‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 26 sur 240 · Idem, p · texte numérisé non relu

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spirituel, composèrent le gouvernement. On mit dans chaque mission, auprès du curé, un administrateur choisi parmi les habitans de Santa-Cruz de la Sierra , chargé de la direction des travaux des Indiens et de gérer les revenus tos annuels de l’Etat.

Entièrement étrangers au langage de la province et aux formes administratives suivies jusqu’alors, ces nouveaux agens auraient eu à se faire tout au moins une éducation complète, s’ils eussent voulu gouverner d’après les principes que Bucareli avait consacrés aux missions et au Paraguay; mais ils trouvèrent plus commode et surtout plus prudent, de ne rien changer à l’ordre précédemment fixé. Les charges restèrent les mêmes pour les indigènes et rien ne fut modifié ni dans les règles religieuses, ni dans le travail personnel. L’administrateur séculier remplaça le jésuite chargé de l’administration, et le frère mendiant le curé; seulement il y eut alors interversion de pouvoirs, le curé étant le premier sous l’ancien régime.

On doit sans doute à cette sage mesure de l’audience de Charcas la conservation des missions des provinces de Chiquitos et de Moxos. C’est du moins ce qu’on pourrait croire, en jetant un coup d’œil rapide sur les fâcheux effets de l’adoption d’une autre marche dans les provinces des missions et du Paraguay. Bucareli établit, dans ces dernières, un gouvernement tout différent de celui des jésuites. Il en résulta des abus sans nombre, devenus, deux ans seulement après l’expulsion des jésuites, si intolérables, qu’on dût y remplacer tous les administrateurs1. La mesure prise par Bucareli en 1770, d’assujettir les Indiens des missions aux lois de l’Espagne, tout en les laissant sous la dure férule des administrateurs, entraîna surtout la ruine complète de ces vastes provinces2. Les employés devinrent de plus en plus exigeans. Les Indiens, que ne retenaient plus ni la religion, ni les sages institutions des jésuites, si bien appropriées à leur caractère, ne pouvant supporter davantage ce joug de fer, commencèrent à se disperser dans les forêts, et en 1801 il y en avait déjà 98,398 de moins que dans le recensement de 17673. En 1828 je ne trouvai plus, à la place de ces opulentes missions, objet de l’envie des gouverneurs et des évêques et but des critiques des philosophes du siècle dernier, que d’épaisses forêts , où , de temps en temps , un bois d’orangers , un bouquet de pêchers à moitié étouffés par la végétation indigène , indiquaient seuls

1. Funez, Ensayo, t. Ill, p. 134, 179. Voyez l’histoire des missions que j’ai traitée tome I.er, p. 27 1 et suiv.

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