III. Géologie. Ô
Géologie.
Si je compare ces couches à celles de la Barranca del norte, je reconnaîtrai facilement qu'ici se montrent, de plus à découvert, à la partie inférieure, le grès marin et le grès à dendrites ; à la partie supérieure, le calcaire ostréen, qui manquent à la Barranca del norte. Ainsi, avec la même composition, la Barranca del sur est seulement plus complète dans son ensemble. Si, de ce point, je suis la côte, qui se dirige alors à l’ouest, je vois les falaises continuer, sur une distance de douze lieues et demie ou d’un demi degré en longitude. Comme la mer en bat partout le pied, je n'ai pu les suivre qu’en dessus ou les longer étant embarqué. Elles présentent une uniformité parfaite, et paraissent prendre de la puissance à mesure qu'on s'avance vers l’ouest. Elles sont ensuite interrompues par une dépression du sol, qui vient former l’Ensenada de Ros. Cette dépression, qui peut avoir une lieue et demie de large, n'est pas due à laffaissement des couches, mais bien à une dénudation; ce dont il est facile de s'assurer aux deux extrémités de la baie, où les couches conservent leur presqu'horizontalité, et montrent, par les parties découvertes, celles qui ont été enlevées. Au-delà de l'Ensenada de Ros les falaises reparaissent, mais avec plus de puissance encore, et viennent former une muraille de douze lieues et demie ou d’un demidegré de longitude de longueur. Elles cessent de nouveau, et sont coupées par une vallée semblable à celle de l'Ensenada de Ros. Cette seconde vallée, qui forme une large baie vers la mer, se nomme Ænsenada del agua de los loros (Anse de l'aiguade des perroquets); puis les falaises reprennent de nouveau et s'étendent jusqu’au Sac de San-Antonio.
Ces deux baies sont presque semblables. Elles présentent une espèce de cul-de-sac vers les terres et une large baie vers la mer; elles sont remplies de dunes de sable, les unes mouvantes vers la côte, les autres fixées vers l’intérieur. À leur partie occidentale s’amoncèlent des galets, les uns appartenant aux débris des roches calcaires ou des grès tertiaires des falaises; les autres composés, comme à la Bahia de San-Blas, de petits cailloux porphyritiques, semblables à ceux de la superficie du sol.
J'ai pu observer les falaises qui bornent ces baies à l’est et à l’ouest de l’Ensenada de Ros, à l’est de Agua de los loros; et j'en ai reconnu partout la parfaite identité. À l’ouest de l’Ensenada surtout j'en ai suivi le pied, à marée basse, sur environ deux ou trois lieués. Je les ai étudiées avec le plus grand soin, et voici le résultat de mes observations :
En cet endroit, elles ont au maximum, cent dix mètres de hauteur, depuis les couches à découvert par la marée basse jusqu’au sommet.
Je ne rencontrai pas le grès marin.
Le grès à dendrites s'étend en un bane puissant, de quatre mètres environ, dans la mer, où il constitue des écueils dangereux. Il ne contient aucun reste de fossiles.
Le calcaire dendritique y existe certainement, à en juger par les galets roulés qu'il laisse sur la côte; mais je ne l'ai vu nulle part à découvert.
Le grès à ossemens est très-développé. Je lui trouvait environ six mètres de
puissance. Îl me montra avec beaucoup d’ossemens, que je ne pus enlever, vu la
dureté de la roche, un beau übia et une rotule placés l’un à côté de lautre, dans Géologie. leur position relative, ce qui annoncerait qu'ils auraient été déposés lorsque leurs ligamens les faisaient encore adhérer lun à l’autre. Ce tibia n’a pas moins de trois
cent trente-neuf millimètres de longueur; il est passé à l’état pierreux noiratre. M. Laurillard, qui a bien voulu l’examiner, a cru pouvoir le rapporter à une espèce de rongeur, et nous lui avons provisoirement imposé le nom de HMegamys patagonensis.
Je ne pus obtenir aucun des autres restes de mammifères que je rencontrai sur cette
côte, ils élaient en partie usés par la mer.
Dans le banc qui devait contenir le grès à unio, je ne vis aucune trace de ces fossiles.
Le grès azuré, inférieur de plus de soixante-douze mètres de puissance, renferme, au milieu de sa hauteur, le banc de calcaire que J'ai déjà décrit à la Barranca del norte. Ce banc contenait alors les mêmes rognons qu'au premier lieu, où je lai observé. Dans cette masse énorme de grès azuré, plus ou moins bleu ou gris, je ne remarquai aucune trace de fossiles.
Le calcaire ostréen est, à l'Ensenada de Ros, divisé en trois couches bien distinctes : une première inférieure, épaisse de plus de trois mètres, composée de calcaire argileux jaunàtre, contenant du gypse; au milieu, dans une argile grise, un banc de près de deux mètres, composé d’huitres (Ostrea patagonica, d'Orb.), de deux à trois cents millimètres de diamètre, toutes dans leur position naturelle et avec leurs deux valves réunies. Ces huîtres, quelquefois si nombreuses qu’elles sont en contact les unes avec les autres, paraissent, sans aucun doute, avoir vécu en place, et tout me donne la certitude qu’elles n’ont éprouvé aucun dérangement. Au-dessus du banc d’huitres est une couche grise, mélangée de grès et de calcaire, où je n'ai pas vu de fossiles. Elle est épaisse de trois mètres.
Ces trois couches sont de nouveau recouvertes par le grès azuré, qui varie de puissance, suivant le plus ou moins de dénudation supérieure.
En comparant ces détails à ceux que j'ai donnés de la Barranca del sur, on voit qu'il y a identité parfaite de composition, et seulement plus de puissance relative des couches de grès azuré. On pourra, du reste, suivre cette concordance dans ma coupe est et ouest, donnée par la côte de la mer (pl. IE, fig. 5), depuis la Barranca del norte jusqu’au sud de l’Ensenada de Ros.
Avant de parler des falaises du Rio Negro, je dois dire qu’en traversant l'intervalle compris entre ce fleuve et l’'Ensenada de Ros, j'ai rencontré, sur les coteaux d’une dépression allongée du nord-est au sud-ouest, et analogue à celles de l'Ensenada de Ros et de l’Agua de los loros, quelques débris de fossiles tertiaires qui me parurent appartenir aux couches de grès azuré supérieures au calcaire ostréen. Ces fossiles, qui sont probablement dans cette couche, comme le calcaire ostréen lui-même, des dépendances
du grès azuré, me frappèrent d'autant plus que j'y ai retrouvé des espèces absolument