‹ Voyage dans l'Amérique MéridionaleChapitre 224 sur 233 · Géologie, p · texte numérisé non relu

Géologie, p

HI. Paléontologie. D

Paléontologie.

Paléontologie.

( 170 }) des terrains siluriens de PAmérique succèdent des sables quartzeux. Une faune distincte naît au sein des mers dévoniennes, et cette faune, composée de T'érébratules, de Spirifer, d'Orthis, présente un facies analogue à celui des animaux des mers européennes de la même époque géologique; mais cette animalisation s'éteint à son tour, et la faune dévonienne s’efface de la surface du globe, après avoir duré un temps considérable, à en juger au moins par les proportions des couches.

Au terrain dévonien succède, en Amérique comme en Europe, la grande série des couches carbonifères. Alors paraît une faune marine très-variée, où, parmi les genres Solarium, Natica, Pecten, Trigonia, Terebratula, Orthis et Sprrifer, se montrent les Productus ‘plus nombreux, plus spéciaux à ce terrain que les autres. Comparées à celles d'Europe, ces espèces américaines offrent non-seulement la plus grande analogie, mais encore des espèces identiques qui indiquent la complète contemporanéité d'existence. Il n’y aurait donc pas, à Pépoque du terrain carbonifère, de différences de température dues à la latitude, puisque les mêmes êtres vivaient simultanément sous la zone torride et dans les régions froides. La chaleur centrale était immense et continuait à neutraliser toute influence extérieure.

Après une longue durée de cette riche faune et de cette flore plus riche encore des terrains carbonifères, où les palmiers, les fougères, ornent les continens, tandis que les innombrables produits de la faune maritime peuplent le sein des mers, la nature, une autre fois, détruit son œuvre. Les animaux et les végétaux sont ensevelis sous les couches terrestres, par la surélévation du système chiquitéen , et la période triasique existe. Si, en Amérique, ainsi qu'en Europe, les couches qui se déposent doivent former, sur lun et l'autre continent, des argiles et des grès bigarrés identiques, il est au moins curieux de ne rencontrer, au nouveau monde, que des couches dénuées des êtres si nombreux sur lancien. Il faudrait dès-lors supposer que, durant cette période, les mers triasiques de Amérique se seraient trouvées en des conditions moins favorables, peut-être au fond d’un bassin maritime, où les animaux ne pouvaient pas exister.

En Europe, à la suite des terrains triasiques, commence une tres-longue période, celle des terrains jurassiques, où sept étages au moins, souvent d’une grande puissance, se sont succédé, en offrant des faunes distinctes (le lias, l'oolite inférieure, la grande oolite, les couches oxfordiennes, coralliennes, kimméridiennes et portlandiennes). En Amérique on cherche en vain ces terrains étendus; à peine en trouve-t-on des traces incer-

taines' sur un petit point isolé. Ne pourrait-on pas se demander natu- Paléon-

rellement quelle cause a pu empêcher les terrains jurassiques de sy développer? Cette question effraie au premier abord; mais si lon suppose, par exemple, que durant cette longue période, les terrains triasiques formant peut-être le prolongement du système bolivien et devant plus tard supporter les terrains crétacés, étaient émergés et constituaient les continens, on s’expliquera la cause à laquelle on peut attribuer le manque de terrain jurassique au nouveau monde. Il paraîtrait probable que, durant la formation jurassique, l'Amérique méridionale représentait un continent bien plus vaste qu'aujourd'hui; néanmoins pour Pexplication des faits postérieurs, il est de plus indispensable de supposer qu'à la fin des terrains jurassiques il s’est manifesté, en Amérique, des dislocations nombreuses par Paffaissement et par l’immersion de ces mêmes terrains triasiques, puisqu'ils recoivent ensuite les couches les plus inférieures de l’époque suivante.

Les terrains crétacés se montrent sur le globe. La nature, après lanéantissement de la faune antérieure, les repeuple d'animaux, et lanimalisation reparaît sur la terre. Tandis qu’en Europe les nombreuses ammonites et les autres mollusques peuplaient les mers anciennes des bassins parisien et méditerranéen de létage néocomien, ces mêmes mers s’étendaient jusqu'au littoral septentrional et occidental de PAmérique, de la Colombie au détroit de Magellan, en y offrant des espèces voisines de forme et même des espèces identiques. En effet, non-seulement les terrains néocomiens de Colombie montrent cinquante pour cent d'espèces voisines de forme avec celles du bassin parisien de cet étage, mais encore vingt pour cent d'espèces identiques se trouvent simultanément en Europe et en Amérique. Le terrain néocomien du détroit de Magellan paraît, au contraire, offrir des analogies avec le bassin méditerranéen. Quoi qu'il en soit, les mers néocomiennes avec des animaux mollusques, voisins ou identiques, s’étendaient en même temps dans lhémisphère sud, jusqu'au 54.° degré et dans l'hémisphère nord du 4. au 48.° degré de latitude (plus de 2500 lieues), sur une largeur de 75 degrés {plus de 1800 lieues). Les lois qui président à la distribution géographique actuelle des êtres à la surface de notre planète, dépendent toujours d’une uniformité complète de conditions d’existence et de température. On doit en conclure, par comparaison, que la présence simultanée des mêmes espèces au sein des mers néocomiennes de Colombie, du détroit de Magellan et de France,

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