‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 68 sur 240 · Padre de Eguiluz, p · texte numérisé non relu

Padre de Eguiluz, p

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1832. et de marqiietage en nacre y sont surtout très-bien exécutés. La population, Sa~ aujourd’hui composée de 4370 habitans, s’occupe assiduement d’agricul- Xaviei ture ; aussi les habitans recueillent-ils assidûment de cacao. Ils sont générale- Moxos. ment bons , mais seulement trop fanatisés , sans que les femmes s’y conduisent mieux. Le cacique était un Indien assez instruit pour remplir parfaitement les fonctions d’administrateur; son intégrité surtout était a toute épreuve. Je crois que San -Xavier est le point où il y a le plus de moustiques. Us incommodent de nuit et de jour et vous font subir un supplice de tous les instans.

4vrii Depuis la cessation de ma fièvre j’étais dans un tel état de langueur et de faiblesse, que je n’avais pas trop de tout mon courage pour me résoudre à travailler. Je ne voulus pourtant pas rester davantage a San-Xavier, impatient que j’étais de continuer mon voyage. Je me disposai donc, le sixième jour après mon arrivée, a partir pour Trinidad, situé par terre à douze lieues au sud. Je traversai avec beaucoup de peine le petit ruisseau, les eaux ayant considérablement baissé, et je regagnai le Mamoré avec mes pirogues. Le cours de cette belle rivière , alors plus encaissée , n’en était que plus majestueux. Je le suivis toute la journée, longeant soit des marais, soit de magnifiques forêts, jusqu’au confluent du Rio Ivari, oii je m’arrêtai pour passer la nuit dans un bois. Le confluent de ces deux rivières est peut-être pour les pirogues le point le plus dangereux de toute la province. Les deux courans , se heurtant avec force, y forment en tout temps des houles élevées, des tourbillons affreux qui engloutissent ces frêles embarcations. Tous les ans il y a un grand nombre de sinistres, et trois jours avant plusieurs personnes s’y étaient noyées. La nuit les jaguars nous tinrent sur le qui vive par leurs rugissemens, sans toutefois oser s’approcher.

Le Rio Ivari prend sa source au pays des Guarayos ; il traverse au sudest toute la plaine, sur près de deux degrés de longueur, reçoit plusieurs affluens de ces mêmes plaines, passe à quatre lieues de la mission de Loreto, et non loin de la mission de Trinidad , se perd dans un bras du Mamoré , avec lequel il court encore assez long-temps avant de se réunir a cette rivière. L’île qu’il forme alors est partout couverte de magnifiques champs de bananiers, de manioc et d’autres légumes ou fruits, et de beaucoup de vergers de cacaotiers. Les bois même des rives sont, le plus souvent, remplis de cacaotiers sauvages, qui ne laissent pas que de donner de bonnes récoltes. Après avoir remonté le Rio Ivari les deux tiers de la journée, j’entrai dans un petit ruisseau de sa rive gauche, que je suivis au milieu des bois de palmiers

carondaïs, et ensuite dans une plaine libre jusqu’à la mission de Trinidad, où j’arrivai vers quatre heures du soir par une forte pluie.

Mission de Trinidad de Moxos.

Lorsque mes pirogues s’approchèrent de la mission, le gouverneur, qui était aux aguets , fit sonner les cloches et vint me recevoir avec tous les habitans, la musique en tête, et je dus, malgré moi, recevoir tous les honneurs réservés aux grands personnages.

Trinidad est une des plus anciennes missions de la province : elle fut fondée en 1687, par les jésuites, au lieu qu’elle occupe actuellement. En -1691 elle contenait déjà 2255 habitans de la nation des Moxos1. En 1824 elle devint la capitale de la province ; elle est située au milieu d’une immense plaine , à trois lieues à l’est du Manioré , et à deux du Rio Ivari. Ses environs sont dégarnis de bois, très-secs en hiver, inondés en été. Un vaste lac se remarque à un kilomètre à l’est.

L’église y est très-vaste, de bon goût, quoique surchargée de sculptures en bois. La maison du gouvernement, élevée d’un étage, est grande et commode. La mission, du reste, ressemble, pour la distribution, à toutes les autres. Pour l’industrie on y fait les mêmes choses qu’à San -Xavier. Les habitans, au nombre de 2600 , appartiennent tous à la nation moxos. Ce sont d’excellentes gens , qui commencent à se civiliser. Ils abandonnent le costume de la province pour prendre celui des villes de l’intérieur. Quelques-unes des femmes mêmes avaient adopté déjà la robe à corsage.

Tous les ans les administrateurs de la province partent à Pâques de leurs missions respectives, pour apporter à la capitale les produits de l’année : c’est alors qu’ils appellent à Trinidad leurs parens, âfin de leur remettre ce qu’ils ont obtenu pour eux au détriment des revenus de l’Etat. Le gouverneur intérimaire voulut, par une mesure énergique, réprimer ces désordres, et purger la province des employés peu consciencieux. Il envoya sur toutes les routes des émissaires chargés de s’emparer de la cargaison des pirogues, afin de les vérifier dans la capitale. Cette mesure, quoique exécutée un peu brutalement par les envoyés, ne laissa pas que de produire son effet. Tous les administrateurs se trouvèrent nantis de beaucoup plus de marchan-

dises à eux appartenant qu’il n’y en avait pour l’Etat, ce qui prouvait l’abus

Trinidad

de

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