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III Géologie. 1
Géologie.
jusqu’au sommet de la chaine du Delinguil, qui forme le bord oriental du plateau occidental, en foulant toujours des porphyres basaltiques violacés, remplis de cristaux de pyroxène, de feldspath et de nombreux rognons de mésotype*. Ils sont souvent décomposés et laissent à nu, sur le sol, beaucoup de cristaux de pyroxène, dont je recueillis une grande quantité. En abandonnant les conglomérats trachytiques au Rio de Maure, pour prendre les porphyres, je m’aperçus que la configuration du sol change aussitôt. Ce ne sont plus des plaines unies, mais bien des coteaux, indices parfaits de la roche plus dure qui couvre l’ensemble; aussi les montagnes ou les collines des environs du Delinguil sont-elles un peu plus accidentées que les dômes que javais vus jusqu'alors; néanmoins ces accidens ne sont nullement comparables à ceux des montagnes granitiques. Les porphyres basaltiques de cette partie de la chaîne occupent une assez grande surface. Ils ne sont pourtant qu’accidentels, puisqu'au sud, au nord, à l’est et à l’ouest les conglomérats trachytiques blancs se montrent de toutes parts. L’alternance de ces porphyres avec les conglomérats ponceux m'avait fait penser qu’ils devaient appartenir à la même époque géologique. M. d'Omalius d'Halloy, consulté sur ce point, croit aussi, lui, qu'ils sont du même àge et dépendent des roches trachytiques. Au milieu de ces porphyres se trouve une montagne un peu plus élevée que le reste, et connue sous le nom de Delinguil; elle montre une vaste dépression près de son sommet. Au nord et au sud se voient encore des cônes semblables à ceux du plateau et d’une composition analogue, suivant la direction générale du sud-est.
A la côte du Delinguil, j'avais atteint la crête orientale du plateau, et je voyais en même temps, à l’ouest, le Tacora, le Chipicani , le Niyuta à la forme conique non déchirée, et à l’est la chaine des Andes ou Cordillère orientale, sur laquelle se dessinent lIlimani, l’'Ancumani ou Sorata, et le Guaina Potosi, aux sommets accidentés, couverts de leurs neiges éternelles. Je pouvais juger du contraste frappant que présentent, dans leurs formes, les pics de ces deux chaînes. Il était impossible à l’œil le moins exercé de ne pas saisir cette différence, qui tient évidemment à leur composition géologique respective, comme je le ferai ressortir au résumé général sur l’ensemble des Cordillères.
Pour me résumer sur la composition géologique du plateau occidental des Cordillères,
je dirai qu'il est composé partout de trachytes plus ou moins décomposés et de con-
glomérats ponceux; les premiers à l’ouest, formant tous les pics élevés; les seconds au milieu, en couches horizontales, nivelant le sol dans toutes ses parties, et lui donnant une grande uniformité. En effet, les plaines et les collines qui séparent le Tacora du Rio Maure, sont toutes couvertes de ces conglomérats, remplacés à l’est du Rio Maure, sur la croupe du Delinguil seulement, par des porphyres basaltiques du même àge que les trachytes. Les montagnes de ce plateau, toutes de forme conique, à pentes non
1. M. Cordier regarde cette roche comme une wacke dans laquelle se distinguent des cristaux de péridot plus ou moins décomposés, passant à l’état de limbilite; des cristaux de pyroxène et des rognons de mésotype.
accidentées, à sommet obtus, sont très-nombreuses. Celles qui sont situées sur le plateau Géologie. même, telles que le Tacora, le Chipicani, le Niyuta, et une foule d’autres plus basses, qui n’ont point de noms, sont disposées dans une direction parallèle à la Cordillère, ou suivant une ligne nord-ouest et sud-est. Les autres, toutes placées sur la crête orien-
tale, telles que le Delinguil, le Sacama, le Gualatieri, etc., ont la même forme et suivent
une direction parallèle. Si je cherche au loin les traces des conglomérats ponceux, je
les trouverai dans la relation du docteur Meyen, qui les a rencontrées à l’Alto de Toledo !, sur le chemin de Puno à Arequipa, c’est-à-dire vers le 16.° degré. J'ai acquis également la certitude qu’elles se montrent sans interruption jusque par le parallèle du
{9.° degré. Ainsi le plateau occidental de la Cordillère montrerait déjà trois degrés ou soixante-quinze lieues de longueur de conglomérats ponceux, sur une largeur moyenne
de cinq à six lieues. Sur les parties occidentales du plateau on remarque beaucoup d’efflorescences salines qui couvrent le sol en larges plaques, toujours dans les parties
les plus basses, ou sur les terrains tourbeux qui recouvrent les trachytes ou leurs conglomérats.
Le fait le plus curieux de cet ensemble est la direction générale qu’affectent toutes les chaînes du sud-est au nord-ouest.
M. Pentland ? à dit que, dans cette parte, la Cordillère occidentale offre un grand nombre de volcans encore en activité, que sa constitution géognostique est en grande partie volcanique. Nous sommes loin d’être d'accord sur ce point. Jai traversé deux fois la chaîne, en l’étudiant avec soin. M. Meyen l’a aussi vue, et nous n'avons, ni Pun ni l'autre, observé de volcans en activité, ni de roches volcaniques. Comme je l’ai décrite, la chaine est composée de roches trachytiques et de conglomérats ponceux, et nullement de laves ou d’autres matières volcaniques récentes. On a déjà vu que M. Pentland considère le Tacora et le Chipicani comme des cratères, tandis que ce sont des pics trachytiques.5 Il est probable qu’il en est de même du grand nombre de volcans que M. Pentland croit exister par cette latitude. Pour moi, je n’en ai pas rencontré, et les habitans instruits s'accordent à dire qu'il n’y en à qu’un seul dans toute la république de Bolivia, celui de Carangas. Les voyageurs peuvent être facilement induits en erreur par la mauvaise habitude qu'ont les muletiers de la côte d'appeler volcans tous les pics un peu élevés. Cette fausse dénomination m'avait moi-même trompé, dans mes premières courses; ce n’est qu'en apprenant à connaître la valeur locale de ce mot, que j'en ai pu vérifier
le peu de portée.