Voyez Vues n
1832. tr'es-curieuse. Durant l’été (saison des pluies), des torrens inondent la terre,
R¡o ' sans qu’on entende jamais un coup de tonnerre, et même sans que de grands Mamorc. vents se fassent sentir. J’avais, en effet, voyagé jusqu’alors, sans en éprouver; mais, dès que l’hiver commence, de Mai en Septembre, le temps est généralement beau ; les vents varient du nord au nord-est. Tout à coup un orage se forme an sud, le tonnerre gronde, la foudre éclate, le vent mugit pendant un ou deux jours, après lesquels le calme se rétablit. Ces orages d hiver sont d’autant plus singuliers, qu’ils sont inconnus dans les montagnes, où les orages régnent seulement en été, de Novembre en Mars; alors ils sont pour ainsi dire périodiques, à Chuquisaca, par exemple, tandis qua Moxos on n’en éprouve jamais à cette époque.
Les boules que soulèvent les vents dans les grandes rivières, ne sont pas les seuls dangers à craindre au milieu de ces pays sauvages. Les courans minent avec la vague des falaises de sable, sur lesquelles croissent souvent des arbres gigantesques, qui, balancés par le vent, tombent avec fracas dans les eaux, entraînant avec leurs racines une grande masse de terre. Us peuvent écraser les pirogues de leur chute ou les remplir par les boules de projection , que ces éboulemens déterminent an sein des eaux.
17 Mai. Le vent devint moins fort le lendemain vers midi, et je pus continuer ma route, sans apercevoir aucune des autres pirogues avec lesquelles j’étais parti. Elles s’étaient, sans doute, dispersées dans la crainte du mauvais temps. Les rives du Mamoré, un peu plus élevées, étaient bordées de grands bois, dans l’un desquels je m’arrêtai. 11 est impossible de se figurer les soins délicats qu’avaient pour moi mes Indiens, attentifs à prevenir mes moindres désirs. Dans les pays les plus civilisés on n’en obtiendrait pas autant d’hommes à gages, et dès-lors obligés de vous servir.
18 Mai. Le Mamoré, beaucoup plus encaissé et moins large alors, nous mena le
18 Mai, après neuf heures du matin, à son confluent avec le Rio Sara / formé de la réunion du Rio Grande et du Piray1 2, dont j ai eu 1 occasion de parler à Santa-Cruz de la Sierra. Le Rio Sara paraît peu considerable relativement au Mamoré , qui conserve encore , au-dessus de ce confluent , une largeur majestueuse et des ondes limpides, tandis que le Rio Sara traîne des eaux toujours
1. Cette rivière, que, dans les cartes de Brué, l’on suppose formée du Rio de San-Miguel de Chiquitos, est tout simplement, comme je m’en suis assuré plus tard, la continuation du Rio Grande et du Piray réunis, qui naissent dans les départemens de Chuquisaca, de Cochabamba et de Santa-Cruz.