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CHAPITRE EL

Montevideo, Maldonado et autres points de la République orientale de l’'Uruguay.

La république orientale de l'Uruguay forme une vaste langue de terre, limitée à l’ouest par le Rio Uruguay; au sud (vers le 34° degré de latitude sud) par le cours de la Plata; à l'est par la mer, tandis qu’elle se joint au nord (vers le 31.° degré de latitude sud) à toute la province de Rio grande do Sul (Brésil). Elle peut être géographiquement divisée en trois petits bassins distincts :

1 Le bassin oriental, dont les eaux se rendent aux lacs Merim, à la Lagoa d'os patos. Ce bassin appartient également aux états politiques de Uruguay et du Brésil; il est séparé à l’est par la chaîne du Cerro Largo, qui s'étend du nord au sud et pousse son dernier rameau jusqu’à la mer, près de Maldonado.

2 Le bassin occidental, dont toutes les eaux se rendent à l’'Uruguay. Ce bassin, presqu’aussi grand que le premier , circonserit à l’est par le même Cerro Largo, et au sud par une suite de collines, se divise en deux larges golfes : l’un formé par les affluens directs de l’Uruguay, l’autre par tous les cours d’eau spéciaux au Rio Negro.

3. Le bassin méridional, dont toutes les eaux s’écoulent dans la Plata. Celui-ci est borné au nord par des collines assez élevées, formées d’un rameau du Cerro Largo, qui courent de l’est à l’ouest, en décrivant une courbe, et traversent ainsi toute la Bande orientale, par le parallèle de 33° 40".

De ces trois bassins, je n’ai vu que le dernier. Je vais en décrire la composition géologique, tout en cherchant à le rattacher aux deux autres par les renseignemens que me fournissent les voyageurs.

Maldonado.

Je commencerai par les collines qui circonscrivent l'extrémité orientale du bassin. Je les ai observées aux environs de Maldonado et de San-Carlos. La côte, en cet endroit, suit, pour ainsi dire, la direction de l’est à l’ouest. Elle est formée de pointes plus ou moins élevées, toujours rocheuses, qui ne sont que l'extrémité d’autant de collines, ayant leur direction générale au nord-est. Entre ces collines et les pointes qu’elles forment sur le littoral, se prolongent, au bord de la mer, des plages sablonneuses, des dunes ou des lacs ayant la même direction que les collines, et s’avançant, plus ou moins, sur les terres, dans chaque petite vallée. Je visitai successivement plusieurs de ces pointes, ainsi que les collines qui leur donnent naissance, et je pus reconnaître les faits suivans. La Punta del Este (pointe de l'Est), ainsi que la petite île de Goriti, que je regarde comme la suite de la pointe même, sont composées d’une pegmatite rougeätre, grenue, en partie décomposée, qui s'élève peu au-dessus du niveau de la mer et se cache

promptement sous le sable et les alluvions, lorsqu'on veut la suivre dans l’inté- Gcologie. rieur. En marchant vers l’ouest, on trouve la vaste baie de Maldonado, large d’une lieue et demie, remplie de sable quartzeux à gros grains, dont les dépôts récens viennent, sous la forme de dunes, recouvrir le sol jusque près de la ville (une lieue environ). Lorsqu'on traverse la baie sablonneuse, on arrive à la Punta de la Ballena (pointe de la Baleine), qui, au lieu d’être au rez de la mer, forme une falaise élevée de dix à treize mètres, également composée de pegmatite rougeàtre, en mamelons, recouverte par une sorte de gneiss friable à grains moyens, variable dans ses teintes, mais le plus souvent gris rosé. La Punta de la Ballena est un rameau de la Punta negra (pointe noire), la plus élevée de toutes et appartenant, sans aucun doute, à la continuité des plus hautes collines des environs, qui se rattachent au grand système du Cerro Largo et constituent les limites orientales du bassin méridional dont j'ai parlé. Cette pointe est composée des mêmes gneiss que la pointe de la Ballena, gneiss qui paraissent former des couches presque verticales, plongeant vers le sud. Au-delà de la pointe Noire est un lac alongé, qui suit la direction générale (nord et sud) de la colline. De l’autre côté du lac j’aperçus une petite montagne conique, nommée le Pain de sucre (Æ7 pan de azucar), qu'on m'assurait être composée de la même roche que plusieurs autres sommités dont je vais parler, c’est-à-dire de roche granitique. !

Lorsqu'on laisse le littoral, et qu’on s’avance dans l’intérieur, on voit paraître un sol mollement ondulé, divisé en collines plus ou moins élevées, couvertes de terre végétale, séparées par de petites vallées remplies d’alluvions argileuses ou formant des lacs. Ces dépôts rougeatres, qui remplissent les vallées, sont peut-être de l’âge de largile pampéenne; mais je n’y ai pas vu de traces d'ossemens de mammifères. Sur les collines, aux environs de Maldonado, on trouve, de distance en distance, isolés les uns des autres, et suivant à peu près la direction nord et sud, des mamelons ovales ou circulaires, en dômes arrondis, de diverses hauteurs, les uns perçant à peine le sol, les autres s’élevant au-dessus de plus de trente mètres. Ils forment ordinairement une seule masse de roche granitique, fortement micacée, remplie de parcelles de feldspath blanc. Cette masse est très-arrondie, comme usée extérieurement; et il s’en détache à la superficie, en suivant exactement la configuration de l’ensemble, une calotte épaisse de près de deux mètres, dont les parties subdivisées sont quelquefois en place.

La forme du Pain de sucre étant absolument la même, je ne balance pas à le croire composé de la même roche.

En résumé, l'examen de la constitution géologique des environs de Maidonado montre, sur les collines et à la Punta de la Ballena, des mamelons de roches grani- Liques qui percent des roches stratifiées appartenant au gneiss, dont les parties décomposées, ou peut-être l'argile pampéenne, forment les dépôts qu’on aperçoit dans les

ravins au-dessous de la terre végétale. Toutes les collines paraissent se rattacher à

1. M. Darwin (Loc. cit., p. 52) dit que les montagnes de cette partie sont des roches granitiques ou des schistes anciens.

Géologie. l’extrémité orientale de l’un des rameaux du Cerro Largo ou dernières ramifications primitives des montagnes brésiliennes.

Montevideo.

Tout l'intervalle compris entre Maldonado et Montevideo appartient au même système de roches. Ce sont partout des collines composées de roches granitiques ou de gneiss qui viennent mourir près de la mer. À Montevideo, la côte court est et ouest, formée par deux pointes, entre lesquelles se creuse une baie profonde. La pointe orientale, assiette de la ville de Montevideo, est assez élevée au-dessus du niveau de la mer; et, avec une autre petite pointe située plus à l’est, constitue une large colline bifurquée, dont la direction est presque nord. Cette colline irrégulière se compose d’un gneiss compacte, dont les couches, très-relevées, plongent au sud. Ce gneiss est rempli de lames de mica noir, et quelquefois de tourmaline. IT sert à bâtir. On trouve aussi au nord du granite à grains fins.

La pointe occidentale de la baie est formée par le Cerro, montagne dont le cône, très-écrasé, s'élève de 292 mètres! au-dessus de la mer. Celte montagne se compose du même gneiss que la colline de Montevideo, ou d’une roche, espèce d’amphibolite verdàtre à grains fins. Toutes les plaines ondulées qui entourent le Cerro, et qu’on peut suivre jusqu'aux Barrancas de Santa-Lucia (les falaises de Sainte-Lucie) , sur une longueur de vingt-quatre kilomètres environ, formées d’ailleurs de gneiss plus ou moins compacte, se recouvrent d’une argile siliceuse blanchàtre, ou kaolin grossier, remplie de fragmens de feldspath. Sur plusieurs points de ces plaines, je fus frappé de rencontrer, à la surface du sol, des filons de quartz hyalin, larges d’un mètre, plus ou moins, dont les débris se montrent encore en place, sur quelques centaines de mètres de longueur, les gneiss qu’ils sillonnaient ayant, sans doute, été décomposés et entraînés par les eaux pluviales. Ces filons offrent de loin un aspect singulier. On pourrait les prendre pour d'anciennes enceintes, s'ils ne montraient, par leurs fissures, qu’ils apparüennent évidemment à un seul filon dont les parties extérieures seules sont visibles. Dans tous les cas, ils sont très-remarquables. Les falaises de Santa-Lucia, que je n’ai pas pu visiter, retenu que j'étais par les guerres nationales, sont, d’après plusieurs fragmens que j'en ai vus, composées de roches granitiques rougeàtres compactes. Ces falaises, ainsi que le pourtour du Cerro et le littoral de la pointe de Montevideo, offrent partout des roches qui hérissent tout le littoral et le rendent très-dangereux.

Entre ces deux pointes existe une baie, qui, large de deux kilomètres environ et assez profonde, s'étend, au nord-ouest, très-avant dans les terres. Elle est d’abord remplie de dunes de sable blanchâtre quartzeux, qui, sur plusieurs points, notamment à Punta de Piedras (pointe des pierres), laissent voir à découvert cette roche stratifiée, noirätre (de l’âge des gneiss), divisée en feuillets.

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