Ibidem, p
le Rio de Choquécamata , prend le nom de Rio Movia , le plus important et le plus oriental des tributaires du Rio Béni, réunissant tous les cours d’eau que j’avais vus depuis Altamachi1. Tout le sommet delà montagne, mais le sommet seulement, est couvert d’une belle espèce de palmiers, que je n’avais jamais rencontrée ailleurs2. J’en recueillis les diverses parties et j’en dessinai l’ensemble.
Je rejoignis mes compagnons après une lieue d’un chemin affreux, oh je sautais de grandes hauteurs , en m’accrochant aux lianes et courant vingt fois le risque de me casser le cou. Je les trouvai tristes : ma joie m’avait fait oublier que je n’avais pas bu de la journée; mais eux, que le même intérêt n’animait pas, me le rappelèrent par leurs plaintes amères. Confiant en la Providence, qui s’était toujours montrée si bonne pour moi, je parcourus des yeux les environs, je demandai un vase et je m’éloignai. Ils me regardaient comme un fou. Un instant après, au grand étonnement de la troupe, je rapportai le vase plein d’une eau des plus pures. Aux frontières du Paraguay, dans une circonstance semblable, un Indien guarani avait apaisé ma soif dévorante en m’apprenant qu’une espèce de Bromelia contenait toujours de l’eau dans l’intérieur du calice formé par la réunion de ses feuilles3. J’avais aperçu autour de moi beaucoup de ces plantes parasites sur les troncs des arbres, et j’y trouvai le même secours qui, tant de fois depuis, m’a rendu la force et le courage. Dès-lors plus de murmures ; chacun de son côté se mit à en recueillir et à satisfaire au plus impérieux des besoins, tout en me remerciant de mon heureuse découverte.
Les Yuracarès étaient arrivés les premiers à cette halte ; ils y avaient trouvé un léger abri de feuilles de palmiers. Ils s’en emparèrent, sans songer à nous l’offrir. Il est vrai que la nuit des plus belles invitait à bivouaquer.
Je suivis deux jours en descendant la crête des mêmes montagnes, sons une voûte éternelle de branches croisées, que le soleil ne perce jamais de ses rayons ; aussi ces lieux humides donnent-ils naissance à des plantes cryptogames des plus belles, dont je me chargeais chaque jour. Ces plantes figurent aujourd’hui dans les collections du Muséum et me rappelleront toujours les plus doux souvenirs. Après avoir descendu sur des pentes rapides , j’arrivai au Rio que les Yuracarès nomment Icho. J’y rencontrai des Indiens occupés