‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 91 sur 240 · Voyez Coutumes et usages, pl · texte numérisé non relu

Voyez Coutumes et usages, pl

Yura-

carès.

Yura-

la cause. Cela tenait à l’horreur que les Indiens éprouvent pour la chair de boeuf, et conséquemment pour notre nourriture. Cette femme avait donné à mon domestique quelques pots de terre, dont il devait se servir exclusivement en faisant sa cuisine bien loin de celle des Yuracarès ; mais ayant eu momentanément besoin d’un plus grand vase, il s’était permis d’en prendre un qu’il remettait en place. Lorsque la propriétaire s’aperçut de l’emprunt , dans la crainte qu’il n’eut touché les autres vases , elle avait tout brisé , l’accablant de reproches. Fabriquer de la faïence n’est pas une opération ordinaire chez ce peuple superstitieux ; aussi l’entour ent-ils de précautions singulières. Les femmes , qui en sont exclusivement chargées , s’en vont avec le plus grand recueillement et seulement quand il n’y a pas de récolte pendante , chercher la terre; dans la crainte du tonnerre, elles se rendent aux lieux les plus cachés de la forêt, de manière à ne pas être vues; elles s’y construisent une cabane. Pendant quelles travaillent, elles remplissent plusieurs cérémonies et n’ouvrent jamais la bouche, se parlant par signes , persuadées qu’une parole prononcée ferait infailliblement casser tous leurs vases à la cuisson , et ne s’approchent pas de leurs maris , car tous les malades mourraient.

Peu fait aux mortifications, le Franciscain qu’on m’avait donné n’avait cessé de se plaindre durant notre voyage, employant à lui seul presque tous les hommes de ma suite à l’aider, quoiqu’il eût tout au plus vingt-huit ans, et qu’il fût en bonne santé. Arrivé chez les Yuracarès , il devint toujours plus exigeant. Il trouvait mauvais que je dirigeasse la marche et que je voulusse conduire les ouvriers. Il avait voulu trop obtenir des Yuracarès > qui n avaient pour lui aucune considération. Au lieu de remplir sa mission, qui était de chercher à convertir les Indiens, en restant avec eux, il changeait tous les jours de résolution, voulait gagner par terre le Rio Coni ou nous suivre à Moxos. Il finit par s’arrêter à ce parti, ce qui me contraria, la pirogue étant déjà trop petite pour nous contenir tous sans danger.

Avant de laisser le pays des Yuracarès, je donnerai une description de leurs moeurs si singulières, dont je n’ai jusqu’à présent parlé qu’accidentellement.

Page 1