Partie historique, t. III, p
1832. moins de travail que celle de la Bolivia intérieure. Il suffirait en effet daméu. liorer les chemins existans dans la province, ou d’en faire seulement queltos ques parties d’un côté, à l’est, vers les affluens de la Plata, et de l’autre, au nord, vers les affluens de l’Amazone. Dans l’état actuel, les produits exportables consisteraient en cuirs secs de bestiaux, aujourd’hui sans aucune valeur, et qu’on obtiendrait à vil prix1; en cire raffinée, en coton, en indigo, en vanille, en sucre. Quelques améliorations agricoles et industrielles , permettraient d’ exporter encore utilement en Europe les pelleteries des animaux sauvages, comme les singes hurleurs, dont la fourrure noire ou rouge est magnifique; les peaux de jaguars, celles des paresseux, des renards, des cougouars, etc.; les cuirs des tapirs pour la sellerie, les cuirs des cerfs, des daims, pour la chaussure; les belles plumes des aigrettes. La végétation, soit naturelle, soit cultivée, donnerait ses magnifiques bois d’ébénisterie, ses bois de teinture; de l’huile de cocos, de l’huile de ricin, de la gomme élastique, du baume de copabu, de la resine copal, d excellent cacao, du cafe, du riz, de la soie, de la soude, de la potasse, etc. Quelques-uns de ces mêmes produits seraient certainement de défaite à Buenos- Ayres; et quelques autres, qu’on ne pourrait exporter en Europe, donneraient aussi de grands avantages dans cette même ville, comme l’herbe du Paraguay, le fer, le riz, le maïs et les tissus de coton.
Actuellement l’argent n’a pas cours dans la province de Chiquitos ; aussi les premiers negocians qui pourront y parvenir avec des marchandises d Europe, y feront -ils des échanges très - avantageux. Malgré les difficultés de transport qui existent aujourd’hui, les commercatis de Santa-Cruz, munis de marchandises d’Europe2, réalisent des bénéfices immenses. Quels ne seraient donc pas ceux qu’obtiendraient les spéculateurs qui remonteraient dnectement soit l’Amazone, soit la Plata et le Rio du Paraguay?
Les marchandises d’importation a Chiquitos sont d un transpoi t facile et se fabriquent toutes en Europe. Ce sont des draps bleus et noirs , des
1. A Santa-Cruz on les paie 4 reales ou 2 francs 50 centimes; ainsi, en supposant que le prix en doublât, on pourrait encore avoir à 5 francs des cuirs qui , à Buenos-Ayres , en valent déjà 30. Ce serait la branche de commerce la plus productive.
2. Ces marchandises doublent le cap Horn , sont débarquées au Chili ou sur la côte du Pérou et de Bolivia; se rendent de là par terre soit à la Paz, soit à Potosi; y sont achetées souvent de la troisième main par des pacotilleurs qui détaillent à Santa-Cruz. Après avoir franchi trois cents lieues de montagnes, après avoir souvent quintuplé de prix, elles restent entre les mains des marchands, qui annuellement exploitent les provinces de Chiquitos et de Moxos.
indiennes de coton de couleurs vives, telles que le rouge, le violet, le bleu; des mouchoirs de coton rouges, jaunes, bleus, mais plus particulièrement avec des fleurs rouges; des rubans de soie larges de cinq à huit centimètres , rayés ou à fleurs , de petits rubans , tels que de la faveur rouge, jaune, verte, toujours de couleurs vives; des boutons de métal, des verroteries très-ordinaires pour colliers, de la fausse bijouterie, comme boucles d’oreille, bagues, petites croix d’or; dorées ou d’argent, à suspendre au cou des femmes; des médailles en cuivre et en argent, avec des croix et des images de la vierge. On y recherche beaucoup les objets de quincaillerie , comme ciseaux très-communs , couteaux droits à manche de bois , aiguilles à coudre, principalement des numéros 0 et \ ; haches et outils de menuiserie, limes, râpes, etc.; quelque peu d’images encadrées, de petits miroirs, et beaucoup de ces objets qu’on trouve à Paris dans les boutiques de cinq à vingt-cinq centimes.
Pour régulariser le commerce d’exportation de la province de Chiquitos avec l’Europe, il n’y aurait que peu de chose à faire. Ce commerce aurait lieu d’un côté par le Rio du Paraguay et de la Plata, de l’autre par le Rio de Madeiras et par l’Amazone.
Rien de plus facile que la navigation par le Rio du Paraguay et la Plata, j’ai dit que les rivières de Santo -Tomas, de Tapanakis1, et surtout le Rio d’Oxukis2 3, pouvaient servir à gagner le Rio du Paraguay avec des bateaux à vapeur. C’est, en effet, par ces rivières que se sont faites les nombreuses expéditions des Mamelucos de San-Pablo , durant leur recherche des esclaves0, et que des jésuites sont remontés du Paraguay , lorsqu’ils cherchaient à établir des communications faciles avec le centre de leurs missions. D’ailleurs, si ces affluens offraient quelques difficultés , on aurait bientôt établi un port sur le Rio du Paraguay même, non loin de l’embouchure du Rio Oxukis, par 19° de latitude, ou le père Quiroga4 assure qu’il y a, sur la rive occidentale de la rivière , des collines élevées , sans doute la continuation de la Sierra del Sunsas. Quant à la navigation du Rio Paraguay, le même auteur, qui l’a descendu depuis sa source, dit que le Jauru est navigable pour de grandes barques , cinquante lieues au-dessus de son confluent