III. j.repart
Tí uraearès.
L’humeur entreprenante des Yuracarès les a, de tout temps, portés à communiquer avec les Espagnols, dont ils avaient besoin pour se procurer des instrumens de fer. C’est ainsi qu’ils pillèrent la Yunga de Choque-Oma, et qu’ils vinrent à différentes reprises, soit à Chilon et à Mizqué, soit à Tiraque et à Cochabamba, en franchissant les plus affreux précipices. Les Espagnols des montagnes les ayant ainsi connus, songèrent à les réduire au christianisme. En 17(18, l’évêque de Santa -Cruz, Don Francisco Ramon Hervoso, fit ouvrir un sentier jusqu’au Chapari', en suivant leurs traces par la Cordillère neigeuse de Palta cueva ; mais on suspendit tout jusqu’en 1 775, époque à laquelle les deux frères Don Angel et Don Mariano Moscoso, curés, l’un de Punata, l’autre de Tarata, dans la vallée de Glissa, demandèrent et obtinrent de l’évêque la permission de tenter, à leurs frais, la réduction des Yuracarès. Us envoyèrent, le 28 Juin 1775, le père Francisco Marcos, récollet, qui partit avec vingt hommes pour ouvrir le chemin. Le religieux eut à surmonter des obstacles sans nombre, au milieu des neiges, des précipices et à travers l’épaisseur des bois. Il fut abandonné de ses ouvriers et resta seul avec quatre hommes. Ayant rencontré quelques Yuracarès, il parvint, après vingt jours de marche dans leur compagnie, à l’un de leurs villages, situé sur le Rio Coni et composé de cent cinquante habitans de cette nation , qui le reçurent parfaitement , lui donnèrent des vivres et lui témoignèrent le désir de se faire chrétiens. Le religieux, après leur avoir fait ses conditions, revint à Cochabamba rendre compte de sa mission.
L’année suivante, le père Marcos et un autre religieux retournèrent, par le même chemin , au Coni , où ils furent accueillis avec enthousiasme ; ils y bâtirent une chapelle, et l’année suivante cinq cents Yuracarès étaient déjà réunis , tant au Coni qu’à San- Antonio , où l’on sépara la tribu des Cuchis.1 2 On transféra la réduction près du Rio Paracti, et on la nomma Ascención de Maria Santissima. Yoyant de si bons résultats, mais ayant beaucoup dépensé sans aucun bénéfice, le père Marcos se présenta à l’archevêque de Chuquisaca et à l’audience de Charcas; le premier ne lui donna que vingt-cinq piastres, et l’audience lui refusa des fonds. Sur le point d’abandonner son établissement, le père Marcos s’en désespérait, lorsqu’en 1779, Don Ignacio
1. yiedma, Informe de la provincia de Santa- Cruz , §. 339. Cette relation est faite sur des pièces originales par le père Marcos, de San-José y Menendes, en vertu des ordres que lui passa Viedma , le 23 Juin 1778.