NOMBRE
De 1 à 7 ans
De 1 à 7 ans
De 7 à 15 ans
De 7 à 15 ans
De 15 à 70 ans
De 15 à 70 ans
De plus de 70
Total. . .
Total. . .
Gua-
rayos.
Grands, bien bâtis, presque blancs, pourvus d’une longue barbe (fait exceptionnel chez les Américains), les Guarayos ont le maintien fier, les traits réguliers et l’expression la plus douce. Leur caractère répond parfaitement à leur extérieur; ils offrent le type de la franchise, de l’hospitalité et de toutes les vertus. Bons pères, bons maris, quoique graves par habitude, ils se croient, au sein de l’abondance et dans leur liberté sauvage, les plus heureux des mortels. Leurs vieillards, véritables patriarches et les oracles de leurs familles, trouvent, chez les enfans, respect et soumission. Ils se divisent en petites familles dans les forêts, ou en villages. Leurs cabanes, octogones encore, semblables à celles des anciens Caraïbes des Antilles, sont spacieuses et couvertes en feuilles de palmiers.
Un Guarayo passe sa première enfance auprès de sa mère, qui lui prodigue les plus tendres soins. Dès l’âge de huit ou dix ans; il accompagne son père aux champs, à la chasse, en s’exerçant à tirer de l’arc et dans l’art de confectionner les armes. Il abandonne alors la compagnie des femmes et ne fréquente plus que les jeunes gens de son âge ou les hommes. Aussitôt que, dans le maniement de l’arc, il réunit à la force assez d’adresse pour se suffire, il pense à se choisir une compagne. Son choix fait, il traite avec les frères de la jeune fille, qui ont exclusivement le droit de disposer de leur sœur. Les conditions consistent soit en un nombre déterminé de haches, de couteaux ou d’autres instriunens, soit en une somme de travail, comme par exemple la construction d’une maison ou le défrichement d’un champ. La demande agréée, le jeune prétendant, entièrement nu, peint de rouge de la tête aux pieds, armé de sa macana ou casse-tête, se promène, pendant quelques jours, autour de la cabane de sa fiancée. Peu de temps après, les parentes de la jeune fille préparent la boisson de maïs fermenté, et le mariage se célèbre au milieu d’une réunion nombreuse, où sont invités tous les parens et amis.
Le jeune couple vit quelquefois avec sa famille, mais, le plus souvent, il se construit une cabane dans son voisinage. Plus le Guarayo augmente sa famille, et plus il acquiert de considération. C’est dans ce but que, sans négliger sa première femme, toujours la plus estimée, il en prend successivement plusieurs autres, dans le cours de sou existence. Les enfans de toutes ces femmes semblent être d’une seule mère, tant ils sont étroitement unis. Jamais une querelle, jamais un reproche de la part du mari, qui respecte ses femmes, tout en se considérant comme leur étant tres-superieur. Devenu chei d une nombreuse famille, le Guarayo est un oracle; ses jours s’écoulent tranquille-
ment sans soucis, sans peine; aussi atteint -il presque toujours la vieillesse, exempt d’infirmités et de la perte de ses sens; pourtant, comme on l’a vu, les Guarayos passent rarement soixante-dix ans.1
Au sein de l’abondance, le Guarayo pourvoit presque sans travail aux besoins de sa famille. Chaque culture de son champ se fait en commun avec ses parens, ses amis. Ses femmes préparent de la bière de maïs; puis il les invite. A l’aube du jour on se rend joyeusement au champ. Les invités travaillent avec une ardeur incroyable pendant les deux tiers de la journée, tandis que le propriétaire s’étend dans son hamac ou dirige les ouvriers. Ils retournent ensuite à sa cabane, où commencent des danses sérieuses et des libations de quelques jours; tout se passant néanmoins sans rixes ni querelles; ainsi, chaque chef de famille réunit successivement ses amis, soit pour abattre les arbres et défricher, soit pour semer, et toutes ces opérations deviennent l’occasion d’autant de fêtes.
Les hommes abattent les arbres dans le défrichement des champs, qu’ils cultivent en commun avec les femmes; ils confectionnent leurs pirogues au moyen du feu et de la hache, et fabriquent leurs arcs et leurs flèches, faits avec beaucoup d’art; ils enlèvent l’écorce des figuiers pour s’en faire des vêtemens. Du reste, ils aiment passionnément la chasse et la pêche, pour lesquels, deux ou trois ensemble parcourent la forêt pendant quelques jours, et rapportent ensuite chez eux, des singes ou des poissons boucanés. Les femmes fabriquent la poterie, consistant en énormes vases de terre pour mettre la chicha, qu’elles font avec du maïs écrasé; filent le coton et tissent des hamacs, ainsi que la pièce d’étoffe qui leur sert de vêtement.
La culture étant leur première ressource, puisque la chasse n’est pour eux qu’un amusement, ils y rattachent beaucoup de leurs cérémonies religieuses. Leur religion est simple comme leurs moeurs. Leur Tamoï ou grandpère, dieu bienfaisant, qu’ils révèrent sans le craindre, a vécu parmi eux, leur a enseigné la culture, et, en les quittant, leur a promis sa protection du haut d un arbre sacre aux fleurs purpurines , pour s’élever à l’orient vers les cieux. On l’implore à l’époque des semailles ou lorsqu’on désire qu’une abondante pluie vienne ranimer la terre haletante sous les feux d’un soleil brûlant. Une simple cabane octogone est, au sein de la forêt, le temple où Ion prie le Tamoï. Des hommes entièrement nus s’asseyent en rond, tenant chacun à la main un tronçon de bambou. Le plus ancien, les yeux baissés