Bulimus onça, etc
rocher, près du torrent, reçut une partie de la troupe, l’autre se groupa tout autour.
Je ne pourrais peindre les sensations que me faisait éprouver l’idée d’être lèrc
x ' 1 1 orientale.
ainsi transporté dans un lieu oii nul autre homme n’était encore parvenu.
Je me trouvais heureux de pouvoir, en même temps, servir mes semblables et les sciences , en faisant , à chaque pas , de nouvelles découvertes en histoire naturelle et en géographie. Je passai une partie de la nuit plongé dans mes réflexions; couché sous ma roche sauvage, je me berçai de ces douces illusions, de ces espérances, qui soutiennent le voyageur et qui me souriaient encore, lorsqu’au point du jour, un organiste (organito) , l’oiseau chanteur par excellence , fidèle habitant des précipices , perché sur une branche suspendue audessus du torrent , commença ses mélodieux concerts , mêlés au bruit des eaux mugissantes. Les gammes chromatiques les plus douces, la modulation des sons les plus purs et les plus étendus s’y succédaient rapidement. Je l’écoutais avec un ravissement pour lequel l’expression me manque, ses accens s’harmonisaient et sympathisaient si bien avec ma situation d’esprit, que j’aurais voulu pouvoir en prolonger la durée; mais cette espèce d’extase dura peu et mon retour sur moi-même fut presque pénible. Quand la troupe se réveilla,, on découvrit que six de nos Indiens avaient déserté pendant la nuit, avec les vivres qu’ils portaient, et néanmoins il fallait affronter de nouvelles fatigues.
L’excavation du rocher sous lequel je m’étais réfugié avait été creusée par les courans , bien au-dessus de la ligne des eaux actuelles. Je remarquai que les alentours étaient couverts de bancs de cailloux roulés , reposant sur les phyllades , formés probablement par d’anciennes alluvions. Je savais que dans les vallées parallèles de Choquecamata , situées plus à l’ouest, on avait trouvé, entre ces cailloux ou cascajos , de très-grosses et de très-nombreuses pépites d’or. Je savais aussi , par expérience , que ce métal se rencontre dans les vieilles dénudations des roches de phyllades. Je voulus m’assurer si, placés dans les mêmes circonstances que les lieux les plus riches d’exploitation, ces bancs de cailloux contenaient également de l’or. J’en arrachai des fragmens en un point oii ils reposent sur les phyllades; j’en enlevai avec soin les graviers les plus inférieurs, je les lavai dans une calebasse et j’en retirai plusieurs parcelles d’or. Ce résultat me donna la certitude que des recherches spéciales, des travaux réguliers procureraient, dans ce petit cours d’eau, de très-grands avantages, d’autant plus que ces cascajos aurifères, mélangés de cailloux de quartz laiteux , se remarquent sur près d’une lieue de longueur. J’aurais pu demander la concession de cette exploitation, que j’aurais sans doute obtenue;
Cordil-
lère
orientale.
g Juillet.
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ii Juill.
mais j’étais venu en Amérique pour faire de la science et non pour m’enrichir. 1
Le chemin au fond du ravin devint de plus en plus pénible. Les coteaux de la rive droite surtout offraient néanmoins les moyens d’y établir, avec du travail, un chemin facile, en le traçant à mi-hauteur de la montagne. En attendant , n’ayant ni le temps , ni les moyens d’aplanir les obstacles , il fallait les vaincre. Je sautai de pierres en pierres; je passai sur des rochers, ou je franchis dix fois la rivière marchant dans l’eau jusqu’à la ceinture, sur des roches glissantes, et luttant contre un courant rapide. Telle fut la route de la journée, ou je fis au plus quatre lieues.
Les rives du torrent présentaient par instant des îamhaïvas et de petits bambous verticillés , mélangés à une multitude d’arbres differens , plus variés à mesure cpie je descendais; mais, au milieu de ce beau paysage, la nature restait silencieuse, inanimée. Plus de ces nombreux oiseaux qui pullulent ordinairement dans les forêts chaudes. On serait tenté de croire que la présence de l’homme est réellement la condition nécessaire de l’apparition de la gent ailée, ou peut-être, en ces lieux, le bruit du torrent épouvantait-il les oiseaux ; car à peine y apercevait-on quelques pies criardes ou le solitaire coq de roche au plumage de feu , seuls habitans de ces coteaux escarpés. La journée fut terrible, la rivière s’accrut à deux lieues du point de départ du Rio d’ Altamachi , dont j’avais passé le commencement de la vallée au sommet des Cordillères2, et prit alors le nom de Rio de Pedrillo. Les eaux, plus larges, plus profondes, tombaient par sauts, et chaque fois que les obstacles forçaient de la passer, c’était réellement au risque de se faire emporter par le courant; aussi m’arrêtai-je à trois lieues de distance du départ.
Jusqu’à la jonction du Pxio d’Âltamachi, qui vient du sud-ouest, j’avais suivi la direction moyenne au nord, et je m’en réjouissais, pensant être sur un des affluens du Mamoré. Après ce confluent, je tournai au nord-est, ce qui soutint mon courage. Le \ \ Juillet, le torrent, de plus en plus large, coulait toujours avec fracas entre deux hautes montagnes boisées; du profond sillon dans lequel j’étais, je ne pouvais apercevoir que la paroi très-abrupte d’une partie de la pente de ces montagnes. Dans certains endroits , le torrent s’encaisse tellement, qu’il nous fallut chercher à passer sur les corniches avancées du coteau, où, suspendus au-dessus des eaux bondissant de rochers en
1. Je me contentai plus tard de signaler ma découverte, afin que d’autres pussent en profiter.