‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 63 sur 240 · Voyez l’histoire de la province au chapitre XXXVIII · texte numérisé non relu

Voyez l’histoire de la province au chapitre XXXVIII

Il devint, vers 1820, le théâtre d’une petite révolution qu’occasionna la mort du cacique Marasa, tué par un gouverneur, ce qui amena l’incendie du collège et dès lors des précieuses archives de la province. Plus tard on transporta la mission où elle se trouve aujourd’hui, en la rebâtissant provisoirement. La translation du chef-lieu à Trinidad après la mort de Marasa , en y joignant les dilapidations et le changement de lieu de la mission, la réduisit à la plus grande misère et nul doute quelle ne soit encore la plus pauvre de toutes. Les Indiens y sont à peine vêtus et manquent de vivres ; aussi sont-ils devenus les plus grands voleurs du pays; pillant les champs partout où ils passent, sans que rien s’oppose à leurs déprédations, tant ils en imposent à leurs voisins. Les travaux de la mission sont peu de chose; seulement les indigènes se sont réservés, depuis les jésuites, la fonte des cloches et des chaudières.

A mon entrée à San -Pedro j’avais été frappé des traits repoussans des Indiens canichanas qui l’habitent. Leurs yeux petits, relevés extérieurement, leur nez épaté, leurs pommettes saillantes, les distinguent défavorablement des autres nations. Les femmes même n’ont rien d’agréable. Les Canichanas sont robustes, assez grands, mais très-peu sociables. On en compte aujourd’hui \ 576. Ils rappellent en tout les Indiens tobas du grand Chaco 1 ; aussi ne m’étonnai-je pas de trouver chez eux cette cérémonie pratiquée par les Tobas lors de la nubilité des Indiennes. Ici , comme au grand Chaco , la jeune fdle est renfermée seule pendant huit jours , durant lesquels on l’astreint au jeûne le plus rigoureux. Dans leur indigence, les Canichanas ne redoutent rien pour se procurer le nécessaire: ils chassent le jaguar afin de s’en nourrir, et font, dans le même but, une guerre cruelle aux caïmans. Cette chasse, toute remplie de périls, paraît leur convenir. Dès qu’ils aperçoivent un caïman dans la rivière, quelques-uns d’entre eux, munis d’un long lacet de cuir, restent sur la berge, tandis qu’un autre, tenant une longue perche, au bout de laquelle est l’extrémité du lacet, entre dans l’eau et nage d’une main, en s’approchant tout doucement de l’animal, qui, comme à son ordinaire, reste immobile, les yeux attachés sur sa proie. Le chasseur tâche de lui passer le lacet autour du cou; s’il réussit, les autres tirent le reptile à terre; mais, s’il le manque, il ne lui reste d’autre chance de salut que de poursuivre le caïman, en plongeant dessus pour l’effrayer, afin d’avoir le temps de rejoindre la terre. Quelques autres Canichanas chassent le même animal avec

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