‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 54 sur 240 · III. i.Te part · texte numérisé non relu

III. i.Te part

Magda-

lena

de

Moxos

seulement les femmes revêtent plus souvent des tipoïs noirs. Les garçons, entièrement nus jusqu’à la puberté, portent, comme lesGuarayos, une jarretière au-dessous du genou, et une autre au bas de la jambe. Les jeunes idles, également nues , ont de plus que les garçons une ceinture formée d’un seul rang de perles de verre.

De nombreuses conversations que j’eus avec les curés et les administrateurs de Santa-Magdalena et de San-Ramon , me donnèrent la certitude que les Itonamas reprennent, sous le régime actuel, toutes les superstitions et tous les usages de leur état primitif. J’en citerai quelques exemples. A la naissance de leurs enfans, les parens conviennent qu’ils les marieront ensemble, et dès ce moment ils les regardent comme époux, leur enseignant même les relations réciproques les plus intimes qui doivent exister entreux, en les couchant, le plus souvent, dans le même hamac. Cette coutume, que les curés cherchent à détruire, oblige ceux-ci à unir les jeunes gens de très -bonne heure, afin de justifier leur conduite et celle de leurs parens. Les jeunes filles sont mariées à huit ans, et je vis un veuf de treize. Leur religion est toute extérieure; aussi ne se font -ils scrupule de rien. Les hommes entr’eux se prêtent volontiers leurs femmes , qui , du reste , s’abandonnent à tous leurs parens.

Dans leurs maladies ils sont remplis de superstitions. Dès qu’une personne est malade, elle va s’établir chez ses père et mère. La femme, aussitôt son accouchement, abandonne son mari, sa demeure, pour aller dans la maison oh elle est née, quand même ses parens n’existeraient plus, ce cpii amène beaucoup d’accidens. Lorsqu’un malade a reçu les derniers sacremens , ses parens le privent de tout pendant vingt-quatre heures. Lorsqu ils le croient près d’expirer, ils se réunissent et ferment les yeux, la bouche, les narines du moribond, afin, disent -ils, que la mort ne passe pas de son corps dans celui des autres habitans de la maison. Il est souvent arrive que ces barbares, prenant une syncope pour l’agonie, hâtaient ainsi, en 1 étouffant, leur dernier moment des leurs. L’égoïsme est tel, chez les Itonamas, quils ne partagent jamais même leur superflu. Le curé m’en citait un trait des plus forts. Un Indien avait obtenu une chandelle, qu’il avait allumée dans une de ces longues maisons sans séparation, oïi souvent plusieurs familles vivent ensemble; mais, pour cpie ses voisins ne pussent pas profiter de la lumière, il fit placer toute sa famille de manière à la cacher à tous les autres habitans de la maison.

L’industrie est moins développée à Magdalena qu’à Concepcion, seulement

les tissus sont bien plus fins qu’à Concepcion. Je parcourus les champs de 1832. culture, dont l’entretien prouvait en faveur de l’administrateur. Je vis dans TT

iVlagda-

¡’espèce d’îîe des champs immenses de canne à sucre, de coton, de tamarin, ^ et beaucoup de jeunes plantations de cacaotiers. Voici comment ces derniers Moxos. se cultivent. On commence par planter un champ de bananiers ; lorsqu’il est en belle venue, on sème, au pied de chacun des plants, plusieurs graines de cacaotiers , qui , avec beaucoup de soins , protégés d’ailleurs dans leur premier âge par l’ombre des bananiers, croissent peu à peu et donnent des produits la quatrième ou la cinquième année. Ces champs servent seulement à l’approvisionnement du collège et profitent au Gouvernement. Les champs des Indiens sont à quatre journées de marche, en descendant le Rio Itonama, près de son confluent avec le Rio Machupo. Comme les pauvres indigènes sont toujours à la disposition de leurs administrateurs, ils obtiennent à peine quinze jours par an pour semer et quinze jours pour récolter; mais la saison des récoltes étant en même temps celle du commerce et des transports de marchandises , il arrive souvent que , dans l’impossibilité de surveiller les leurs, les Itonamas les perdent en partie et demeurent toute l’année dans la plus profonde misère.

Le dimanche gras, ainsi que les autres jours du carnaval, tout était en paix dans la mission, et personne ne songea aux divertissem ens. Il est vrai de dire que la plus grande désunion existait à Magdalena entre le premier, le second curé et l’administrateur, et que ce dernier allait même jusqu’à craindre continuellement pour son existence.

Lassé du peu d’avantages que je pouvais tirer de mon séjour à Magdalena, je songeai à continuer mon voyage. En effet, retenu au collège par des torrens de pluie, renfermé dans un petit cercle de champs cultivés, d’où je n’apercevais que des plaines inondées ou, dans le lointain, quelques bouquets de bois épars, que je ne pouvais visiter, je ne pensais qu’à partir.

Je voyais encore à l’horizon la cime d’une colline située à l’est 20° nord, j’aurais bien voulu y parvenir, mais l’inondation s’opposait à ce que j’y allasse par terre, et pourtant, bien que toujours croissante, ne me permettait pas encore de m’y rendre en pirogue.

Le 7 Mars, par un temps affreux, je fis mes adieux à Magdalena, et 7 Mars, m’embarquai sur le Rio Itonama, en le descendant. Son courant est rapide: il coule au milieu d’une plaine en partie inondée et sans bois jusqu’à cinq lieues, où je l’abandonnai pour prendre un petit ruisseau sur la rive gauche.

De ce point le Rio Itonama descend au nord-ouest, jusqu’au moment où il se

1832. réunit au Rio Machupo, à peu de distance du Rio Guaporé ou ïténès. Le ruisseau dans lequel i’entrai arrosait une plaine entièrement inondée. Les buissons

Moxos. U J . 1 A y

de ses bords étaient couverts deau presque jusqu a leur cime. La nuit arrivait et je craignais d’etre obligé de rester dans les pirogues; mais enfin je trouvai sur la rive des Indiens et des chevaux qui m’y attendaient. Je partis au travers des marais pour l’estancia de San-Carlos, située à deux kilomètres. J’y arrivai à la nuit close.

On m’y installa dans un des compartimens d’une cabane destinée aux voyageurs. L’humidité y était telle, que plus de trente gros crapauds y vivaient dans la fange. J’y attachai mon hamac, mais de nombreuses chauvessouris, fuyant sans doute, comme moi, la pluie extérieure, éteignirent dix fois la lumière. Lorsque je cherchai le sommeil, leurs coups d’aile continuels et la crainte d’en être mordu, troublèrent considérablement mon repos. Je m’estimais néanmoins heureux d’avoir trouvé un toit et de m’être soustrait a la piqûre des moustiques , a l’aiguillon des fourmis rouges , dont les pirogues étaient infestées, et aux averses continuelles de la saison. Je plaignis les pauvres Indiens obliges, pour me conduire, de suspendi e la nuit leurs hamacs au-dessus des eaux, et de souffrir toutes les intempéries du moment.

À Moxos, comme dans le reste de l’Amérique méridionale, les fermes où l’on élève les bestiaux sont dans la première enfance relativement aux mesures de prévision. Les bestiaux y sont livrés a eux-mêmes, sans qu’on cherche à leur assurer aucun bien-être. Dans l’intervalle d’une rivière a l’autre, les terrains se trouvent entièrement dépourvus d’eau pendant les sécheresses, tandis qu’au temps des pluies , obliges , pour ne pas se noyer , de se reunir sur les petits espaces exempts de l’inondation, les bestiaux y sont entassés et pour ainsi dire privés de nourriture; aussi les voit-on s’avancer dans les marais, y paître une partie de la journée, et regagner ensuite les petites surfaces émergées , où ils manquent de place pour se coucher et ruminer à leur aise. Dans ces deux saisons il en périt beaucoup , ce qu’on pourrait facilement prévenir , en établissant des réservoirs sur certains points et des canaux d écoulement sur d’autres, mais en ces lieux la nature n’a jamais été aidée par lart, et l’on ne retire à Moxos cpie la moitié des avantages dont cette tene \ierge serait susceptible.

s M.lrs A l’aube du jour je joignis ma troupe, et m’aventurai, avec mes pirogues, dans les plaines inondées qui séparent le Rio Itonama du Rio Machupo, en coupant a l’ouest le faîte de partage de ces deux rivières. L’inondation géné-

rale de toutes ces contrées prouve la parfaite horizontalité des terrains et le défaut absolu de points culminans entre les divers cours d’eau. Peu après le départ, je laissai le ruisseau pour naviguer dans la plaine, oii je n’apercevais de toutes parts que de l’eau ; néanmoins , par intervalles il n’y en avait pas assez pour voguer, et les Indiens étaient alors obligés de descendre, afin de traîner les pirogues.

Je traversai des prairies souvent couvertes de grandes herbes, dont quelques feuilles s’élevaient au-dessus des eaux. Je remarquai au sommet de ces feuilles un très-grand nombre d’espèces de pelotons rougeâtres, gros comme le poing, qu’en les examinant de plus près je reconnus pour des fourmis, qui, ne pouvant plus vivre à terre par suite de l’inondation, se réunissaient ainsi, afin de se soustraire à l’action des eaux, et s’amoncelaient les unes sur les autres absolument comme les abeilles d’un essaim, pour attendre, deux à trois mois dans cette position , la saison sèche. Dès qu’on touche à ces groupes , les fourmis s’en détachent et se répandent partout, de sorte que les pirogues s’en trouvaient remplies, et que leurs piqûres de tous les instans nous mettaient à la torture. <

Réduit toute la journée à ne pouvoir mettre pied à terre, je me vis exposé aux ardeurs du soleil le plus brûlant ou à des torrens de pluie. A midi j’atteignis un ruisseau, nommé Chúñanos; je le descendis d’abord jusqu’à son premier embranchement et remontai ensuite un autre bras, en traversant deux petits bouquets de bois près d’une balte faite pour la saison sèche, mais alors sous les eaux. Je repris encore la. plaine à l’onest-nord-ouest, et j’arrivai, à l’entrée de la nuit, près d’un petit bouquet de bois, ou je dus bivouaquer. J étais horriblement fatigué de cette fastidieuse navigation.

Les bouquets de bois étant au milieu de ces plaines les seuls lieux qui ne s’inondent pas à la saison des pluies, tous les animaux sauvages et les reptiles des environs s’y réfugient, et l’on y peut faire de belles chasses; mais il arrive trop souvent que les jaguars, fuyant l’inondation générale, viennent y chercher aussi une proie plus facile que leur présente la réunion des cerfs de diverses espèces, des fourmiliers et de tous les mammifères. Cette circonstance en fait des lieux peu sûrs, que les Indiens, privés d’armes pour se défendre, n’abordent pas lorsqu’ils sont seuls. Les rugissemens de l’un de ces féroces animaux avaient donné le soir les plus vives craintes à ma troupe ; mais on fit un grand nombre de feux, et les rugissemens ne s’étant pas rapprochés, nous acquîmes la certitude que le jaguar était à près d’un kilomètre dans un autre bouquet de bois que nous avions au nord. Le lendemain matin , malgré les observations des

Moxns.

i Mars.

10 Mars.

Indiens, je voulus parcourir le bois. Les difficultés que j’éprouvai à franchir le fourré, ne me permirent pas de tirer de grands avantages de mon exclusion. D’ailleurs il fallait partir, la journée devant être très-difficile.

A deux lieues de la halte, je laissai la plaine inondée pour entrer dans nn petit ruisseau bordé d’arbres si rapprochés les uns des autres , que les pirogues avaient peine à s’y frayer un passage, les eaux d ailleurs s élevant presqu’à leur cîme. Je descendis deux lieues ce ruisseau, l’un des bras du Rio Huarichona, jusqu’à son cours principal, que je pris en le remontant. Cette rivière , navigable seulement au temps des pluies , se dirige au nord, et finit par joindre le Rio Itonama, à dix lieues environ du point oii je me trouvai. Luttant contre le courant, contre les branches des arbres, je remontai lentement durant une lieue et demie. La rivière alors, au lieu de se rétrécir, s’élargit peu à peu, son courant devint moins fort, et bientôt ses berges s’éloignèrent de manière à former un très -large cours d’eau. Elle s’ouvrit encore de plus en plus pendant quatre lieues , et les eaux me parurent sans courant à l’instant où elles forment un lac d’un demi-kilomètre de largeur et de deux ou trois de longueur. Au-dela de ce lac, je reconnus quelles avaient pris une autre direction, et que lom de les remonter, je suivais le courant. J’acquis la certitude que les eaux du lac se dirigeaient d’un côté; à l’est, vers le Rio Huarichona, et de l’autre, à l’ouest, vers le Rio Macliupo. Dès-lors le lac représentait le faîte de partage entre ces deux versans, disposition très-remarquable que j’avais déjà retrouver sur une plus grande échelle, à la Laguna d’Ybera, province de Corrientes. La nuit me força de m’arrêter sur les bords de ces eaux, oii je souffris

autant de la pluie que des moustiques.

En partant le lendemain, la navigation devint très-pénible. Le ruisseau était encombré d’arbres, au milieu desquels il fallait, à chaque instant, s ouvrir une route à coups de hache. Au temps des sécheresses cette operation eût été facile, et les ordres d’un administrateur eussent levé les obstacles; mais il paraît qu’aucun n’y avait songé. Après avoir ainsi lutté durant une lieue, je débouchai, à mon grand contentement, dans le Rio Macliupo, ou je trouvai la navigation la plus commode. Je remontai cette rivière environ trois lieues, jusqu’à San-Ramon, où j’arrivai avec d’autant plus de plaisir, que mes quatre jours de voyage au travers des plaines m’avaient paru autant

de siècles.

Village de San- Ramon.

Au village de San-Ramon, situé à 4000 mètres environ de la rive droite du Rio Machupo, je fus parfaitement reçu par l’administrateur et par le curé; le dernier surtout, Don Pedro Roxas, me parut des plus aimables. J’y séjournai cinq jours seulement, durant lesquels je fus presque toujours retenu par les pluies; néanmoins je parcourus les environs, alors assez tristes, malgré le voisinage de deux lacs, l’un situé à deux, l’autre à près de huit kilomètres. Tous les deux, deforme oblongue, ont quatre kilomètres environ dans leur plus grand diamètre. On y pêche d’èxcellens poissons, mais on y est gêné par une multitude de caïmans.

Ces animaux sont également très-communs dans le Rio Machupo, oii les Indiens chassent les plus grands pour en avoir les dents, employées à divers petits ouvrages. Je fus témoin de leur manière de les prendre. Ils attachent un chien sur le bord de la rivière, et placent en avant un laso, espèce de grand lacet en cuir, de manière à ce que le caïman ne puisse pas s’avancer vers sa proie, sans entrer dans le nœud coulant ouvert. Ils se cachent à peu de distance, l’extrémité du laso à la main. Aux cris du chien, les caïmans ne tardent pas à venir. On aperçoit d’abord au-dessus des eaux deux points sailîans, formés par l’orbite de l’œil et l’extrémité du museau du reptile; il reste ainsi quelques instans en observation , en regardant fixement sa victime; puis il plonge pour reparaître sur la rive, ou s’avance lentement vers la proie qu’il convoite. L’instant où il gravit les quelques pas de la berge, ouvrant sa large gueule pour saisir le chien, est terrible pour le pauvre patient, qui se voit près d’être dévoré. Comme magnétisé par le caïman, il est quelquefois tremblant, sans mouvement, les yeux attachés sur son ennemi; d’autres fois il fait des efforts inouïs pour rompre ses liens. Heureusement que ses craintes durent peu. Les Indiens tirent le laso et entraînent le caïman , tellement étourdi de se trouver pris ainsi , qu’il ne fait pour ainsi dire pas de défense. On l’approche par derrière, parce qu’il ne peut se retourner, et quelques coups de hache lui ôtent la vie. J’en vis prendre de cette manière plusieurs , dont le plus grand avait cinq mètres de longueur. Ces animaux, répandus par milliers dans la province, sont ordinairement proportionnés à l’étendue, à la largeur des rivières. Jamais on ne trouve de grands caïmans dans les petites rivières, ni de petits dans les grandes.

San-

Ramon,

Comme je l’ai dit en parlant de Magdalena1, San-Ramon fut fondé en 1792, d’après les ordres du gouverneur Zamora, par le surplus de la popujoaquin. lation itonama de la mission de Santa-Magdelena. On bâtit ce village à 1 imitation des missions des jésuites, mais sans aucun ornement. La position en est charmante. Peu éloigné du Rio Machupo, il s’étend sur un terrain ferme, rempli d’hydrate de fer, et assez élevé au-dessus des eaux pour l’exempter des atteintes des crues. J’y vis seulement quelques champs de bananiers , les autres parties cultivées étant très-éloignées , surtout les champs des Indiens, qui sont près du Rio Iténès. L’industrie y est absolument la même qu’à Santa -Magdalena. La population actuelle est de 1957 habitans, divisés en neuf sections ou Parcialidades . 2

Le Rio Machupo naît très-près du Rio Mamoré , non loin de la mission de San-Pedro; il suit, sous le nom de Rio de San-Pedro, la direction nordnord -est, en traversant les plaines, et recevant successivement, de l’est, les rivières de San-Juan, de Moocho, de Cocharca, de Molino, et enfin le Machupo, qui lui donne son nom. Il reçoit ensuite du même côté, près de San-Ramon, le Rio Chananoca. Après toutes ces jonctions, la rivière est plus large que le Rio Blanco, et coule au milieu d’une bordure de grands arbres. Elle offrirait, au temps des pluies, jusqu’à San-Pedro, une navigation facile pour les bateaux à vapeur; mais en tous temps elle serait navigable bien au-dessus de San-Ramon.

1 6 Mars. Saii-Joaquiii est par terre à huit lieues de San-Ramon, tandis quon en

compte douze par eau, en suivant les détours du Rio Machupo. Dans la saison ou je me trouvais, je n’avais pas à choisir, l’inondation des plaines ne permettant pas de les traverser. Je fis charger mes effets, et je partis avec ma petite flotte, composée de cinq pirogues, les unes montées par les Indiens Baures, qui rament debout, les autres par les Itonamas, qui se tiennent assis. Tous , rivalisant de force, me firent franchir l’espace avec rapidité. Le cours du Rio Machupo, très -tortueux, très-profond partout, est agréablement bordé de forêts, qui n’en font pas le moindre ornement. Jamais je n’avais vu tant de dauphins. A chaque instant il en passait aupies de ma pirogue, j’en tirai sans fruit plusieurs, et j’éprouvais la crainte de ne pouvoir me procurer cet intéressant animal; mais un des interprètes que je faisais mettre à côté de moi pour lui adresser des questions, lui demander

î. Voyez t. III, p. 95.

2. Ces sections sont les suivantes: Bechua, Gualane, Guachara, Yaca, Pacasnane, Muchusmo , Morochia, Guacleca, Yaracaca.

les noms des lieux, et transmettre mes ordres aux capitaines des pirogues, me rassura en me disant qu’au fort de Beira, les Brésiliens les harponnent pour en tirer de l’huile à brûler.

Mission de San- Joaquin.

J’arrivai de bonne heure au port de San-Joaquin, situé sur la rive gauche et conduisant à la mission à travers un marais, sur une levée d’un kilomètre de longueur. Je voulus m’y rendre à pied; mais les gardiens du port me dirent que la jetée en très-mauvais état ne permettait pas de s’v aventurer. J’envoyai en conséquence demander des chevaux à la mission. Malgré cette précaution, j’eus toutes les peines du monde à l’atteindre, la dégradation de la jetée étant telle, que je faillis y rester avec ma monture.

Le curé et l’administrateur vinrent à ma rencontre, et me reçurent on ne peut mieux. Je m’installai dans une chambre et repris le lendemain mes travaux de recherches. Ayant appris qu’il y avait, à quatre lieues, plusieurs palmiers queje ne connaissais pas, je montai à cheval pour les aller reconnaître, accompagné du curé et de l’administrateur. Je me dirigeai au nord-ouest, franchis un marais d’une lieue de large, et foulai un terrain à sec, remarquable par le grand nombre de petits rognons d’hydrate de fer qui couvraient le sol. Il y en avait en si grande quantité, que je ne doute pas qu’on ne pût en tirer un très -grand parti pour l’établissement de forges catalanes, les lieux environnans étant couverts de bois. En rencontrant ces richesses minéralogiques, je m’étonnai que les jésuites, si industrieux, n’eussent pas exploité cette branche importante, qui aurait doublé leurs ressources et changé la face des choses en ces contrées. Espérons que les gouvernemens actuels ne les laisseront pas inutiles. Pendant plus de deux lieues je galoppai sur ces mêmes couches horizontales à nu, auprès de bois épais non inondés.

Ayant atteint le but de ma course, je fus frappé de la beauté de la végétation. Dans les bois des arbres immenses, du feuillage le plus varié, parmi lesquels , au milieu des motacus et de beaucoup de plantes de ma connaissance , se distinguait un palmier charmant, appelé Palma de rosarios \ parce que ses cocos servent à tourner les grains de chapelets. Son tronc, droit, lisse, est surmonté de feuilles agréablement arquées, dont les folioles sont également tombantes et déliées. C’est sans contredit un des plus élégans palmiers

San-

Joaquin.

17 Mars.

1. C’est Y Euterpe precatoria, Martius. Voyez Palmiers de mon Voyage, pl. 8, fi g. 2.

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