Barcia, Historiadores primitivos
cap. XXXIX, p. 30.
de Indias, t. I; Comentarios de Alvar Nuñez Cabeza de Baca,
de mes pirogues. Confus des présens du Guarayo, je l’invitai à venir vers la rivière recevoir les miens. Il prit alors son arc et ses flèches , et sa femme , quoique chargée de deux enfans jumeaux, dut encore porter une partie des provisions. Une jeune fille de douze ans, d’une charmante figure, prit le reste. Jamais je n’avais inspiré plus de curiosité. Ces trois personnages avec lesquels je m’acheminai, ne cessaient de me regarder avec une attention toute particulière : peut-être voyaient-ils un blanc pour la première fois. Depuis mon départ de Trinidad j’avais souvent reconnu des traces des Guarayos, mais j’appris que j’étais aux confins des lieux habités par cette nation.
La rivière est partout très-encaissée; le cours en est étroit, mais profond, et la navigation y serait facile en tout temps pour des barques d’une grande dimension ou pour des bateaux à vapeur. Ses rives, d’abord couvertes de bambous près de Trinidad, s’étaient ornées peu à peu d’arbres variés, qui, le cinquième jour, à l’approche du confluent du Rio Huacari , avaient en quelque sorte disparu. Le Rio Huacari, connu des habitans de Moxos sous le nom de Rio Negro (de la couleur de ses eaux), prend sa source dans un grand lac entre l’Ascension et Trinidad de Guarayos, et suit parallèlement, à quelques lieues de distance, le cours du Rio de San-Miguel. Il reçoit de l’est, dans ce trajet d’environ un degré et demi, un grand nombre de petits ruisseaux. Les deux rivières réunies sont larges à peu près comme l’Yonne à Auxerre; mais elles sont bien plus profondes.
Le voyageur qui pénètre en un lieu pour ainsi dire vierge, y éprouve des jouissances réellement inconnues à ceux qui n’ont jamais abandonné les lieux habités. Les animaux des forêts ne connaissant pas les dangers auxquels les expose l’approche de l’homme, ne montrent aucune crainte; aussi voyais -je des troupes de singes m’observer avec curiosité plutôt que me fuir. En effet, loin des lieux fréquentés par les Guarayos, dans leurs chasses annuelles, les mammifères abondent d’une manière incroyable. C’étaient une bande de pécaris , sangliers de ces contrées, un cerf à la course légère, de nombreux agoutis et d’énormes tapirs. De joyeuses sociétés de diverses espèces de sajous, de callitrich.es 1 se montraient fréquemment au sommet des arbres, ou bien encore des alouates parfaitement nommés singes hurleurs, et des atèîes, singes à quatre doigts, dont leur couleur noire, leurs manières grotesques , font de véritables démons. Les oiseaux n’y étaient pas moins nombreux, les forêts retentissaient, le matin et le soir, des cris
1. Entr’autres le Callithrix entomophagus , d’Qrb. , Mammifères, pi. 7.
Rio
de San- Miguel.
aigus des pénélopes, des hoccos, les faisans d’Amérique, et la berge de la rivière était très-souvent couverte de troupes de ces derniers, de herons, de savacous , et des compagnies voyageuses de la blanche aigrette. Cette décoration vivante changeait à chaque instant du jour. Malheureusement je profitai peu de ces richesses zoologiques, des pluies peu interrompues, une chaleur humide des plus fortes ne m’ayant pas permis de conserver les
animaux préparés.
Les voyages sur ces rivières s’exécutent assez commodément. Les pirogues qui vous portent, faites d’un seul tronc d’arbre creusé, ont ordinairement neuf à douze mètres de longueur, sur un mètre ou deux de largeur. Trespasses au milieu, un peu relevées seulement aux extrémités, elles ont rarement, une fois chargées, un décimètre au-dessus de la surface, de sorte que le moindre tronc d’arbre caché au-dessous y fait entrer l’eau avec violence. On met ordinairement deux passagers et quatre malles dans les pirogues de moyenne grandeur. Les passagers se tiennent sous une petite cabane couverte en cuir, où l’on peut à peine rester assis. Les rameurs varient en nombre, suivant la longueur du bateau. A l’arrière se tiennent debout, pour gouverner, deux Indiens, l’un le capitaine de la canovci ou pirogue, l’autre son second; à l’avant deux Indiens encore, ces derniers assis et chargés de prévenir les obstacles ou de chercher à les éviter ; entre les malles les rameurs, assis également par paires. Tous sont armes de larges pagayes en bois, et rament tout le jour sans jamais s’arrêter. Les Indiens commencent la journée par se baigner; ils partent à l’aurore et marchent jusqu’à huit heures. Ils s’arrêtent pour déjeuner, puis, avant de se remettre en route, prennent encore un bain. Us rament jusqu’à midi, restent à terre une heure pour dîner, et naviguent jusqu’au soir. Lorsqu’une personne importante voyage, les administrateurs envoient une pirogue cuisinière chargée de vivres , où des cuisiniers préparent les repas tout en marchant, ce qui fait gagner beaucoup de temps. C’est ainsi que je voy ao-eai toujours dans la province de Moxos. Le soir, aussitôt l’arrivée, des Indiens allaient couper des enfourchures d’arbres dans les bois et des roseaux. Dans un instant on me construisait un lit , sur lequel j etendais un petit matelas et ma mousticaire. Dans ce trajet, les Indiens Baures furent toujours pour moi remplis d’attentions de tous genres. Si la chaleur dans les beaux jours est encore étouffante le soir , la nuit des vapeurs épaisses s’élèvent de la rivière , et tous les matins j’étais aussi mouillé par la rosee que par la plus forte pluie.
A mesure que j’avançais, la forêt des rives du Pùo de San-Miguel devenait moins large, et les bords de la rivière diminuaient d’élévation. Plusieurs fois je voulus me frayer un passage au travers des bois, sur les deux rives, et je trouvai d’abord six à huit kilomètres de largeur, puis quatre, et le huitième jour de navigation, la forêt, réduite à une simple bordure, indiquait notre approche de Moxos; enfin, sur la rive droite les arbres cessèrent tout à coup, remplacés par une large plaine inondée. Les Indiens m’annoncèrent que nous étions au port. Le Rio de San-Miguel, que je devais revoir plus tard, forme, plus bas, la Laguna d’Itonama, passe à la mission de Santa-Magdalena , et devient l’un des affluens du Guaporé ou Iténès. J’avais donc tracé, dans ce voyage, un long sillon au milieu de l’espace laissé vide sur nos cartes, et reconnu que le Rio de San-Miguel n’est point un affluent du Rio Mamoré. J’avais encore joint, à mes précédentes recherches, ce nouveau résultat géographique , en étudiant une portion du continent américain jusqu’alors inconnue.
J’abandonnai le Rio de San-Miguel pour me rendre par terre au Carmen, situé à sept lieues à l’est sur le Rio Blanco. Ne pouvant pas mettre pied à terre, je franchis en pirogue une lieue de plaine inondée jusqu’au bois que j’avais en vue. Il n’y avait pas toujours assez d’eau pour naviguer, et les Indiens traînaient alors la pirogue. Yers quatre heures du soir, après avoir beaucoup souffert du soleil, je me trouvai au sein de la forêt, d’où j’expédiai deux Indiens au Carmen, pour demander des chevaux, et je me livrai à la piqûre envenimée des nuages de moustiques qui abondaient en ces lieux.
Je manquais de vivres, l’humidité ayant avarié la viande sèche dont je m’étais approvisionné; aussi, entendant les beuglemens lointains des taureaux, je questionnai mon interprète, qui me dit que tous les environs sont couverts de bestiaux sauvages , et qu’on en estimait généralement le nombre à une dizaine de mille. Je partis afin de les chasser, accompagné de mes aides et des Indiens. Poursuivi par un de ces animaux furieux, je fus assez heureux pour le frapper a mort d’une balle, à l’instant où je courais le plus grand danger d’être sa victime. Lorsque ces taureaux ont atteint l’âge de quatre ans, ils abandonnent la compagnie des vaches et vivent tous ensemble une partie de l’année, ne rejoignant plus les troupeaux des femelles et des jeunes qu’à l’instant du rut, qui en ces lieux est périodique. Comme naturaliste, je voyais avec plaisir ces animaux perdre leurs habitudes domestiques et reprendre les moeurs de leur état primitif. Les bestiaux redevenus sauvages sont encore très-nombreux dans la province de Moxos. Depuis le pays des
Moxos.
4 Févr.
Guarayos jusqu’à près du Carmen et de Trinidad de Moxos, ainsi qu’aux environs de Reyes, il y en a une très-grande quantité, qu’on chasse quelquefois seulement pour leur peau. 11 y aurait là, pour les peuples européens, une abondante source de richesses.
La nuit, les rugissemens d’un jaguar mirent ma troupe en alerte; mais il n’osa pas s’approcher, se contentant de se joindre aux moustiques pour nous empêcher de goûter le repos. Le lendemain matin je parcourus tous les environs; mais l’inondation de toute la campagne me contraignit à ne pas abandonner la lisière du bois. Les chevaux arrivèrent à midi. L’administrateur m’envoyait en même temps des bœufs pour traîner les pirogues avec leur chargement jusqu’au Carmen. Pendant que les Indiens chargeaient les effets, je montai à cheval, accompagné d’un guide. En laissant le bois, j’entrai dans un marais de douze kilomètres environ de largeur, oh les chevaux avaient souvent de l’eau jusqu’au ventre. Jamais je n’ai vu tant d’oiseaux réunis. Dans les endroits les moins profonds, j’apercevais des hérons, des aigrettes, des jabirus, et partout ailleurs des canards si nombreux, qu’en s’envolant ils me représentaient un immense nuage. Je trouvai au-delà du marais le Rio de San-Francisco, queje passai en pirogue. Je traversai, sur un terrain moins inondé, un beau bois, au-delà duquel existe une ferme de chevaux, où l’on compte 5000 j umens. De ce point jusqu’au Carmen, la campagne se montra sans interruption tantôt inondée, tantôt couverte de bois ou de palmiers carondaïs. La province de Moxos est tout l’un ou tout l’autre : il paraît qu’au temps des sécheresses on ne trouve de l’eau que dans les rivières, tandis que, durant les six mois de pluie, tout est inondé, de sorte qu’on peut aller presque partout en pirogues , sans s’occuper des faîtes de partage entre les rivières.
§. 2. Séjour dans les missions Baures et Itonamas de la province
de Moxos .
Mission du Carmen de Moxos.
Bien fatigué de trotter dans l’eau ou dans la boue, j’arrivai enfin au Carmen, où je fus parfaitement reçu par le curé, remplissant en même temps les fonctions d’administrateur. Je m’établis dans une chambre, où je faillis d’abord être suffoqué par une insupportable odeur de musc. Cette odeur était due à des milliers de chauves-souris', qui de jour se tiennent sous
1. C’est principalemenl le Noctilio affinis, d’Orb., Mammifères de mon Voyage, pl. 10, fig. 1 et 2.
les tuiles du toit. Heureusement quelles n’appartenaient pas à cette série vorace des vampires , dont j’avais eu souvent à souffrir à Chiquitos. Je voulus changer de logement, mais je n’y aurais rien gagné, toute la mission étant ainsi peuplée de ces animaux, qui, du reste, rendent d’immenses services aux habitans, en diminuant le nombre des moustiques. Le soir, des milliers de chauves-souris sortirent en effet de tous les toits, et des nuages de ces animaux parcoururent la campagne, sans néanmoins empêcher que les maisons ne fussent la nuit remplies de moustiques.
Le village de Nuestra Señora del Carmen de Baures n’est point, comme les autres missions de la province de Moxos, l’oeuvre des jésuites. Il a été bâti en 1794, par les ordres du gouverneur Zamora. L’administrateur de Concepcion de Baures ayant appris qu’il y avait , près des sources du Puo Blanco , des Indiens sauvages , envoya pour les chercher 1 un grand nombre de pirogues montées par des Indiens Baures. Ils appartenaient à la nation Quitemoca2, déjà en partie réduite, par les jésuites, à la Concepcion de Chiquitos, et furent forcés de se rendre, au nombre de deux cents. On en forma un village à douze lieues au sud de la mission actuelle, en les mélangeant à trois cents Indiens Baures pris dans la mission de Concepcion de Moxos; mais l’emplacement de la mission étant très-malsain, on la transféra, en 1801, au lieu qu’elle occupe aujourd’hui, c’est-à-dire à peu de distance du Rio Blanco , sur une légère élévation entourée de marais.
Le village n’a aucun édifice. L’église est simple. Les maisons de l’État couvertes en tuiles, sont toujours provisoires; les habitations des Indiens, couvertes en paille, sont en mauvais état. Le plus bel ornement de la mission consiste en quatre palmiers totaïs, qui entourent la croix au milieu de la place. Quant aux environs, ils sont affreux, excepté les rives du Rio Blanco, ou l’on parvient par une digue élevée seulement depuis quelques années. Là sont les champs de cacao et de culture appartenant au village. L’industrie est moins avancée au Carmen que partout ailleurs, on y tisse des étoffes grossières et l’on y recueille le cacao. La population était, en 1801, de 514 âmes; aujourd’hui elle est de 897, appartenant aux deux nations des Quitemocas et des Baures. Dans cette dernière, la tribu des Muchojéones parle
1. Ces renseignemens sont officiels, je les ai pris dans les actes mêmes restés aux archives de la mission.
2. Ces Indiens, appelés Chapacuras par les administrateurs, sont bien, par le langage, comme je m’en suis assuré, de la même nation que les Quitemocas.
Carmen
de
Moxos.
1832. un
dialecte un peu différent de celui des Baures, qui ne sont eux-mêmes
qu’une tribu de la grande nation des Moxos. Les habitans sont d’une
de extrême bonté. J’en donne pour preuve la patience avec laquelle ils supportèrent pendant de longues années 1 infame conduite de lcui administrateur et de leur curé, qui, s’étant partagé la mission comme un harem commun, se faisaient successivement amener toutes les jeunes Indiennes, des quelles avaient atteint l’âge de huit à dix ans, et cela sous peine de cinquante coups de fouet. Je ne reproduirai ni le nombre des victimes de ces monstres, ni d’autres affreux détails que j’appris de la bouche même des interprètes; ils font frémir l’humanité. Le curé était mort depuis un an, execre de tous les Indiens, et l’on avait destitué l’administrateur aussitôt sa conduite connue.
Je restai au Carmen cinq jours, que j’employai a etudier et a faire des recherches. Le dimanche, apres la messe, toutes les Indiennes de la mission vinrent me visiter. Chacune, comme a Chiquitos, m apportait son present, des poulets, des canards, de la vanille, du cacao, des peaux de singe, et enfin tout ce qui leur paraissait digne de fixer mon attention. Je leur fis également des cadeaux; mais la renommée ayant considérablement grossi mes largesses, le village entier vint m’assaillir; et, vers le soir, je fus contraint de requérir un fiscal pour me défaire des importuns. Dans mes promenades aux environs du Carmen, je découvris, sur les rives du Rio Blanco, une nouvelle espèce de palmiers, pourvue de longues epines blanches . Je reconnus que les champs de cacao, d’une venue magnifique, sont on ne peut plus mal soignés. A peine les débarrasse-t-on une fois 1 annee des mauvaises herbes.
10 Fevr. Le 10 Février j’abandonnai le Carmen, pour me rendre a la mission de Concepcion de Baures, distante de deux journées, sur le Pdo Blanco. Le coré avait fait orner de fleurs mes pirogues, et m’avait donné un tambour pour annoncer que j’étais un grand personnage. Je lui fis mes adieux et je commençai à voguer. Le Rio Blanco est, dans cet endroit, très-profond et tresencaissé, tout en restant bien plus large que le Rio de San-Migucl, car sa largeur peut être alors de cent cinquante metres. Il presente le meme aspect que le Rio de San -Miguel, seulement il est bien plus tortueux, et reçoit , à chaque pas , de petits affluens des marais voisins. Les rives en sont agréablement ornées de palmiers mélanges a beaucoup d autres arbies, et jamais je ne vis plus de gibier, ce qui tient a la defense geneiale faite aux Indiens des missions de Moxos de porter des armes et dès-lors de
1. C’est le Bactris Brongniartii. Voyez Palmiers, pl. 7 , fig. 2.
chasser*. Les grands singes, surtout les áteles, se montraient à chaque instant et me divertissaient par leurs gambades. Je vis encore beaucoup de dauphins Riu ~ de l’espèce singulière qui vit toute l’année dans les rivières. La couleur en est Blancorosée ou tachetée. C’était pour moi une chose nouvelle de rencontrer ces animaux à plus de huit cents lieues de la mer, tandis que les espèces connues se tiennent seulement dans les océans, ou remontent tout au plus à quelques lieues de l’embouchure des fleuves. Cet animal, très- commun à Moxos, y est connu des Espagnols sous le nom de Bufeo*. Je m’arrêtai à moitié chemin pour passer la nuit, et je pus tuer des singes nocturnes qui venaient s’ébattre au-dessus de ma tête, au sommet des arbres.
Le Rio Blanco, par le grand nombre de ses petits aflluens, s’élargit de n FeVr. plus en plus; partout et bien au-dessus du Carmen, il offrirait une navigation commode pour des bateaux à vapeur d’une grande dimension. Lorsque la saison des pluies est plus avancée, on prend, sur la rive droite, vers les deux tiers du chemin, entre le Carmen et Concepcion, pour éviter les nombreux détours qu’il présente, un ruisseau nommé Oquiré , et l’on gagne un marais qui conduit presqu’en ligne droite à travers la plaine jusqu’à Concepcion. Yers cinq heures du soir le tambour annonça l’approche du port, ou je trouvai l’alférès de la mission avec des chevaux. Je confiai mes effets à la surveillance de ce juge, et suivant une belle levée longue d’une lieue, construite par les jésuites au milieu d’un marais, je franchis la distance, précédé d’un Indien à cheval, qui galoppait en battant de la caisse, pour annoncer mon arrivée.
Mission de la Purissima Concepcion de Baures.
A mon entrée dans la mission, je fus frappé d’un air de splendeur que je n’avais jamais rencontré même dans les plus belles de la province de Chiquitos. L’étendue, la distribution des maisons, et surtout la place, où s’élèvent une magnifique église et un collège formant un carré d’un étage, me donnèrent lieu d’admirer encore les travaux extraordinaires des jésuites en ces contrées. L’administrateur et le curé vinrent me recevoir, me donnèrent des appartemens commodes, et après avoir reçu la visite des chefs indigènes, je pus librement continuer mon rôle d’observateur.
1. Cette mesure a été prise par les gouverneurs espagnols lors des rixes qui eurent lieu à San- Pedro, sous le gouvernement de Velasco. Voyez plus loin les généralités sur la province de Moxos.