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compris entre ÂArica et Tacna, au milieu des sables mouvans et des collines salifères, Géologie. privés de toute végétation, on traverse trois anciens lits de torrens, à sec depuis les temps historiques, la Quebrada de los Gallinazos (ravin des Urubus), la Quebrada del escrito (le ravin de l'Écrit, distant de cinq lieues d’Arica), la Quebrada de los malos nombres (le ravin des mauvais noms, éloigné de neuf lieues d’Arica). Ces lits de torrens sont très-profonds, larges de plus de vingt mètres, et forment, de chaque côté, de petites falaises coupées perpendiculairement, sur une hauteur de six à huit mètres. Ces nombreux cours d’eau, à sec depuis les temps historiques, qui sillonnent la côte et que j'ai retrouvés, plus tard, près d’Islay, sont donc le produit de causes générales. On pourrait demander quelles étaient ces causes; je crois que, dans l’état actuel de la science, il serait prématuré de les rechercher; mais il est permis de fixer les limites du phénomène. J’ai dit que les ravins sillonnent la côte dans la direction de la pente, et qu’ils ont entraîné, sur leur route, les parties salifères de la zone que j'ai indiquée. En en considérant le volume et la direction, on s'assure qu’ils descendent tous de la Cordillère même, et qu’ils correspondent aux grandes vallées du versant occidental de ces montagnes, où il ne pleut plus. D’un autre côté, ils traversent seulement la bande salifère, sans paraître l'avoir altérée au-delà de leur largeur respective. Ne pourrait-on pas en conclure que les eaux qui ont formé ces ravins sont toutes provenues exclusivement de la Cordillère? Si, au contraire, des pluies abondantes eussent tombé sur la côte, cette croûte salifère se serait, sans doute, dissoute, et le sel se serait rendu, par les pentes latérales des petites vallées, vers les cours d’eau; ce qui ne parait pas avoir eu lieu. Je crois donc que les eaux qui ont formé les lits desséchés de tout le littoral ne sont pas provenues de pluies locales, mais bien de la Cordillère, où, par des causes qui nous sont inconnues, il y aurait eu, soit des pluies qu’on n’y connaît plus aujourd’hui, soit des neiges dont la fonte aurait amené ces érosions subites. Il se serait enfin passé, dans les Cordillères, un phénomène aqueux, analogue à celui qu’on a observé sur toutes nos grandes montagnes d'Europe.
Le littoral d’Arica à Tacna est très-uniforme. Ce sont d’abord, près d’Arica, des galets roulés sur le bord de la côte, au-dessus du niveau de la marée, et à mer basse, une suite de blocs arrondis appartenant soit au porphyre pyroxénique, soit au calcaire carbonifère. En marchant vers le nord, les blocs sont de moins en moins fréquens, et diminuent de grosseur, bientôt remplacés par le sable fin, qu’on remarque ensuite sur toute la côte. Indépendamment des ravins secs dont j'ai parlé, il y a, dans l'intervalle, deux cours d’eau. Le premier, à la sortie de la ville, est le Rio d’Arica. Ses eaux, à en juger par les berges, anciennement bien plus volumineuses qu’elles ne le sont aujourd'hui, coulent sur un lit de galets formés de roches porphyritiques et trachytiques. La seconde rivière, le Rio de Lluta, beaucoup plus large que le premier, coule également sur un lit de galets analogues. Elle descend du plateau particulier des Cordillères, et prend sa source à l’ouest du Tacora, en des ravins couverts d’efflorescences sulfureuses; aussi les eaux du Lluta ne sont-elles rien moins que potables.
La ville de Tacna est située dans une vallée qui descend des Cordillères et se dirige
Géologie. au sud-ouest vers la mer. En la prenant à son débouché dans la plaine sablonneuse, elle est circonscrite au nord par des collines dites Cuesta de Caraca, qui ne sont pas interrompues depuis le pied de la Cordillère jusqu’à trois lieues au-dessous de la ville. Au sud, la vallée se forme de l'extrémité de la colline (Cuesta de Muelles). Entre ces deux collines elle est couverte, sur deux lieues de largeur, d’un très-grand nombre de blocs de porphyre et de syénites roulés, de toute taille. Ces gros galets ont, sans aucun doute, été entraînés de la Cordillère par les eaux torrentielles descendues des montagnes à une époque ancienne, coïncidant avec celle des rivières aujourd’hui à sec. J'en ai acquis la preuve en observant trois lits de cette nature, qui aboutissent à la hauteur de Tacna dans la vallée dont je viens de parler, et séparés les uns des autres par des collines semblables à la Cuesta de Muelles, dont la plus rapprochée de la ville porte le nom de Cuesta d’Arunta. N en résulte qu’au-dessus de Tacna la vallée, réduite au seul lit du Rio de Tacna, est très-rétrécie et n’a pas plus d’une lieue de largeur; alors aussi les cailloux sont plus petits; et, au-delà des lieux soumis aux irrigations artificielles, il n’y a plus que des sables mouvans semblables à ceux des plaines d’Arica.
La colline de Caraca, élevée, dans quelques endroits, de deux cents mètres au-dessus de la vallée, m'a montré à la partie inférieure, pour ainsi dire stratifiée, de véritables trachytes , ou, suivant M. Cordier, des porphyres pétrosiliceux à cristaux de quartz et de mica, tantôt parfaitement denses, tantôt un peu boursouflés, dont la pâte est légèrement décomposée. Ces roches sont recouvertes, à une grande hauteur, de cendres trachytiques ou conglomérat ponceux, contenant également des cristaux de quartz, et paraissant appartenir tout à fait à la même époque que les roches trachytiques qui sont inférieures. On pourrait croire, vu l’inclinaison occidentale des trachytes, parallèle à l’ensemble du versant, qu’ils se sont déposés sous les eaux avant le soulèvement des Cordillères, et qu’ils ont été soulevés avec elle. Quoi qu’il en soit, ces conglomérats trachytiques ponceux ou cendres trachytiques couvrent, comme je m'en suis assuré, en les parcourant toutes, les collines au sud de la vallée, celles d’Arunta de Muelles, etc. Les renseignemens que j'ai obtenus durant deux séjours à Tacna , m'ont également donné la certitude que ces mêmes cendres trachytiques revêtent, sur une grande surface, au nord et au sud de Tacna, le pied occidental des Cordillères. Elles appartiennent, du reste, aux grands phénomènes des Cordillères, puisque je les ai retrouvées dans une grande partie du plateau occidental et du grand plateau bolivien, comme on le verra aux descriptions de ces points intéressans.
À la superficie des conglomérats ponceux, au sommet des collines, je trouvai beaucoup de fragmens de blocs de ponces, d’une assez forte dimension, et des morceaux assez volumineux de basaltes cellulaires porphyroïdes, de couleur noirâtre. Ces dernières roches contrastent, par leur couleur, avec les collines entièrement blanchâtres : elles sont en morceaux de diamètre très-variable, à angles non émoussés et disséminés sur le sol.
Tacna est élevée de 1795 pieds anglais au-dessus du niveau de la mer. De ce point,
je me dirigeai vers le sommet de la Cordillère, par la vallée de Tacna. On passe à Géologie. Pocolualle, à Casa blanca, à Calana, pour arriver à Pachia, distant de quatre lieues de
Tacna. Jusqu'à Calana, la vallée est formée des collines de conglomérat trachytique de
Caraca et d’Arunta; mais elle se bifurque au sud, alors la côte d’Arunta s'éloigne et la nouvelle vallée est séparée de celle de Tacna par un massif des mèmes roches, appelé
la Hiesera. Depuis Tacna, l’on rencontre toujours de nombreux galets porphyritiques ou syénitiques; seulement ces galets sont d'autant plus volumineux qu’on approche davan-
tage de la Cordillère. Les collines trachytiques s'élèvent de plus en plus, à mesure qu’on avance, et finissent par former de véritables montagnes.
Au-dessus de Pachia, la vallée s’élargit de nouveau et se bifurque encore. Un bras conduit dans celle de Palca; l’autre, au nord, dans un ravin profond, qui renferme, à deux lieues de distance, les eaux thermales de Calientes, où l’on a établi des bains. Je n'ai pas vu ces eaux; et tout ce que j'en puis dire, c’est qu'elles sont sulfureuses et abondantes.
L'intervalle de deux lieues, compris entre Pachia et l'entrée du ravin de Palca, est privé de végétation, et couvert, sur une plaine en pente, d’un nombre considérable de galets de toute dimension et de gros blocs arrondis, transportés par les eaux, lorsqu'il y en avait dans la profonde fissure des Cordillères qui vient y aboutir. Aujourd’hui il n’en coule plus. Ces blocs, disséminés sur la vallée, annoncent pourtant des torrens volumineux et très-puissans; ainsi nul doute, comme je l'ai déjà dit', que ces anciens lits, sillonnant le sol du versant occidental des Cordillères, ne viennent de la Cordillère même, et ne soient contemporains de toutes les traces d’érosion qui couvrent toute cette partie du sol américain, où il n'a pas plu depuis les temps historiques les plus anciens.
A l'entrée de la Quebrada de Palca (ravin de Palca) on atteint les contre-forts proprement dits de la Cordillère, puisque le mème système de montagnes et la pente abrupte existent, sans interruplion, jusqu'au sommet de la crète occidentale des Cordillères. On se trouve devant des masses énormes, qui s'élèvent en gradins jusqu'aux parties les plus hautes de la chaîne. On y pénètre par une vallée très-étroite, lit d’un torrent, dont les parois sont très-escarpées, et ne laissent sur beaucoup de points pas d'autre chemin que l'emplacement même où coulaient jadis des eaux impétueuses, mais où il ne reste aujourd’hui aucune trace d'humidité.
Le chaos le plus absolu règne à l’entrée de la Quebrada de Palca. On n’y voit aucune roche en grosse masse. Les flancs de la montagne sont couverts de blocs plus ou moins gros, amoncelés, et analogues à ceux que j'ai vus aux environs de Valparaiso ?. Ce sont des syénites partagées en fragmens anguleux, éboulés en plusieurs endroits, restés encore en position sur d’autres, pouvant crouler au moindre contact. Ce fendillement des roches peut encore s’attribuer ici à l’action des tremblemens de terre, très-fréquens sur le