Voyez tome III, p
Gua-
rayos.
aterre, frappe le sol de son bambou, en entonnant, avec la plus belle bassetaille, une hymne que répètent tous les autres. Je les entendis demander à la nature, dans un style des plus figurés et des plus poétiques, de se revêtir de sa plus magnifique parure; aux fleurs, de s’épanouir; aux oiseaux, de prendre leur plus riche plumage et de commencer leurs joyeuses chansons; aux arbres, de se parer de leur verdure printannière, afin de se joindre à eux pour attirer l’attention du Tamoï, qu’ils n’implorerent jamais en vain.
Dans leurs maladies, ils ont recours aux devins, qui conjurent le mal, en touchant la partie malade et la parfumant de fumée de tabac. Us jeûnent à la naissance et pendant les maladies de leurs enfans. Ils craignent le chant des oiseaux nocturnes, et le ciel lorsqu’il est fortement couvert le soir. Us l’appellent tétéo (la mort), et jettent alors de la cendre en l’air pour le conjurer. Au temps des nouvelles lunes, ils élèvent en l’air leurs enfans, afin qu’ils grandissent.
A leur décès, les Guarayos sont, par les soins du Tamoï, enlevés au ciel, vers l’orient du sommet de l’arbre sacré ( Tuirenda 1 ) , qu’ils plantent toujours, à cet effet, près de leur demeure. Us jouissent, dans l’autre vie, de tout ce qu’ils possédaient en celle-ci2; aussi les enterre-t-on toujours couverts de peintures, la tête tournée vers l’est, entourés de leurs armes, de leurs instrumens de culture et avec de la chicha. On place leur corps dans leur cabane ou dans leur champ, entre deux étages de nattes, au fond dune fosse, et leur famille jeûne, se cache quelques jours et prend le deuil en se peignant de noir.
Les femmes chez les Guarayos ont peu de liberté. Enfans, elles ne quittent jamais leur mère; arrivées à l’époque de la nubilité, on les soumet a des jeûnes rigoureux, et quelques lignes de tatouage sur les bras, avec de profondes blessures qu’on leur fait au milieu de la poitrine3, indiquent alors a tout le monde qu’elles passent de l’enfance à l’âge ou elles devront prendre rang dans la société. Jamais une femme ne se présente seule nulle part; elle est toujours accompagnée soit de ses frères, soit de son pere.
Un des caractères les plus saillans des Guarayos est leur scrupuleuse probité; jamais ils ne voudraient s’approprier une chose qui ne leur appartient pas.