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Les deux lacs, dont le dernier se nomme Laguna del Ueste, sont situés dans une Géologie. espèce de vallée dirigée de l’est à l’ouest, bornée, de deux côtés, par des collines de vingt à trente-cinq mètres d’élévation dans leur plus grande hauteur, au-delà desquels, vers le sud, sont des terrains ondulés. Ces hauteurs se composent de sable rouge si peu solide, qu'on y enfonce profondément. Quelquefois elles constituent des falaises, et sont, alors, coupées assez brusquement au-dessus des lacs; mais, d’autres fois, elles s’en éloignent de près d’une lieue. Autour des lacs on voit, sur plusieurs points, une espèce d'argile tendre, de couleur rouge, dont le mélange avec les particules entrainées par les pluies, forme, au fond des lagunes, un terrain fangeux. C’est sur cette superficie que le sel cristallisé se trouve par couches superposées, et dont l'épaisseur augmente de la circonférence vers le centre. Il y en a quelques-unes que leur dureté n’a pas permis de rompre, de sorte qu’on ne peut juger de leur épaisseur. Sur la surface du sel il y a tout au plus soixante-quinze centimètres d’eau. Le sel de cette saline est inépuisable; pour l’extraire, on en brise les couches avec des barres de fer.
D’après la description de Don Pablo Zizur, 1l me paraît évident que les terrains argileux rougeätres des Pampas se continuent jusqu'aux Salinas, et que le tertiaire patagonien doit avoir ses limites au-delà de ce point.
Si maintenant je suis ltinéraire de Don Luis de la Cruz', à travers les Pampas d’Antico au Chili, jusqu’à la province de Santa-Fe, je reconnais, comme je l'ai marqué sur ma carte (n.” 1), que les limites où cessent les terrains sablonneux et où commencent les argiles des Pampas, sont entre le 66.° et le 67." degré de longitude occidentale de Paris, vers le 35.° degré 30 minutes de latitude sud. C'est, en effet, par ce parallèle que la végétation change de forme, ce qu'a parfaitement observé le voyageur espagnol.
En partant du point dont je viens de parler, et fixé par lItinéraire de Don Luis de la Cruz, les limites de l’argile pampéenne plus au nord, me sont données par le lieu où le Rio Quinto et le Rio Segundo se perdent au milieu des sables, et coulent,
sans aucun doute, sous les argiles.
Résumé de la géologie des Pampas proprement dites.
Le résumé du bassin des Pampas est que l'argile pampéenne en remplit tout le fond; qu'à Buenos-Ayres cette couche à montré, dans un puits percé en 1827, par
l’ordre du gouverneur Rivadavia, une épaisseur de plus de trente mètres?, et, au-dessous,
1. Ce voyage, exécuté en 1806 par Luis de la Cruz, renferme une description exacte de tous les terrains compris entre la partie sud du Chili et la province de Santa-Fe. Il fait donc parfaitement connaître la constitution géographique des Pampas. J'en possède Poriginal signé, légalisé, formant un volume in-folio assez volumineux. Il vient d’être imprimé à Buenos-Ayres, en espagnol, sur une copie, dans la Coleccion de Pocumentos, de M. d’Angelis.
2, Ce forage m'a donné non-seulement la puissance des couches d’argile pampéenne ou tosc« , mais encore m'a prouvé qu'à Buenos-Ayres le tertiaire patagonien se trouvait au-dessous, comme on devait le supposer.
Géologie. les sables tertiaires patagoniens, où l’eau à paru avec abondance; ainsi l'argile pam-
| péenne formerait, à elle seule, les Pampas proprement dites. Ses limites seraient, en partant de Buenos-Ayres et marchant au sud, les rives de la Plata et celles de l'océan, jusqu'au Rio Colorado. De ce point le cours du fleuve, puis une ligne qui partirait du Rio Colorado, passerait au sud des Salines (Itinéraire de Don Pablo Zizur) et irait rejoindre, au nord-ouest, le point bien marqué de lItinéraire de Don Luis de la Cruz. De ce dernier point il faudra prendre, comme limites vers l’ouest, le lieu où se perdent les Rio Quinto et Segundo. Ensuite les argiles pampéennes représentent, vers le nord, un long golfe jusqu'au 27 degré de latitude sud, sur une grande largeur de la rive droite du Parana. Elles sont bornées, à l’est, par les coteaux de tertiaires guaranien et patagonien de la rive gauche de cette rivière, jusqu'à près du 32. degré, où elles se montrent à l'extrémité méridionale de la province d’Entre-Rios. Ces mêmes argiles forment un second golfe sur les rives de l’Uruguay, couvrent la partie inférieure du cours du Rio Negro? et reparaissent sur la rive gauche de la Plata, près de las Vacas 2 et au-delà de la Colonia. Elles sont interrompues par un massif granitique, jusqu’à l'embouchure du Rio de Santa-Luciaÿ, et montrent un troisième golfe dans la Banda oriental, sur les rivières de San-Jose et de Santa-Lucia.
L’argile pampéenne repose sur le grès tertiaire patagonien, sur tout son pourtour, au sud, à l’ouest et au nord; au nord-est, dans la république orientale de l’Uruguay, et tout autour des montagnes de Corrientes, du Tandil et de Tapalquen, elle vient se déposer immédiatement sur les roches granitiques.
L’argile pampéenne est à nu presque partout, sur la partie que je viens d'indiquer; pourtant elle supporte, aux environs de Buenos-Ayres, et de distance en distance vers le nord-ouest, jusqu'à San-Pedro, des bancs plus modernes de conchillas, contenant les espèces qui vivent de nos jours; et vers l’ouest et le sud-ouest, les monticules de sable, nommés medanos, d’un âge également postérieur au dépôt argileux des Pampas. J'ai déjà fait connaître mon opinion relativement aux bancs de conchillasi. Pour les medanos, je n’y vois que des alluvions provenant des grès tertiaires patagoniens, qui se sont déposés non loin des limites de ces couches, à la superficie des argiles pampéennes.
Le dépôt de l'argile pampéenne, tel que je viens d’en déterminer la circonscription, n'aurait pas moins de trente-huit degrés carrés de superficie ou 23,750 lieues carrées, de vingt-cinq au degré, ce qui passe tout ce qu'on connaissait en étendue, et prouve combien les faits géologiques ont eu de portée sur le territoire du nouveau monde.
1. C’est ce qui m'est prouvé par la correspondance de MM. Isabelle et Vilardebo, de Montevideo, et par la relation de M. Darwin (loc. cit., p. 172).