Voyez ce que j’en ai dit t. II, p
que de changer du tout au tout la religion de la province. 11 tenta d’établir l’ancienne croyance des Incas chez les Chiquitos, qui ne l’avaient jamais connue, en leur faisant adorer le soleil. Tous les matins, suivi de ses soldats, il obligeait les Indiens à venir, au son de la musique, s’agenouiller devant l’astre naissant, et le soir le faisait saluer avec le même cérémonial, lorsqu’il achevait sa carrière. Cette innovation, propre a perdre la contrée, lui attira la haine des curés et des Indiens, que ce nouveau système éloignait plus encore des principes établis par leurs pères les jésuites, toujours chéris d’eux. Toledo fut enfin obligé de renoncer à l’établissement de son prétendu culte; et, partout déconsidéré, n’obtint plus rien dans le pays. La crainte de ses ennemis le fit s’éloigner du centre. Il transporta successivement le gouvernement à Concepcion et à San-Xavier , afin d’être plus a portée de se sauver à Santa-Cruz. Dans le cours de son administration, toujours bizarre dans ses pensées , il supprima la culture du maïs , pour augmenter celle du coton : mesure qui amena une famine affreuse et coûta la vie à quelques milliers d’habitans.
Depuis l’expulsion des jésuites rien n’avait été réparé. Aux édifices brûlés par accidens, on substituait de chétives cabanes1, et tout s’anéantissait.
En 1830, Don Marcelino de la Peña vint le remplacer. Il connaissait bien le caractère des Chiquitos , avec lesquels il avait long-temps vécu. Il s’établit à Santa-Ana, au centre de la province, et s’occupa activement d’en améliorer l’état. Il y trouva tout dans un désordre extrême. Les revenus publics ne pouvant plus couvrir les appointemens des employés, ceux-ci n’étaient plus payés régulièrement et cherchaient à compenser ce déficit par des spéculations particulières. Les ateliers manquant d’outils, les revenus publics diminuaient journellement, et la misère était à son comble. On avait bien, en 1824, donné aux Indiens la liberté de commercer; mais, comme ils ne connaissaient pas la valeur des choses et que leurs chefs avaient intérêt à ne pas les renseigner à cet égard , ils se voyaient exploités par les parens des administrateurs et des curés, sans aucune amélioration dans leur sort. Le nouveau gouverneur , afin d’arrêter une effrayante mortalité , établit un hôpital dans chaque mission et prit les mesures les plus propres à faire tout rentrer dans la voie d’une réforme devenue indispensable.
Après avoir parcouru la province en 1831 , je m’unis a ce digne gouver-