des tissus. De cette manière on se ménagerait auprès des indigènes des moyens de les stimuler à la récolte du quinquina et du cacao.

11 est certain que si l’on pouvait toujours cantonner les produits par provinces; donner par exemple aux plateaux de la Bolivia, dans les départemens de la Paz, d’Oruro et de Potosi, les tissus de laine; aux provinces de Chiquitos et de Moxos, les tissus de coton; aux provinces de Yungas, de Muñecas, etc., la culture de la coca; aux vallées tempérées de Sicasica, d’Ayupaya, de Cochabamba, de Chuquisaca, la culture du blé, des vers à soie et de la vigne; à Santa-Cruz de la Sierra, à Moxos et à Chiquitos, l’élève des bestiaux, des chevaux et la culture de la canne à sucre; enfin à Caupolican, le quinquina et les cacaotiers, puisque ces plantes y croissent naturellement, on obligerait, pour ainsi dire, les habitans de chaque province à un commerce intérieur d’exportation mutuelle, qui sèmerait partout à la fois la richesse et les germes de la civilisation.

Nos Etats d’Europe ont besoin de leur commerce mutuel pour utiliser les produits spéciaux à chacun d’eux. Sous ce rapport, la république de Bolivia offrant, dans ses diverses provinces, toutes les températures, toutes les zones, et pouvant dès lors donner par l’industrie les productions propres à tous les peuples du monde, à tous les pays, on voit qu’on peut lui appliquer, du petit au grand, les plus hautes questions d’avenir commercial.

La première mesure à prendre pour que Caupoîican s’améliore et pour quelle puisse acquérir l’importance commerciale dont elle est susceptible, est sans contredit l’établissement des voies de communication avec les provinces de l’intérieur, et entre les divers points habités. Des routes de mules sont faciles à tracer dans toutes les montagnes, et seront peu conteuses, puisque les premiers matériaux, les pierres, s’y trouvent tout rendus, et elles durent surtout très-longtemps, ne demandant qu’un entretien peu considérable.

Caupoîican est peut-être, sous le rapport des voies de communication, la plus favorisée de toutes les provinces, étant arrosée par des rivières navigables, auxquelles on paraît n’avoir pas songé. Conçoit-on, par exemple, que, depuis plus de soixante années, on fasse porter sur le dos des malheureux indigènes, jusqu’à la capitale, l’espace de cinquante ou soixante lieues, tous les produits des bourgs d’Isiamas, de Tumupaza et de San-Jose, quand on n’avait qu’à les embarquer sur le Pùo-Béni, et à les faire remonter à une très-petite distance d’ Apolo? Conçoit-on encore, qu’ayant à sa disposition une magnifique rivière comme le Béni, on se soit servi jusqu’à présent, d’Isiamas à Gavinas, de simples radeaux, tandis qu’à Moxos on naviguait, depuis un siècle et demi, avec des pirogues? Il n’est pas douteux que cet état arriéré de Caupoîican, même relativement aux provinces voisines, ne provienne du manque de communications. En effet, parler à un habitant de Potosi, par exemple, de la province de Caupoîican, c’est l’entretenir d’un pays dont il ne connaît que le nom, sans se douter le moins du inonde de ce qui s’y passe.

Avec des moyens aussi faciles que la navigation, on peut juger de ce que deviendront Gavinas, Isiamas et Tumupaza, quand des bateaux à voile ou mus par la vapeur pourront transporter leurs produits, quel qu’en soit le poids, d’un côté jusqu’auprès d’Apolo, par le Tuyché, de l’autre, jusqu’à peu de distance de la Paz, par les Bios Mocéténès et Bogpi. Il ne s’agirait, pour supprimer la corvée personnelle des Indiens de l’intérieur, que d’établir des barques sur les rivières.

11 me reste à parler de quelques autres améliorations indispensables au bien-être des habitans de Caupolican. Au premier rang je place la nécessité d’arrêter la mortalité des enfans de l’intérieur, par l’effet du froid du vent du sud, et des grandes personnes, par les ravages de la petite vérole. On pourrait peut-être, lorsque les écoles de médecine de la république donneront plus de sujets, placer dans chaque province un médecin, à des appointemens fixes. Celui-ci prendrait, avec le secours des curés, des mesures préservatrices pour la conservation des enfans, et pour la propagation de la vaccine, ainsi que les autres mesures sanitaires propres à l’amélioration de la province.

Des missionnaires instruits et entreprenans , appuyés par le gouvernement , pourraient également être chargés d’amener les castes sauvages qui se trouvent au nord et au nord-ouest de Tumupaza , d’Isiamas et de Gavinas, à un état social plus satisfaisant, en les réunissant dans des villages, où ils commenceraient une conversion sociale, qui tournerait sans doute au bien général du pays.

Aujourd’hui Faims des liqueurs fortes, comme l’eau-de-vie, à l’époque des fêtes religieuses, amène tout à la fois, la ruine des indigènes, une grande détérioration dans leur santé et un dérèglement de mœurs qui en sont l’inévitable conséquence. Ne pourrait- on pas, soit en mettant un fort impôt sur ce genre de boissons, soit en prenant toute autre mesure que la sagesse du gouvernement pourrait apprécier, faire cesser ces abus, qui abrutissent au moral comme au physique ceux qui s’y livrent, et qui sont si nuisibles aux progrès sociaux ?

Une dernière mesure, déjà parfaitement sentie par le gouvernement, est l’établissement des écoles primaires dans chaque bourg, afin que l’espagnol, la langue nationale de la république, devenue de plus en plus nécessaire par suite des relations commerciales, remplace peu à peu les langues indigènes encore en usage. Tant que ces langues subsisteront, elles arrêteront ou du moins entraveront beaucoup la marche progressive de la civilisation.

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