‹ Voyage dans l'Amérique MéridionaleChapitre 167 sur 233 · Narrative, etce., 1. IT, p · texte numérisé non relu

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(17) ces mêmes huîtres sur plusieurs points de la Patagonie. La côte de Patagonie offrant le premier point où Pon ait vu des fossiles marins, est en même temps celui auquel se rattachent un grand nombre d’observations différentes.

Le second point où l’on ait signalé des fossiles sur le sol de PAmérique méridionale est le sommet des Cordillères boliviennes, vers le 20.° degré de latitude sud. Alonzo Barba * annonce que, sur le haut chemin qui mène de Potosi à Oronesta, les pierres renferment des coquillages de toute espèce, grands et petits. Îl y en a qui ressemblent à des buccins; d’autres sont bivalves. J’ai également vu et recueilli des fossiles, non loin de Potosi, dans la vallée de Santa-Lucia. Peut-être sont-ce les mêmes que ceux que mentionne Barba ; alors, d’après mes observations, ils appartiendraient à la formation du trias.*

Le troisième lieu est indiqué par Don Antonio de Ulloa. Ce voyageur, en 1748, donne une longue dissertation sur les fossiles qu'il a observés au sud du Chili, sur la côte de locéan Pacifique. Îl dit que de Talcaguano à Concepcion, sur une largeur de quatre à cinq lieues du bord de la mer vers l'intérieur, on voit, jusqu’à deux ou trois toises de profondeur, un amas de coquilles de diverses espèces et, pour ainsi dire, à leur état naturel et sans mélange de matières étrangères. Ces coquilles forment des bancs sur les terrains plans. Ulloa fait remarquer, de plus, qu'on les voit à la cime des collines de près de cinquante toises d’élévation au-dessus du niveau de la mer. Elles se composent de moules, de gastéropodes et de bivalves, que l'auteur espagnol croit être analogues aux coquilles vivant aujourd’hui dans la mer voisine, ce qui lui fournit des preuves manifestes du déluge universel. Quoi qu'il en soit, ces observations prouvent évidemment pour les couches tertiaires de ces contrées un exhaussement analogue à celui de beaucoup d’autres points de la côte occidentale du continent américain. Depuis Ulloa, Molina‘, non content de corroborer les observations déjà faites, annonce

1. Alonzo de Barba, Lib. 1, cap. XVII. On trouve une citation de ce passage dans la traduction française d’Ulloa, Noticias americanas, p. 372.

2. Géologie de mon Voyage, p. 142. Les fossiles sont la Chemnitzia potosensis, d'Orb.; Paléontologie, pl. VI, fig. 1-3.

3. Relacion historica del viage à la America meridional, etc., par Don Jorge Juan et Don Antonio de Ulloa, & LE, lib. I, cap. VI, p. 324.

4. Saggio sulla storia civile del Chili. Bologna, 1787. Lib. II, cap. XIV. Traduction française, p. 38, 40 et 41.

Torrubia, Aparato para la historia natural española, p. 114 et p. 149, cite aussi le passage

d'Ulloa, et en tire les mêmes conclusions par rapport au déluge universel.

LD

III, Paléentologie. a

Paleontologie.

Palon- que toutes les montagnes situées à l’ouest des Andes sont formées de couches

tologie.

horizontales, où les corps marins abondent. Si, à ces vagues déterminations de la paléontologie du sud du Chili, je veux Joindre ce que la science possède aujourd’hui de positif, je dirai que les différens voyages de circumnavigation dont Pitinéraire passe par Concepcion, comme celui de la Coquille, n’ont rien ajouté à ce que lon savait. Je dois même ajouter qu'aucun voyageur ne paraît avoir eu connaissance des fossiles de Concepcion, tandis que l’île de Quiriquina, visitée depuis quelques années par MM. Cécile et Hanet Cléry, leur a offert beaucoup de fossiles, que je dois à la bonté de ces habiles marins; et que j'ai reconnu appartenir aux couches inférieures des terrains tertiaires de l'Amérique’, puisqu'ils ne se composent que d'espèces perdues *. Ce résultat me ferait croire que les fossiles indiqués par Ulloa sont plus modernes.

On doit encore à Ulloa d’autres observations non moins importantes. Dans un second voyage fait au nouveau monde, en 1761, il parcourut les mines de mercure de Guanca-Velica au Pérou”, et y trouva des coquilles fossiles. Les premières notions qu'on en ait eues en Europe ont été publiées en 1768. Moulet dit#: M. de la Condamine a fait mettre dans un Journal une lettre . dans laquelle on remarque qu'on a trouvé des cornes d’Ammon sur les . plus hautes montagnes de l'Amérique.” Ulloa a communiqué à M. le Gentil, et celui-ci a donné par écrit à M. de Buffon une note annonçant que le voyageur espagnol avait recueilli des coquilles pétrifiées du genre peigne, à la hauteur de 2222 7. toises au-dessus du niveau de la mer, dans un banc fort épais de la montagne qui entoure la mine de Guanca-Velica. M, de Buffon ° en conclut que le diamètre de la terre avait jadis deux lieues de plus, puisqu'il était enveloppé d’eau jusqu’à deux mille toises de hauteur, et que cet état avait dù se conserver long-temps, puisque les coquilles se sont multipliées en ce lieu.

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