‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 41 sur 240 · Voyez tome II, p. 639, etc · texte numérisé non relu

Voyez tome II, p. 639, etc

2. Les palmiers de la province, avec leur synonymie scientifique, sont les suivans : l.° le cucich ( Orbignya phalerata. Mart.), formant des bois immenses au pays des Guarayos; 2.° le motacu ( Maximïliana princeps ) , dont les bois se rencontrent sur beaucoup de points; 3.° le sumuqué ( Cocos botryophora ), un peu plus rare; 4.° le total ( Cocos totaï), commun près de San-Xavier; ô.° le marayahu ( Bactris infesta), répandu dans la vallée de Tucabaca; 6.° le saho ( Trithrinax brasiliensis ), commun dans le Monte Grande; 7.° le carondaï {Copernicia cerífera), formant bois dans tous les marais; 8.° la palma real ( Mauricia vinifera) , commune près de Concepcion, etc.

1832. Parmi les autres plantes sauvages une multitude sont utiles ou peuvent -"T recevoir diverses applications. Un acacia à gousse triangulaire donne la tein- Jhtr ture 110jre la plus brillante. Le barbasco fournit une racine qui, concassée et jetée dans l’eau, étourdit le poisson et permet de le prendre avec la main. Une iris à racine bulbeuse produit une teinture rouge magnifique. L’indigo ordinaire pousse partout sans culture; une autre espèce à larges feuilles, sauvage chez les Guarayos, leur erimuni , produit un indigo bien préiérable au premier. Le guatoroch fournit le meilleur caoutchouc, que les Indiens seuls emploient pour la fabrication de leurs balles. Le lapacho , espèce de mimóse, donne une gousse qui, pour le blanchissage du linge, remplace le meilleur savon. L’arbre de l’herbe du Paraguay ou maté est commun aux environs de Concepcion. Le copahu abonde au pays des Guarayos, et pourtant il reste inutile. Plusieurs arbres, à leur racine, distillent des résines qu’on brûle comme encens dans les églises, et parmi lesquelles se trouve le copal. Le ricin se montre partout autour des missions ou des lieux habités et pouirait être exploité pour son huile.

Les fruits sauvages sont très-nomhreux dans leur saison : Yuguaporu , gros comme une prune , est commun dans les hois ; les chilimoyas embaument les forêts. Le guatoroch ou mangara est sans aucun doute le plus exquis de tous : il ressemble beaucoup à la meilleure poire. Le guaponion, le vi , le lucarna ( acuchi des Guarayos) et beaucoup d’autres, donnent une bonne nourriture aux Indiens et decorent la table des Espagnols.

y y y y y Améliorations agricoles, industrielles et commerciales dont la province est

susceptible.

Les produits naturels de Chiquitos font facilement entrevoir les améliorations agricoles et commerciales qu’on y pourrait introduire et les incalculables avantages qu’on en retirerait. L’élève, seul, des bestiaux 1 enrichirait , en utilisant d’immenses plaines aujourd’hui sans emploi. La moitié de la province (9000 lieues carrées) s’appliquerait aisément à l’élève des bêtes à cornes et des chevaux. Sous les jésuites la province comptait 80,000 têtes de bétail; il est certain que ce nombre, vu la surface à peupler, serait promptement quadruplé ; alors Chiquitos exporterait chaque année pour une grande valeui de cuirs et de suif. Un troupeau s’augmente ordinairement tous les ans de la moitié de sa totalité; on peut donc calculer, d’après le nombre primitif1, le

1. Voyez mes considérations générales sur l’élève des bestiaux, partie historique , t. I. ,p. 104 et suiv.

temps nécessaire à chaque entreprise de ce genre, pour atteindre un fort revenu. Dans tous les cas la main-d’œuvre n’est rien pour cette exploitation.

Les troupeaux de brebis seraient faciles à y introduire, puisqu’à Santa- Cruz, par la même température, ils prospèrent et donnent une laine des plus fines. Les montagnes de Santiago et de San-José offriraient surtout une plus grande chance de succès , vu leurs pâturages naturels plus rapprochés des nôtres.

Les habitans des montagnes de la Bolivia tirent aujourd’hui leurs chevaux et leurs mules des provinces argentines de Jujui, de Salta, de Tucuman, etc., qui s’enrichissent ainsi à leurs dépens. Si, à Chiquitos, on s’occupait de cette branche d’industrie, la république y trouverait, pour l’avenir, l’économie des sommes immenses que ces achats en font sortir annuellement. J’ai dit que, par suite de la fermeté du sol de Chiquitos, les chevaux et les mules qui y naissent sont excellens pour les montagnes , tandis que ceux de Santa -Cruz et de Moxos n’y pourraient être transportés , leurs pieds n’étant pas faits à leur sol rocailleux. Le Gouvernement de Bolivia pourrait donc, en stimulant l’élève des chevaux à Chiquitos, y approvisionner son armée, tout en conservant ses fonds1. Quant aux mules, leur usage exclusif pour le transport des marchandises leur donne, dans les montagnes, une valeur double de celle des chevaux ; ainsi en les élevant, on doublerait le produit dans le même laps de temps, sans augmentation de frais et de peine.

La récolte de la cire, déjà considérable, offrirait plus de résultats, surtout en améliorant le mode de raffinage, qui entraîne aujourd’hui la perte de beaucoup de matières premières.

L’indigo ordinaire, et surtout l’autre espèce, Yerimuni, sauvage partout, fourniraient une fabrication productive presque sans aucuns frais , et les produits en seraient d’autant plus importans, que la Bolivia reçoit cette matière d’Europe.

La vanille , assez commune à l’état sauvage au nord de Concepcion , pour-

1. Mes réflexions sur ces questions, pendant mon séjour à Chiquitos, m’ont engagé à proposer au président de la république de faire , avec la province de Moxos , un échange de sel pour des jumens. Celte proposition a été favorablement accueillie, et j’espère que maintenant quelques milliers de jumens peuplent les campagnes de Chiquitos, et pourront y ramener l’abondance. Je me félicite aujourd’hui d’avoir obtenu cette grande amélioration pour les habitans de la province.

rait y être cultivée et deviendrait une branche importante de revenu, surtout pour l’exportation en Europe.

Le tamarin , dont on ferait des plantations nouvelles , donnerait tout à la fois, dans chaque mission, des arbres d’agrément et d’utilité.

Le cacao, déjà planté à Guarayos, serait susceptible de propagation sur toutes les régions nord et nord-ouest de la province. Ses produits , admirables dans ces régions, rivalisent avec ceux de Moxos, oii il est des meilleurs.

Le café réussirait sur les collines, où l’agriculture des céréales ne trouve pas assez de terre végétale; ainsi tous les coteaux déserts des environs de San-Xavier et de Concepcion s’utiliseraient et produiraient des récoltes abondantes.

La canne à sucre pousse avec une extrême vigueur près des lieux humides si nombreux dans la province. On la cultiverait avec avantage sur les points où le mais ne croîtrait pas. La fabrication du sucre, du tafia, recevrait alors une impulsion nouvelle, et les produits seraient expédiés à Buenos -Ayres par le Rio du Paraguay. Le maïs donne ordinairement, dans la province, en terme moyen, de deux cents pour un; le riz, de cinquante à cent. On en ferait une branche d’exportation importante pour Buenos-Ayres.

Les montagnes de Santiago offriraient, sur leurs croupes recouvertes de terre végétale l, des points où l’on pourrait cultiver le blé , la vigne , le mûrier, les vers-à-soie; ainsi ces montagnes, aujourd’hui désertes, inhabitées, se couvriraient de notre industrie agricole la plus productive. En un mot, la province de Chiquitos , par ses plaines , ses montagnes , ses terrains humides, ses terrains secs et ses marais , par la différence de température des divers points, suivant leur élévation, admettrait à la fois toutes les branches de culture, depuis celles des pays les plus chauds jusqu’à celles des régions tempérées. J’ai souvent eu occasion de vanter la richesse de ce sol encore vierge2, malgré la beauté de sa vegetation naturelle, qui en fait le plus beau pays du monde.

Les bois de construction abondent partout. Les plus beaux bois de vives couleurs rouges , jaunes , violets, roses, etc., pour lebenisteiie et le placage des meubles , seraient d’un excellent retour comme matière d’exportation en Europe. Une foule d’espèces de bois de teinture pourraient encore être exploités. L’huile de coco, dans ces immenses forêts de palmiers cucich, de motacus

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