III. i.repart
Loreïo
de
Moxos.
Le reste de la journée se passa en fêtes, et le soir il y eut un bal. Les tambours annoncèrent les danseurs et les danseuses qui, la musique en tête jouant une marche, entraient au pas par couples, en traversant la salle avec le sérieux le plus imperturbable. Ils défilèrent devant moi, en me saluant, et allèrent successivement se placer en ligne pour la contredanse espagnole. Les femmes avaient des robes d’indienne, ou tout au moins le tipoï de cette étoffe attaché à la ceinture, leurs cheveux relevés par un peigne, mais les pieds nus. Les hommes, jeunes gens de quatorze ans, vêtus d’un pantalon et d’une chemise, portaient un bonnet blanc sur la tête, absolument comme les femmes de Normandie. Us commencèrent leur contredanse avec un grand sérieux, me saluèrent après et allèrent s’asseoir. Lorsque le punch arriva, des commerçans de Santa-Cruz se mêlèrent aux danseuses, qui s’animèrent un peu en exécutant les diverses danses en usage à Santa-Cruz; mais, néanmoins, on aurait dit quelles étaient forcées de s’amuser.
Le lendemain, je parcourus la mission et ses environs avec le grandvicaire et l’administrateur. Loreto, la mission la plus ancienne de la province, fut fondée par les jésuites en 16841, près du confluent du Rio Grande et du Mamoré, c’est-à-dire à un degré plus au sud de l’emplacement actuel. Composée d’indiens parlant des dialectes de la langue moxa, elle avait, en 1691, 3822 âmes. Changée plusieurs fois de place, on l’avait, après l’expulsion des 'jésuites, établie entre le Rio Tico et le Rio Ivari, à dix lieues environ de distance de la réunion de cette rivière avec le bras du Mamoré, au sein d’une très-belle plaine, en partie boisée, mais seulement trop humide en été. On y arrive en pirogue par le Rio Tico , affluent du Rio Ivari , qui prend sa source au sud-est dans les plaines inondées. Bâtie comme les autres missions, Loreto possède une vaste et belle église et une chapelle placée en dehors, près du cimetière. J’y vis un immense jardin, où, pour la première fois, je trouvai des arbres fruitiers. Dans un pays où l’on se contente des fruits sylvestres, c’est une chose rare de voir des arbres plantés. Ce jardin renfermait des guaporus , des gouy cives , des chilimoy as et plusieurs arbustes couverts des fleurs les plus brillantes. Les habitans, au nombre de 2145, appartiennent à la nation des Moxos. Ce sont de tres -braves gens tresindustrieux. La mission est, du reste, dans les mêmes conditions que les autres.
Impatient de continuer ma route, je repartis le surlendemain de mon