‹ Voyage dans l'Amérique méridionale (volume 2)Chapitre 94 sur 240 · Cette mission fut bientôt détruite · texte numérisé non relu

Cette mission fut bientôt détruite

Flores fut nommé gouverneur de Moxos. Ce fonctionnaire avait l’intention d’ouvrir , de Moxos à Cochabamba , un chemin plus direct que celui de Santa- Cruz. Le père Marcos en profita pour s’offrir; il reçut l’ordre de toucher mille piastres à Moxos, et de prendre des Indiens de ces missions pour l’aider a ouvrir cette nouvelle communication et à endoctriner les Yuracarès; mais l’œuvre avancée, Flores fut obligé d’aller prendre le commandement des troupes envoyées contre Tupac Amaro , et Peralta , son lieutenant a Moxos , ayant intérêt a laisser subsister la route par Santa-Cruz, enleva de suite les Indiens Moxos, sans vouloir rien faire pour la réduction ni pour les communications nouvelles.

Le manque complet de ressources fit déserter les Yuracarès, qui retournèrent au sein de leurs forêts, et cette réduction, d’abord florissante, était réduite au tiers de ce qu’elle avait été, lorsque, lassé de tant de contrariétés, le père Marcos la quitta. Elle alla de mal en pis sous des curés séculiers, jusqu’en 1784, époque à laquelle un missionnaire d’Apolobamba , Francisco Buyan , vint s’en charger , y ramena les fugitifs par la douceur et y resta jusqu’en 1788; mais, dénué de tout, ne trouvant aucun appui près du gouvernement, et surtout n’obtenant rien des Yuracarès, il abandonna 1’ Ascención , qui resta sans religieux.

D’un autre côté, Don Andres del Campo, ayant été de Santa-Cruz à Santa- Rosa, entendit parler de la tribu des Solostos des Yuracarès de ces régions, s’y rendit en personne en 1789, et fut bien reçu des Indiens, qui demandèrent instamment a se faire chrétiens, et, en 1791 , on fonda définitivement le village de San-Carlos, au nord-ouest de Santa-Cruz de la Sierra, où il existe encore.

En 1795, le docteur Velasco fonda, vers les sources du Rio Mamoré, une autre réduction de Yuracarès, nommée San Francisco del Mamoré; mais il la remit, en 1796, au couvent des Franciscains. Cette mission étant mal située au milieu des montagnes, on la transféra en 1799, par ordre du gouvernement, à vingt-six lieues plus bas, dans un terrain plat, où bientôt des champs nombreux de cacaotiers, de tamarins, de caféiers donnèrent de beaux produits. Néanmoins au moment où l’on y pensait le moins, la versatilité de caractère des Yuracarès les porta, le 2 Avril 1805, à se sauver tous dans la forêt, en abandonnant la réduction après y avoir mis le feu.

En 1795 le frère Thomas Anaya fonda, près du Rio Coni, la troisième réduction de cette nation, nommée San-José, dont le collège de Tarata se chargea en 1796, après le voyage de Bernardo Ximenes Bej araño, préfet de

1832. mission', et le rapport du naturaliste Don Tadeo Haink1 2. Elle fut transférée cinq lieues plus à l’est, près du Rio Cliimoré, et l’on prit toutes les mesures *+*■ nécessaires pour la faire prospérer. On fit d’immenses plantations, et la mission était grandement en voie de progrès, lorsqu’en 17118 les Indiens se retirèrent dans les bois. Ils revinrent néanmoins encore, s’enfuirent de nouveau en Mars 1805; furent plus tard rassemblés derechef, et ensuite laissés sans religieux à la place où ils sont encore aujourd’hui.

Le père Lacueva avait déjà habité la mission du Mamoré, il y revint en 1805, accompagné de deux autres franciscains. Avec une patience infinie, il parvint à les réunir à la réduction de 1’ Ascención, située entre le Pûo Coni et le Chapari, au lieu où je l’avais trouvée3, Il fit des efforts inouïs pour avancer cette mission; mais, postérieurement, le manque de religieux contraignit à tout abandonner.

De toutes ces missions il ne reste que celle de San-Carlos, toutes les autres ayant été désertées, et les Yuracarès sont encore dans leurs forêts. La seule section de cette nation qui n’ait jamais eu de connexion avec les religieux, est celle qui habite les sources du Rio Sécuri, où je me trouvais4. Ils ont toujours conservé leur indépendance.

Lorsqu’on réfléchit aux immenses avantages que le commerce en général retirerait de missions bien organisées au pied oriental des Andes, pouvant à la fois donner les plus beaux produits des régions chaudes, et servir de port pour la navigation intérieure de la province de Moxos, on s’étonne que les divers gouvernemens qui se sont succédé depuis un siècle sur ce territoire, n’y aient encore pris aucune mesure pour assurer tant d’avantages. La connaissance intime que j’ai acquise des intérêts rivaux qui se sont opposés jusqu’à ce jour à la régularisation des missions des Yuracarès, me permet de les détailler. Si les jésuites se fussent chargés des Yuracarès, avec leur esprit de méthode, avec leurs ressources et leur persévérance, ils seraient sans doute arrivés à des résultats importans; mais les réductions laissées à la disposition, soit de particuliers, soit des frères récollets, soit encore des franciscains, qui ne pouvaient y mettre beaucoup de fonds, durent necessaire-

1. Je possède la relation manuscrite de ce voyage, dont je donnerai un extrait dans la partie géographique.

2. Je possède la carte qui accompagnait ce rapport, faite sans doute d’après 1 itinéraire du père Bejarano.

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