III. '-rc parlie
1832. OU se criblaient de coups de discipline. Le soir la procession fut plus sanglante encore que la veille, et plusieurs pénitens restèrent évanouis sur la place, Xavier tant par sujte de la perte de leur sang , que de l’abstinence à laquelle ils Mots, s’étaient condamnés depuis le mardi. Les Indiens moxos, chez qui je me trouvais , sont les plus fanatiques de la province , excepté pourtant ceux de Trinidad, qui vont plus loin encore qu’à San-Xavier. Un vieil Indien, qui se dévoue, est le Jeudi-Saint attaché nu à une colonne, escorté de juifs armés de lances , de fouets et d’autres instrumens de supplice dont ils le frappent aux quatre coins de la place. 1
Étonné de trouver chez les Indiens de la nation des Moxos une telle exaltation religieuse , tandis que les autres nations sont bien moins fanatiques , je cherchai à me rendre compte de cette remarquable anomalie. A Chiquitos, également établie par les jésuites, les cérémonies de la semaine sainte se font comme à Santa-Cruz2, c’est-à-dire très -simplement, et dans les autres missions de la province de Moxos , ces excès sont loin d’atteindre le même de«ré. Je dus nécessairement en conclure qu’ils ne tenaient point aux institutions générales des jésuites, mais qu’ils devaient provenir de causes particulières. J’en trouvai plus tard l’explication dans l’ouvrage du père de Eguiluz sur Fancienne religion des Moxos3. Des hommes qui, à l’état sauvage, se vouaient à la chasteté, au jeûne le plus rigoureux, pour devenir les prêtres du ] aguar ; des hommes que la superstition portait a ne pas craindre d immoler jusqu’à leurs femmes et leurs enfans, devaient en effet, sous le regime d’un catholicisme aveugle , devenir des plus fanatiques. Ils le devaient surtout depuis que, n’étant plus gouvernes spirituellement par des religieux instruits, ils obéissent à des ecclésiastiques peu consciencieux, interesses a augmenter ces abus, pour prendre sur eux plus d’influence que les administrateurs eux-mêmes4, et pour les gouverner despotiquement par la crainte
1. Don Matias Carasco, ex-gouverneur de la province, dans son petit mémoire de 21 pages, intitulé Descripción sinóptica de Moxos (p. 20), imprimé à Cochabamba en 1832, sans nom d’auteur, s’exprime en ces termes : En la época de la cuaresma hacen estos naturales penitencias publicas , y es tanto lo que se azotan, mortifican y maceran que los mismos faquires de la India quedarían admirados. Las estaciones del jueces santo signe un anciano que sacan de nazareno desnudo y amarrado à una columna escoltado de un piquete de Judíos armados de lanzas, chicotes, y otros instrumentos , que le aporean escarnían y lo azotan con mano feral.