‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 62 sur 240 · Voyez ce que j’ai dit de cette rivière, p. J · texte numérisé non relu

Voyez ce que j’ai dit de cette rivière, p. J

Rio

Mamore.

j’oubliai la maladie, pour ne m’occuper que des intérêts de mon voyage. Le grand désir de me trouver aux missions moxos, les plus exaltées sous le rapport religieux, à l’instant de la semaine sainte, afin de voir par moi-même tout ce qui devait s’y passer à cette époque, me décida à ne rester qu’un jour (le dimanche des Rameaux) à San-Pedro, et à partirle lendemain pour San- Xavier , où je me proposais de donner des soins à ma santé. Malgré mon excessive faiblesse et d’affreuses douleurs de tête, je passai la journée la plus occupée à voir la mission dans la compagnie du curé, en prenant des notes détaillées sur tout ce qui pouvait my intéresser.

Elle est située au milieu d’une plaine immense, assez élevée, traversée par des marais où naissent le Rio Tamucu et le Rio de San-Juan, les deux premiers affluens du Rio Machupo. Tous ses édifices actuels sont encore provisoires et n’ont rien de remarquable.

La nation des Canichanas fut découverte par les jésuites en 1693 L Elle habitait alors les rives du Mamoré et du Machupo , et , trois ans après , elle se réunit spontanément et bâtit un village, en appelant les religieux pour la convertir au christianisme. On prétend quelle était cannibale et quelle se battait souvent avec les Cayuvavas et les Itonamas. Elle est encore, poui ces derniers, l’objet de craintes traditionnelles. Les jésuites établirent au heu où j’avais vu les ruines1 2, la mission de San-Pedro, dont sa position centrale fit bientôt la capitale de la province. Ils y concentrèrent toutes leurs richesses, toutes leurs grandeurs, et, par ses monumens, par le nombre de ses statues de saints, par les joyaux dont brillaient ses vierges et ses enfans Jésus, par les plaques d’argent qui décoraient ses autels , et surtout par les belles sculptures en bois de son église, San-Pedro ne tarda pas à rivaliser non-seulement avec des cathédrales d’Europe, mais encore avec les plus riches églises du Pérou. Lorsque la mission fut remise aux curés, après l’expulsion des jésuites en 1767, on y inventoria 80 arrobas (1000 kilogrammes) d’argent massif, d’une valeur approximative de cent soixante mille francs.

San-Pedro fut d’abord dilapidé sous le régime des curés, et ensuite sous les gouverneurs. Il le fut de même sous les administrateurs. On le dépouilla d’une partie de ses richesses pour soutenir l’armée espagnole que commandait Aguilera, en enlevant vingt-cinq arrobas (312 kilogrammes) d’argent.3

1. Voyez le père de Eguiluz, p. 34-36. Il les appelle Canicianas.

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