‹ Voyage dans l'Amérique MéridionaleChapitre 11 sur 233 · Voyez p · texte numérisé non relu

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3. Ce lieu est peut-être le premier où l’on ait rencontré des ossemens du tatou gigantesque. Falkner dit (Description des Terres magellaniques, traduction de Lausanne, 1787, t. L, p. 78 ): « Sur les bords du Carcarañan ou Tercero, environ à trois ou quatre lieues de lendroit où « celte rivière se jette dans le Parana, on trouve des amas d'os d’une grosseur extraordinaire, « €t qui paraissent être des os humains. Il en est de plus grands les uns que les autres, comme « S'ils avaient appartenu à des personnes d’âges fort différens. J’y ai vu des os de la cuisse ou « des fémurs , des côtes, des thorax et autres parties de l’homme. J’y ai vu même des dents, « et particulièrement des dents mâchelières, qui avaient près de trois pouces de diamètre à « leur base.

« J'ai trouvé dans les mêmes lieux la coquille d’un animal composé d’os à peu près hexagones,

III, Géologie. 6

Géologie.

Géologie. la découverte du tatou gigantesque. C’est près de ces falaises que j'ai également aperçu Je plus d’ossemens. Malheureusement, lorsque je suivais le Parana, cette rivière était débordée de toutes parts. Une grande masse d’eau couvrait le pied des falaises, où des circonstances plus favorables m’auraient permis de recueillir des ossemens que les courans n’entraînent pas aussi facilement que les argiles qui les renferment, de sorte qu'ils doivent nécessairement les laisser au lieu même où ils sont tombés. J’eus, à plusieurs reprises, le regret de voir percer, en dehors de la falaise, diverses parties de squelettes de grands animaux, entre autres un squelette presque entier avec la tête; je aperçus à moins d’une lieue au-dessous du Carcarañan, sur le bord du Parana. C'était, sans doute, un megatherium identique à celui qui existe au cabinet de Madrid et qu'on à trouvé dans la même couche à Lujan, non loin de Buenos- Ayres. 1 Au-delà du Carcarañan la falaise de même nature paraît élevée de plus de trente mètres. Les plaines qui la dominent sont également d’une grande horizontalité et semées de petits lacs. Je vis la même composition et le même aspect de terrain au Rosario et à San-Nicolas. Cest là que j'avais rencontré, pour la première fois, en 1827, des ossemens de quelques mammifères. Je retournai en chercher; et mes deux courses me procurèrent plusieurs fragmens de mächoires de Canis, du Ctenomys bonariensis et du Xerodon antiquum?. La nature des couches ne changea pas près de San-Pedro, où des circonstances particulières me forcèrent de rester quelques jours. J'y rencontrai partout la plaine horizontale couverte de petits lacs si nombreux, qu'on ne peut faire une demi-lieue sans y en voir. Ce sont des dépressions de quelques mètres de profondeur tout au plus : les unes susceptibles de se dessécher, les autres conservant, au contraire, une eau slagnante, quelquefois douce, le plus souvent salée. Cette disposition est très-marquée au sud de Buenos-Ayres. On peut le voir sur notre carte géologique, n.° 1.

Les environs de San-Pedro me montrèrent sur les plaines, au sommet des falaises, élevées alors d'environ trente mètres au-dessus du cours du Parana, plusieurs petits

« dont chacun avait un pouce de diamètre au moins; la coquille elle-même avait environ neuf pieds « détendue. Elle semblait, à tous égards, excepté dans sa grandeur, être la partie supérieure de « lécaille d'un armadille ou tatou; mais celui-ci n’a aujourd’hui qu'environ une palme de lar- « geur. ?

Voilà donc, dès cetie époque, des notions sur le tatou gigantesque. — Les os fossiles des grands mammifères étaient déjà cités, dès 1770, par le père Guevarra, Historia del Paraguay, Rio de la Plaia y Tucuman, p. 8 Ce sont évidemment ces os qui ont amené la fable des géans en Amérique.

1. Voyez Descripcion del esqueleto de un quadrupedo muy corpulento, par Joseph Garrega.

2. M. Laurillard a bien voulu examiner ces ossemens et leur donner, avec moi, des noms. Voyez la Paléontologie spéciale, pl. IX.

M. Darwin, plus heureux que moi, a rencontré, dans le Rio Terceiro et à la Bajada, plusieurs

autres espèces de mammifères.

monticules, à peine de deux ou trois mètres d'épaisseur, ayant la forme allongée, et Géologie. généralement disposés dans la direction du cours du fleuve. Ces bancs sont composés de sable très-fin, si remplis de coquilles, qu’ils ont reçu des habitans le nom de Conchillas (peutes coquilles). Lorsque j'étudiai zoologiquement ces banes, je n’eus pas de peine à reconnaître qu'ils sont formés de l'espèce qui vit aujourd’hui très-multipliée dans les eaux douces et saumâtres de l'embouchure de la Plata, forme des bancs au fond de la baie de Montevideo, et habite, quoique moins commune, jusqu'aux plages sablonneuses de Buenos-Ayres. Cette coquille, regardée par quelques auteurs comme une corbule et dont lanimal m'a déterminé à en former un nouveau genre sous le nom d’Azara, en l'appelant 4zara labiata ?, ne vit plus actuellement près de San-Pedro , et ne commence à se trouver, en descendant le fleuve, qu'au Riacho de las Palmas, assez près de Buenos-Ayres; ainsi, dans ce moment, aux environs de San-Pedro, elle ne pourrait être déposée sur les rives du Parana, et bien moins encore sur les argiles pampéennes, à trente mètres au-dessus du niveau des eaux de la rivière. Ces bancs , dont la puissance est assez forte et assez étendue pour qu’on les exploite dans le pays, afin d’en faire la chaux hydraulique, ne permettent pas de penser qu'ils y aient été apportés par l’homme. Si, d’un côté, l’état fossile des coquilles prouve qu’elles appartiennent à un dépôt contemporain de l’époque humaine, leurs deux valves souvent réunies, leur parfaite conservation éloigne, d'autre part, toute idée de transport, et démontre qu'elles vivaient non loin de là, sinon sur le lieu mème. Il faut donc admettre que ces banes de Conchillas appartiennent tout à fait au domaine de la géologie. 2

Ces dépôts se rattachent évidemment à la cause qui a déterminé la formation des medanos où anciennes dunes, qu’on trouve également disséminées, très-loin de la mer, au sein des Pampas, vers le sud, et dont j'aurai l’occasion de parler plus tard. Les uns et les autres sont postérieurs aux argiles des Pampas et annoncent le séjour longtemps prolongé des eaux sur une partie considérable de ces immenses plaines, après l’anéantissement des mammifères de grande dimension qui les peuplaient, Si lon cherche dans les faits plus généraux encore ce qui peut expliquer la présence de ces bancs de coquilles actuellement vivantes à l'embouchure de la Plata, bien au-dessus du niveau du fleuve, et à au moins un degré de distance du lieu où cette espèce vit aujourd'hui, on devra peut-être supposer qu'ils ont été le résultat des causes d’exhaussement qui ont produit les dépôts de coquilles marines de Montevideo, et qui ont porté au-dessus du niveau des mers de Patagonie et du Pérou, les coquilles marines que j'ai trouvées en place à la baie de San-Blas, à Cobija et à Arica, sur les côtes de l'Océan atlantique et du grand Océan.

Les bancs de conchillas sont disséminés dans la campagne. L'un d’eux se trouve

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