Voyez t. I.er, p
Cordil-
lère
orientale.
i8 Juill.
1832. g. boucaner , afin de le rapporter diez eux le poisson cjuils avaient tue a coups de flèches. Cette opération se fait en fichant en terre quatre petites c^rdeil fourches d’un mètre de haut , sur lesquelles on croise des branches destinées orientale. ^ recevoir, connue un gril , le poisson placé au-dessus de charbons ardens. Le '9 J"i" Rio d’Icbo n’étant pas navigable, je me laissai conduire par les Yuracarès vers un autre affluent, plus considérable.
§. 3. Séjour ’ chez les Indiens Yuracarès.
En laissant la rivière, je commençai à gravir une assez haute montagne, formée de sable argileux et d’argile. Il plut lorsque j’étais au sommet, ce qui rendit le sentier tellement glissant, queje tombai plusieurs fois, ainsi que mes compagnons de voyage. Un des Yuracarès glissa aussi et resta suspendu , le col accroché aux arbres, par la bandoulière qui retient leur sifflet et quelques ornemens. Nous eûmes de la peine a le degagei. A. la suite de beaucoup de fatigues et tout mouillé, après avoir passé le Rio Iñesama, je cheminais en avant au milieu de la forêt, en suivant un sentier tracé. Tout à coup mes Y uracarès s’arrêtent et me font signe de les imiter : chacun d’eux saisit le sifflet pendu à son côté , et tous ensemble exécutent trois sifflemens aigus que l’écho répète au loin. Un instant je me crus trahi; mais bientôt ils reprirent leur marche et quelques minutes plus tard nous avions atteint une maison de la même nation. J’appris que jamais un Yuracarès ne s’approche d’une habitation à l’improviste; ce serait un signe d’hostilité. La hutte était un vaste hangar couvert de feuilles de palmiers, ouvert aux deux extrémités et entouré de champs de bananiers. Je fus reçu sans aucune cérémonie. Les femmes pourtant me présentèrent des racines de mandioca rôties. A peine entrés, mes conducteurs allèrent s’asseoir en silence près du maître de la maison. L’un d’eux, sans le regarder, prononça un discours animé, qui dura plus de deux heures , pendant lequel ses intonations étaient alternativement craves et chaleureuses. Quand il eut fini, le chef de la famille, sans regarder non plus le premier orateur, parla aussi long-temps que lui. Toute la nuit se passa en pourparlers du même genre relatifs à notre arrivée, dont le sens n’avait rien d’inquiétant. Nous dormîmes tous sous le même toit avec la famille yuracarès.
,„¡1, Le lendemain les habitans de la hutte voulurent nous accompagner vers une autre de leurs cabanes. Les hommes prirent leurs arcs et leurs flèches, tandis que les femmes portaient non -seulement tout lavoir de la famille,
mais outre leur charge, soit leurs jeunes enfans, soit leurs singes, leurs *832poules ou leurs perroquets, ce qui formait pour elles un bien lourd far- Cordil deau. L’une d’elles portait ainsi une grande harpie apprivoisée, qu’il avait or¡^eale. néanmoins fallu garroter, afin de la mettre hors d’état de nuire avec ses serres acérées. Les Yuracarès estiment beaucoup ces oiseaux, dont les plumes des ailes et de la queue leur servent à empenner leurs flèches, tandis qu’ils emploient le fin duvet blanc placé plus près du corps à se couvrir la tête dans les grandes cérémonies. Après une marche pénible sur les coteaux du Rio Iñesama , j’arrivai à la maison des derniers Yuracarès , ou l’on me donna de la canne à sucre. Je traversai le confluent du Rio Moleto, sur lequel j’avais résolu de m’embarquer. Je remontai cette rivière et je parvins enfin au sein de la forêt, aux maisons des premiers Yuracarès que j’avais rencontrés au Rio de la Réunion , où je devais me reposer de toutes mes fatigues.
Des courriers furent dépêchés dans toutes les directions pour prevenir de ma visite les Yuracarès disséminés dans les bois. Apres avoir renvoyé mes Indiens quichuas vers leurs montagnes, je m’établis dans un coin de la maison des Y uracarès , où je repris l’étude des hommes singuliers parmi lesquels je vivais, et me livrai de nouveau à mes recherches d’histoire naturelle, ne négligeant rien d’ailleurs pour obtenir des renseignemens sur de nombreuses rivières encore inconnues aux géographes.
Deux jours après une fanfare bruyante m’annonça l’arrivée d’une visite.
Je vis bientôt une douzaine d’indiens marchant sur une seule ligne les uns derrière les autres. Ils avaient la figure et les jambes barriolées de rouge et de noir, les cheveux bien peignés et couverts de ce duvet blanc des aigles, assez analogue, pour la couleur, à la poudre dont se paraient nos peres. Us étaient tous vêtus d’une tunique sans manches en écorce de mûrier , ornée de peintures rouges très -régulières; ils avaient par dessus un large cordon de perles de verre , passant sur l’épaule droite et soutenant leurs instrumens de musique, pendus au côté gauche du corps. Dans la main droite ils portaient une espèce de sabre ( machete) , et dans la gauche un faisceau de leur arc et de leurs longues flèches. Ils s’avancèrent gravement, me firent, l’un après l’autre , une légère inclination de tête 1 ; allèrent , sans rien dire au maître de la maison , s’asseoir en rond , en plaçant leur arc et leurs fleches à droite, se croisèrent les bras, en tenant la pointe de leur sabre en bas, et