Costumes, pl
Yura-
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une petite calebasse remplie de très-forte chicha, préparée pour la cérémonie. Avant de commencer à boire , les hommes prennent leurs fds assis près d’eux , et leur donnent des coups dans les bras avec un os de singe très-aigu. Tous ensuite boivent, jouent de la flute, chantent et dansent jusqu’au soir. La pluie et le tonnerre ne les empêchent pas de continuer jusqu’après le coucher du soleil. Dans cette fête presque tous se couvrent de ces blessures qu’ils appellent culucute. Ils pincent la peau des bras , frottent l’os très-aigu d’un singe avec du piment très-fort et le font passer à travers la peau, comme pour faire un séton, de distance en distance sur toute la longueur comprise entre l’épaule et les doigts. On culucute ainsi les jeunes gens pour qu’ils deviennent adroits à la chasse , et à chaque blessure on promet au patient une nouvelle sorte de gilder ou de poisson. On fait subir la même opération aux jeunes lilies aux bras et aux jambes, afin qu’elles aient du courage et de la force, et même aux chiens, afin qu’ils chassent mieux. J’ai vu un jeune homme dont les bras étaient ainsi chargés de trente-quatre doubles blessures ou soixante-huit trous.
Le jour suivant, les voisins se réunissent de nouveau pour boire de la bière de mani (pistachier de terre). Quinze ou vingt jours plus tard on recommence la fête, et alors la jeune fille se mêle aux femmes et prépare ellemême la chicha propre à la cérémonie. Cinq ou six mois de suite elle se couvre la tête avec de l’écorce d’arbre et ne parle jamais aux hommes. Les Yuracarès font subir ce jeûne rigoureux aux jeunes filles dans l’idée que s’ils n’en usaient ainsi, leurs enfans périraient d’accidens, soit de la morsure d’un serpent, soit par l’orage, sous les griffes d’un jaguar, par la chute d’une flèche ou d’un arbre. Ils le font encore afin que la jeune fille ne soit plus peureuse, quelle affronte, comme eux, tous les dangers. Les Yuracarès se culucutent encore les bras, s’ils manquent un coup de flèche, et les jambes, lorsqu’ils se fatiguent en marchant.
Les femmes portent une chemise d’écorce d’arbre, mais plus courte que celle des hommes. Avant leur mariage, elles se parent dans les fetes les épaules de paquets de plumes de couleurs vives. Elles sont chargées de faire la cuisine, de fabriquer la chicha, de semer les champs, excepté la yuca, dont la culture est réservée aux hommes; daller chercher du bois, de l’eau, des légumes; elles font la poterie, en se cachant alors seules dans la foret, sans parler aux hommes; quelques-unes savent filer et tisser. Dans les voyages, tandis que les hommes ne portent qu’un très-léger fardeau sur le dos, afin de ne pas être gênés dans le maniement de leurs armes , les femmes se
chargent extraordinairement des meubles de la maison quand elles changent d’habitation, et par surcroît de leurs jeunes enfans, lorsqu’elles sont mères. Leur fardeau est soutenu en avant par une forte courroie appuyée sur le front.
Comme je l’ai dit, le mariage se fait souvent par les parens dans un moment d’ivresse, sans le consentement des parties; il en résulte que la femme n’aime pas toujours son mari, et que quelquefois elle l’abandonne pour aller au loin se marier avec un autre; néanmoins le cas est rare. Quand les femmes sentent les premières douleurs de l’enfantement, elles s’en vont dans la forêt , ou elles se font aider par leurs vieilles parentes. Aussitôt après l’accouchement, elles se baignent au ruisseau voisin et reviennent chez elles reprendre leurs travaux ordinaires. Le mari a soin alors d’aller pêcher un poisson particulier, qu’il regarde comme le meilleur dans cette circonstance. Quand on réfléchit au peu de soin qu’on donne aux femmes sauvages, et même aux femmes des villes de ces contrées lorsqu’elles accouchent, on est étonné que la civilisation ou la manière de vivre des Européennes amène si fréquemment des accidens à la suite de leurs couches. Ne pourrait-on pas en conclure que les difficultés se multiplient à mesure qu’on s’éloigne davantage de la nature?
L’égoïsme est aussi grand chez les femmes que chez les hommes, et détruit souvent en elles des sentimens qu’on retrouve toujours, même chez les animaux les plus féroces. Afin de s’épargner la peine d’élever leurs enfans , elles emploient des moyens pour se faire avorter ou pour ne pas concevoir. L’infanticide est aussi très-fréquent. Les enfans illégitimes sont immédiatement étouffés par la mère ou tués par le père; et même dans les bons ménages, lorsqu’ils croient avoir assez d’enfans pour les soutenir dans leur vieillesse, ils tuent les autres. Ils en font ainsi des enfans contrefaits, des enfans adultérins, et lorsqu’ils en ont plusieurs du même sexe, ou lorsque leurs premiers enfans meurent; car alors ils auraient la peine d’élever les derniers, sans pouvoir profiter de leur travail. Du reste, la femme ne fait nulle difficulté de publier d’avance qu’elle n’élèvera pas l’enfant quelle porte dans son sein. Par opposition à cette infâme conduite, on trouve, chez ces femmes, les soins les plus tendres pour les enfans quelles se décident à élever, et qui, comme je l’ai dit, sont toujours exempts même de la plus petite réprimande. Non- seulement les enfans n’ont aucune déférence pour leurs vieux parens, mais encore ils les regardent comme un pénible fardeau.
Les maladies des Yuracarès sont des fièvres intermittentes ou non , des
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inflammations d’entrailles, des vers intestinaux, et surtout des fluxions de poitrine ou des pleurésies, occasionnées par le changement de température ou par des imprudences. Comme ils pensent rarement au lendemain, s’ils éprouvent des maladies prolongées, ils manquent promptement de tout, et sont rarement secourus par leurs parens. Leur médecine se réduit à peu de chose. Pour les douleurs, ils parfument la partie malade de fumée de tahac ou pratiquent de fortes saignées locales. Pour la morsure d’un serpent, ils sucent le venin et appliquent des cataplasmes. Dans les maladies internes, ils s’administrent des purgatifs violens, tirés des arbres nommés tomochi et soto ; mais comme ils ne peuvent toujours apprécier au juste la force du remède, il leur arrive souvent de s’empoisonner. Alors les parens abattent l’arbre dont on a extrait le jus. Ils ont plus de foi dans les moyens superstitieux que dans les remèdes. Ils ont des charlatans qui s’asséient près du malade, se mouillent les mains avec la salive, et appellent Fame du patient. Ils la regardent dans la main et lui parlent, en lui disant : «Tu es de telle manière aujourd’hui, demain tu seras mieux et après-demain tu seras bien portant."
Ils attribuent généralement leurs maladies aux influences des sorciers ou des esprits malins, sans vouloir y chercher une cause naturelle. Quand même ils rendraient des vers intestinaux par centaines , maladie qui cause la moitié des décès, ils ne veulent pas le croire, et se contentent de les brûler avec du piment. S’ils ont des abcès, ils donnent le pus à certaines fourmis, afin que l’humeur ne revienne plus dans leur corps. Ils adressent des malédictions à l’arc-en-ciel , parce qu’il leur annonce des maladies ; ils font de même lorsque le ciel reste rouge au commencement de la nuit. Quand des étrangers arrivent chez eux , s’il éclaire ou s’il tonne du côté d’où ils sont venus , ils en attendent des maladies et les voient avec peine. Par cette même raison, un étranger ne doit jamais parler de souffrances ; car les Yuracarès le fuyeraient, de peur de gagner sa maladie. Lorsqu’il tonne très-fort et qu’un Yuracarès est malade , ils croient qu’il meurt ou qu’il va mourir. Le chant de certains oiseaux, qu’ils disent être veufs, est regardé comme l’infaillible pronostic de graves épidémies. Des esprits malins viennent aussi avec un fort coup de vent, lançant des éclairs, et leur causent de vives douleurs, de violens vomissemens, qui les emportent de suite. Ils croient également que s’ils grondent leurs enfans, ces derniers tomberont malades, et se garderaient bien, pour le même motif, d’arracher une plante vénéneuse.
Lorsqu’ils voient leurs parens très- malades, ils construisent une cabane dans un de leurs champs, y creusent une fosse en présence du plus grand
nombre possible de parens, les honneurs rendus par avance au défunt étant en raison proportionnelle de la multitude des assistans. Us y transportent le malade lorsqu’ils le croient près de mourir. Le moribond lègue alors ce qui lui appartient à ses enfans, et reçoit des autres Indiens toutes les recommandations pour les défunts , qu’on prie toujours de les attendre avec des champs bien cultivés. Mort, on le met dans la fosse garnie d’écorce de palmier, la tête tournée vers l’orient, et tous les proches font retentir les airs de leurs cris; quelques-uns se jettent sur le cadavre dans la fosse, d’autres déchirent leur tunique pour l’en couvrir. On enterre avec lui tous ses vêtemens, son arc, ses flèches, des cadeaux pour les parens qui sont déjà dans l’autre vie, et ceux de ses meubles dont il n’a pas disposé de son vivant. On brise sur sa tombe tous les vases de cuisine de sa femme, on brûle tout ce qu’il n’a pas donné, cle peur que son ame ne vienne dans sa maison pour le chercher, qu’elle ne fasse peur aux survivans ou ne les touche avec un bâton que doivent avoir les morts, ce qui les ferait mourir.
L’amère douleur exprimée par la famille au décès d’un Yuracarès se prolonge des années entières. Tous les voisins et alliés vont faire au parent le plus immédiat des complimens de condoléance, qui consistent en deux cris de douleur de la part des visiteurs , et en deux autres de la part de celui qu’on visite. Le champ du défunt est abandonné et personne n’y cueille un fruit.
Les Yuracarès croient, comme on le voit, à une autre vie. L’ame du défunt va sous terre, en compagnie de leurs ancêtres les Mansiños, dans un lieu délicieux, où il jouit d’un bonheur parfait, et où il a une grande abondance de chasse, surtout de sangliers (la chasse préférée).
Sans aucun gouvernement, sans subordination aucune du fils envers le père, les Yuracarès ne révèrent ni ne respectent aucune divinité. Us croient que les choses se sont formées d’elles-mêmes, et qu’ils n’en doivent de reconnaissance à aucun être créateur. Us croient encore n’avoir rien à attendre d’une conduite plus ou moins irréprochable, l’homme étant né le maître absolu de ses actions bonnes ou mauvaises. Leur demande-t-on quel est leur dieu bienfaisant? ils montrent leur arc et leurs flèches, armes auxquelles ils doivent leur nourriture.
Us ont cependant une histoire mythologique des plus compliquées, remplie de fictions, où apparaissent tour à tour un assez grand nombre d’êtres fabuleux.
Le monde a commencé au sein des sombres forêts habitées par les Yuracarès. Un génie malfaisant, nommé Sararuma ou Aima Suné, embrasa
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