‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 39 sur 240 · Le curé de San-José en a tué à lui seul 76 en deux ans · texte numérisé non relu

Le curé de San-José en a tué à lui seul 76 en deux ans

paissent librement dans la plaine, divisées par troupeaux d’un millier environ. On les rassemble tous les mois dans un parc, afin de les habituer à ne pas s’éloigner. Leur surveillance n’est absolument rien. Près de Guarayos, des troupes nombreuses de bestiaux, devenus sauvages, couvrent la campagne et pourraient donner lieu à une chasse régulière.

Quatre espèces de cerfs ¡abondent dans la province : l’une ( le guazu pneu) , de la taille d’un âne , se tient près des marais ; le gnazu ti habite la plaine ; les deux autres préfèrent la lisière des bois. Toutes offrent une chasse agréable, et leur peau tannée est des meilleures pour la chaussure.

Les oiseaux y sont moins variés que dans les montagnes. Partout les percnoptères vivent en parasites peu incommodes autour des parties peuplées. Les campagnes offrent des oiseaux brillans , tels que les todiers , les pics , les colibris et de nombreux passereaux, parmi lesquels le cardinal, les caciques tojos , maticos et chopis, s’élèvent en cage, possédant deux qualités rarement réunies, la mélodie et l’éclat du plumage. Des toucans au bec difforme font retentir les bois de leurs accens aigus , qui se mêlent souvent aux cris désagréables des perroquets d’une multitude d’espèces et des aras rouges et jaunes. Ceux-ci et les perruches sont en lutte continuelle avec les Indiens, occupés soit à les chasser de leurs plantations lors de la récolte, soit à s’approprier leurs plumes, afin d’en parer les danseurs et les danseuses aux fêtes solennelles de l’église.

Les plaines, la lisière des bois sont remplis de tourterelles, de pigeons, de beaucoup d’espèces différentes de tinamous ou perdrix du pays. Le soir et le matin les bois retentissent encore des cris cadencés des pénélopes, des hoccos , faisans de ces contrées. Les marais sont partout couverts de canards musqués. Tous ces oiseaux, très-multipliés , ont une chair succulente, digne du chasseur le plus délicat. La blanche aigrette parcourt les marais en troupes innombrables et présente au commerçant ses légers panaches. Les jabirus, les cigognes poursuivent les reptiles malfaisans, ennemis de l’homme. Le kamichi cornu sert, par ses cris à heure fixe, d’horloge aux Indiens, lorsque le soleil, couvert d’un voile de nuages, ne les guide plus pour la division de la journée. Le vanneau, armé de ses accens, les prévient, dans la plaine, du moindre mouvement de jour ou de nuit; le vanneau, que la pie bleue remplace, de jour, au sein des bois. Ces deux oiseaux se partagent ainsi la surveillance de toute la campagne.

Si quelques serpens à sonnettes se montrent quelquefois et inspirent des craintes à l’indigène, il trouve une compensation dans la chair agréable des

Chiqui-

tortues de terre et des igouanes , dont les forêts sont remplies. Si , par une nuit tranquille et chaude, le calme le plus parfait de la nature, au lieu d’offrir toute sécurité au voyageur , est au contraire le précurseur de l’orage qui doit lui succéder, le voyageur n’est jamais surpris; il en est toujours prévenu par les concerts discordans des crapauds et des grenouilles , semblables à de nombreuses cloches carillonnant sur tous les tons.

Les lacs , les rivières , surtout celles du versant nord , offrent partout des poissons, que les indigènes pêchent en les enivrant avec la racine du barbasco.1

Au temps des pluies, le sol des forêts montre des limaçons terrestres aux brillantes couleurs, tandis que les lacs donnent aux indigènes des coquilles bivalves dont ils font des cuillers commodes. La nacre brillante de celles-ci est plus riche que l’argent des Espagnols.

Les insectes sont à la fois le tourment du voyageur et l’ime des plus grandes ressources de l’indigène. Si le jour, en effet, les taons, les maringouins, les quejenes , et même les abeilles2 tourmentent le premier, surtout en été; si des myriades de moustiques acharnés l’empêchent, la nuit, de goûter le repos après la fatigue de la journée; s’il souffre, enfin, dans la campagne de la piqûre envenimée des tiques garapatas , ou dans les villages des importunités de la puce pénétrante, il oublie facilement ces inconvéniens passagers en présence des nuages de papillons aux couleurs diaprées, qui paraissent le guider dans les sentiers tortueux des forêts ; devant les teintes métalliques dont se parent , au temps des pluies , les magnifiques coléoptères qui ornent partout la végétation; devant la lumière animée et persistante que répandent, la nuit, les nombreux élaters ou les feux instantanés de myriades de lampyres. Il perd le souvenir de ses souffrances en voyant les Indiens se faire une fête de manger les fourmis3, en savourant lui-même le miel délicieux des abeilles sauvages, l’aliment des indigènes chasseurs; en songeant que la cire de ces petits êtres donne la plus belle partie des revenus annuels de la province. Du reste Chiquitos n’éprouve point l’inconvénient des migrations annuelles des sauterelles ( langostas ) , qui , plus au sud , détruisent souvent l’espoir du laboureur 4, et ses thermites restent dans les forêts sans nuire souvent à la conservation des édifices en bois.

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