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À Calama l’on exploite une belle mine de soufre natif

il ne pleut jamais. Pour expliquer ce fait, qui est loin d'être exceptionnel, puisque Géologie. je l'ai observé sur toute la côte, depuis le 12.° jusqu'au 23. degré de latitude sud, aux environs d’Arica, d’Islay et de Lima, il faut supposer qu’il s’est opéré, depuis notre époque, un changement immense, soit par suite de la direction des vents régnans,

soit par suite de causes géologiques. Le premier cas serait peut-être plus difficile à admettre que le second, puisqu'on expliquerait ces lits de torrens, en supposant, en Amérique, des causes analogues à celles qui ont fait descendre les glaciers d'Europe au

milieu des vallées aujourd’hui tempérées. Il est évident que si un abaissement momen-

tané de température a fortuitement couvert de neiges les montagnes, il se formera des ‘torrens sur les pentes, aussitôt qu'y sera rétablie la température de cette latitude. On conçoit que j'attache beaucoup plus d'importance au fait même, vu sa généralisation ,

qu’à l'explication des causes qui l'ont produit, celles-ci demeurant très - problématiques.

Ÿ. 3. Côtes du Pérou.

Jquique.

Toutes les montagnes élevées qui, au-delà des conglomérats modernes, bordent la côte entre Cobija et Arica, paraissent être porphyritiques. Ces montagnes, vers le 21° degré, s’éloignent quelquefois de la côte et laissent alors une surface sablonneuse, appartenant à l’époque des conglomérats modernes, chargés, ainsi que ceux de Cobija, de beaucoup de sel marin ou sel gemme, à la superficie et dans un grès à gros grains encore friable. C’est à cette même époque qu'il faut rapporter les terrains contenant le salpêtre exploité près d’Iquiaue et dont notre Europe a tiré tant de profit'. Des montagnes semblables à celles dela côte reparaissent vers Pisagua : elles sont coupées à pic près de la mer, et laissent, au-dessus, des plaines de sable. Ces côtes sont surtout très-élevées près de la Quebrada de San-Victor, à dix lieues au sud d’Arica; puis, de ce point, les montagnes s’abaissent, de nouveau, jusqu’à une ou deux lieues du Morro d’Arica, où les plaines sablonneuses recommencent et forment des dunes près du rivage.

Arica, Tacna et versant occidental de la Cordillère.

Vu de la mer, à quelques lieues de distance, l’ensemble de la côte et de la Cordillère offre un aspect assez singulier. On y voit d’abord se dessiner, sur la ligne des eaux, au sud, quelques collines escarpées, qui s’abaissent et viennent mourir vers le nord, au Morro d’Arica, espèce de promontoire, dernier point élevé du littoral. La côte au-delà, basse et sablonneuse, s'élève graduellement en collines de couleur grise ou

1. M. Darwin, qui a vu ces exploitations (Warrative, p. 444 et suiv.), dit que le nitrate de soude consiste en une couche de deux ou trois pieds, bordant, au-dessous des alluvions, un grand bassin qui a dû être une mer ou un lac intérieur. Son élévation est de trois mille trois cents pieds anglais au-dessus du niveau de la mer.

Géologie. blanchâtre, mollement ondulées. Derrière ce premier plan se montre un vaste rideau

7 brun, noâtre, constituant tout le versant occidental des Cordillères. Je fus étonné du peu d’inégalités de ces montagnes. En effet, leur ensemble offre bien quelques points plus élevés que les autres, mais aucun pic saillant et peu de grandes fissures. Derrière ce vaste rideau dominent les principaux pics neigeux du plateau occidental. Ils ont tous la forme d’un cône écrasé, à sommet obtus, et représentent, chacun en particulier, un véritable pain de sucre de forme élargie. Les plus saillans de ces pics sont le Tacora et le Nyuta, au pied desquels je devais passer, en traversant le plateau. Lorsque, plus tard, je leur comparai, de souvenir, les chaînes des Pyrénées et les Alpes, bien loin de trouver aucune ressemblance, je vis entreux une disparité complète. Comme des formes analogues se sont montrées à moi sur toute la longueur de la chaîne, depuis Valparaiso jusqu'à Lima, je crois que cet aspect peu accidenté, et des pics neigeux coniques , à sommet obtus, sans aspérités, caractérisent les grands soulèvemens de roches trachytiques, si différens de ceux des roches granitiques aux sommets couverts d’aspérités.

La côte d’Arica ne manque pas d'intérêt; je l’étudiai avec d'autant plus de soin, que, de ce point, je devais commencer à prendre possession du coritinent et gravir peu à peu les Cordillères. Arica se compose orographiquement, au nord, d’une petite montagne dite Morro, coupée à pic vers la mer et s'étendant, à l’est, en une colline assez haute. Tout le reste des environs est couvert de sables mouvans, montant vers l'intérieur, jusqu'aux derniers contre-forts de la Cordillère.

Géologiquement, Arica présente des faits très-curieux. Le Morro!, qui s'élève au sud à la hauteur d'environ deux cent quarante mètres au-dessus du niveau de la mer, est coupé perpendiculairement sur l'Océan et se compose de roches d’origine très-différente.

À sa base, vers le nord, sont des couches, plongeant légèrement à l’ouest, d’un calcaire phylladifère ou phtanite argilifère noirâtre, par feuillets assez minces, qui s'étend au loin sous les eaux. Ce calcaire phylladifère appartient à l’époque carbonifère, à en juger par des empreintes de productus que présente un des échantillons que j'y ai recueillis, et les nombreux restes que j'ai pu observer sur les lieux.

Les flancs du Morro sont composés, à une grande hauteur, d’un porphyre pyroxénique très-noir, où l’on distingue des cristaux de pyroxène et de feldspath décomposés.2 Ce porphyre a évidemment soulevé, disloqué et entrainé avec lui une partie des couches de calcaire carbonifère, puisqu'on trouve partout, dans cette masse, enveloppés de matière porphyritique, des blocs plus ou moins volumineux de calcaire noirâtre, contenant des empreintes de productus. Dans certains endroits les morceaux de cette roche, en petits fragmens anguleux, forment une brèche; en d’autres, ces fragmens sont très-gros, à angles non émoussés et soulevés à une assez grande hauteur. Cest surtout à l'extrémité nord du Morro qu’on voit les marques évidentes du soulèvement

1. Voyez pl. VII, Carte de Bolivia, et pl. VIF, fig. 1, la coupe transversale des Cordillères. 2. Détermination de M. Cordier, sur les échantillons déposés au Muséum.

des roches carbonifères par les porphyres. Dans cette partie, les flancs de la montagne Géologie. sont fendillés ou partagés en blocs, par de larges filons de porphyres, représentant l’image du chaos. En marchant au sud, le porphyre pyroxénique, encore souvent fendillé, contient moins de roches carbonifères et devient enfin presque pur. Alors,

de même que vers le nord, ses fentes offrent des cristaux plus ou moins complets, par plaques de quartz et de carbonate de chaux. En suivant encore plus au sud, toutes

les pointes avancées dans la mer appartiennent au porphyre pyroxénique. Dans les

flancs du Morro sont plusieurs cavernes très-profondes, que la vague paraît avoir creusées, lorsque la mer venait y battre. Je crus au moins le reconnaître aux parois

en partie usées et à la présence, vers le sud, de cavernes semblables, encore aujour-

d’hui sous-marines. On entend la mer s'y engouffrer avec fracas, et lorsqu'il vente,

les eaux, trouvant une petite issue à l'extrémité, en sortent en jet.

A la partie supérieure du Morro s'étendent en couches presque horizontales et à une assez grande hauteur, des bancs d’une roche blanc-jaunàtre, que lanalyse a fait reconnaître à M. Cordier pour un pétrosilex à grains grossiers.

Cette roche couvre les porphyres pyroxéniques. Je n’ai pu apprécier au juste le contact, en regardant d’en bas; et les sables mouvans aux côtés de la montagne couvrent celte partie, ce qui empèche d’en bien juger. Je n’ai aucun indice de l’âge certain de cette roche; ce qu’il m'a été permis de vérifier, c’est qu’elle est en stratification concordante avec des couches de grès rouges assez friables, petits feuillets, qui les revêtent partout, et semblent appartenir à la même époque.

Au-dessus de ces couches, on trouve un sable terreux imprégné et consolidé en une croûte épaisse par le sel, qui se montre souvent en gros rognons blancs ou rosés, ou en petites couches.

Au nord et au sud du Morro règnent des dunes qui, surtout au nord, s'étendent assez loin dans les terres, jusqu’à une hauteur de plus de cent mètres au-dessus du niveau de la mer. On y voit partout un grand nombre de débris marins, de coquilles ou d’ossemens de cétacés. Les coquilles sont les mêmes que celles qui vivent aujourd’hui dans la mer voisine, et annoncent que la mer couvrait ces plaines. Ces dunes occupent, sur une lieue de largeur, l’intervalle de quatorze lieues compris entre Arica et la vallée de Tacna.

Lorsque les vents balaient les sables mouvans, il reste souvent à découvert, à une lieue plus ou moins dans l’intérieur, de petites collines, couvertes des mêmes croûtes de sel que j'ai observées au sommet du Morro'. Ce sont des grains de sable, de gros graviers, de petits cailloux porphyritiques roulés, et même des blocs de plus de trente centimètres de diamètre, liés ensemble par le sel, qui en cimente les diverses parles. Plusieurs excavations pratiquées m'en ont donné la preuve la plus complète;

1. M. Meyen (traduction de son voyage, Annales des voyages, 1834, t. IV, p. 139) croit à tort que c’est l'argile qui unit le sable; c’est le sel, phénomène général sur toute la côte et que M. Darwin (Warrative, p. 44) a également décrit près d’Iquique.

Gévogie. d’ailleurs, c’est de là qu’on extrait le sel employé dans tout le pays aux usages domestiques. Lorsqu'on atteint ces croûtes durcies, il suffit de creuser à quelques centimètres, pour en trouver d'un beau blanc, entourant toutes les roches roulées et les unissant entr’elles. Afin d’en expliquer la présence dans les mêmes circonstances aux environs d’Iquique, M. Darwin! dit que la pluie lave le sel contenu dans le sable salifère des collines et le transporte au milieu des plaines, où il se concrète dans le sol sablonneux des vallées. M. Darwin oublie qu’il n’a pas plu, sur toute la côte depuis les temps historiques les plus reculés, ce qui ferait remonter le lavage par les pluies tout au moins jusqu'à l’époque des torrens desséchés, que j'ai décrits à Cobija? et qu’on retrouve sur toute la côte; mais, pour que cette hypothèse fût admissible, il faudrait encore ne trouver du sel que dans le fond des vallées, et l’on n’y en trouve, au contraire, aucune trace. Le sel ou la zone salifère appartient, sans aucun doute, au domaine de la géologie; il n’occupe pas les vallées, mais il constitue une croûte au sommet du Morro d’Arica, et sur toutes les collines qui, à une hauteur de deux à trois cents mètres au-dessus du niveau de l'Océan, forment une ligne marquée sur toute la côte, ligne correspondant peut-être à l’ancien rivage de la mer, que j'ai déjà décrit à Cobija. 5

Ce qui me porterait à croire que, sur le littoral de la côte actuelle, la zone salifère appartient au rivage ancien, c’est l'horizon qu’elle représente, parallèlement à la côte, sur une surface immense, puisque je l’ai vue à Cobija, à Arica, près de Tacna, et non loin d'Islay, c’est-à-dire du 17° jusqu’au 23.° degré de latitude sud; c’est surtout la présence constante, sous le sel, de cailloux roulés de roches porphyritiques, qui annonceraient un ancien rivage analogue à celui qui borde la côte près d’Arica, où l’on trouve encore les mêmes galets et les mêmes blocs arrondis par la vague. Jai dit aussi que ce ne pouvait pas être le produit d’un lavage, puisqu'il ne pleut pas sur cette côte, et que, d’ailleurs, s’il avait plu, les eaux saturées se seraient naturellement dirigées vers la mer, en entraînant les parties salines, rien ne pouvant les arrêter sur la pente. Une preuve plus forte encore, qui repousserait tout à fait cette hypothèse, c’est que, si lon examine le rapport d’àge des nombreux ravins, secs aujourd’hui, qui ont sillonné le littoral dans le sens de la pente de la côte, on reconnait facilement que ceux-ci sont postérieurs à l’exhaussement de cet ancien rivage, puisque partout où ils passent, sur toute la hauteur où les eaux pouvaient atteindre, les parties salines ont été dissoutes et emportées, ce qui explique pourquoi, sans jamais trouver de sel dans les vallées, on en trouve seulement sur les collines où les eaux n’ont pu latteindre, et où, dès-lors, il est resté sans fondre.

Cette observation, qui me paraît décider péremptoirement la question, vient également en éclairer une seconde, qui ne laisse pas d’avoir de l’importance. Dans l'intervalle

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