III. Géologie
( 130 ) Géologie. celle que m'avait donnée mon itinéraire de Tacna à la Paz. Je vais interrompre momer- ___ lanément ma grande ligne sud-est, pour aller à l’ouest, dans la direction du plateau occidental. !
Eu partant de la ville, j'allai doubler l'extrémité sud des montagnes d’Oruro, foulant toujours les roches trachytiques; puis, me dirigeant au nord-ouest, vers l'extrémité d’une haute colline, où je vis des couches de phyllades de l’époque silurienne, noirâtres, fortement inclinées au sud-ouest et d’une grande puissance, recouvertes par les grès dévoniens ; ainsi cette chaine, longue de trois lieues, serait en tout identique à celle d’Atita, par sa composition et par la pente de ses couches. On voit, sur plusieurs points, dans les phyllades des filons de quartz laiteux, où des mines d’or ont été exploitées avec assez d'avantage. Il est singulier de trouver ici ce précieux métal absolument dans les mêmes conditions que sur les flancs de PIlimani et qu'aux environs de Potosi.
En marchant à l’ouest, je traversai, pendant cinq lieues, une plaine horizontale, qui s'étend au loin au nord et au sud, surtout au sud, où rien ne borne la vue. Cette plaine, on ne peut plus unie, inondée une partie de l’année, est couverte soit d’argiles rougeàtres, avec des efflorescences salines, soit des mêmes argiles, sur lesquelles croissent des plantes maritimes très-nombreuses. Elle s'étend jusqu’au Desaguadero.
La plaine est limitée, à l’ouest, par la moniagne de Uallapata, qui forme un large massif isolé, élevé au moins de deux cent cinquante mètres au-dessus de la plaine, et dont le grand diamètre court nord-nord-ouest, sur une longueur de près de trois lieues. Ce Cerro offre un singulier aspect. Dans certains endroits, la roche trachytique qui le compose vient représenter comme des colonnes basaltiques prismatiques, mais non très-régulières; en d’autres, la roche n’est plus accidentée; elle paraît décomposée et offre des talus unis; sur quelques points enfin je remarquai, principalement au sud, de larges surfaces de carbonate de chaux, qui, comme une croûte épaisse, couvrent la roche trachytique. En examinang ces carbonates de chaux, je reconnus qu'ils ont dû être les anciens produits d'eaux incrustantes, qui auraient aujourd’hui cessé de couler; car la croûte paraît être usée. Des incrustations analogues se remarquent sur plusieurs points de la Bolivia, dans la vallée de Caracato, près de la Paz, et dans celle de Miraflor, près de Potosi. Comme elles sont, sur les deux points, le produit des eaux thermales, on pourrait croire qu’il en était ainsi des croûtes calcaires de Uallapata, qui aujourd’hui ne sont plus alimentées.
La montagne, très-élevée à son extrémité orientale, s’abaisse, de plus en plus, vers l’ouest, et finit par ne plus montrer que de légers mamelons, au pied desquels passe la rivière.
Je traversai le Rio Desaguadero, très-volumineux en ce lieu, et je me dirigeai vers une montagne conique isolée, qui s'élève peut-être de deux cents mètres au-dessus de la plaine. Cette montagne, dominant le petit village de la Jolla et portant le même nom, me parut entièrement composée de roches trachytiques poreuses, très-voisines
1. Voir la coupe pl. VIE, fig. 2, et l’itinéraire, sur la carte géologique de Bolivia.
(131 ) de celle d'Oruro. On a jadis exploité, dans cette montagne, plusieurs mines d'argent, Géologie. maintenant toutes abandonnées. D
En laissant la Jolla, je traversai, à l’ouest-sud-ouest, sur plus de deux lieues, des plaines très-unies, couvertes de parties salines, de sable fin et d'argile rougeätre. Ces plaines s'étendent au nord et au sud, aussi loin que la vue peut porter, et constituent le nivellement du plateau. Dans la direction de ma marche, elles sont momentanément interrompues , sur un peu plus de deux lieues de longueur, par une peute chaine étroite, dirigée du nord-ouest au sud-est, élevée peut-être de cent mètres au-dessus du plateau. Cette petite chaîne, nommée Unchachata, qui forme cinq mamelons oblongs, est séparée d’une roche grenue, grise, qui me parut trachytique; néanmoins, elle est compacte, et offre, jusqu’à un certain point, l'aspect granitoïde.
Au-delà d'Unchachata, je traversai huit lieues de plaines presqu'horizontales, couvertes de petits graviers, de sable ou d'argile, mais ne montrant, sur aucun point, leur composition inférieure. Je me trouvai bientôt au pied de la chaine de Guallamarca, qui peut bien s'élever de deux à trois cents mètres au-dessus du plateau, et qui, dirigée ouest 35° nord et est 35° sud, se continue sur un degré de longueur au moins, depuis le 17° degré 50 minutes jusqu’au 18.° degré 30 minutes de latitude sud. Elle est, du reste, isolée dans la plaine. Dans la largeur d’une lieue environ, sur tout le pied oriental, je trouvai des couches composées de gros sable ou de poudingues, qui me parurent les débris dont se couvraient les terrains carbonifères, lorsque lPensemble a été soulevé. Cette hypothèse me semblerait d'autant plus plausible, qu'on remarque ces mêmes sables et les poudingues de chaque côté de la chaine, sur ses flancs. Ils occupent, autour du bourg de Guallamarca, une vaste surface, jusqu’à une assez grande élévation.
Je suivis ces mèmes sables sur le versant oriental pendant deux lieues à l’ouest, où je traversai la chaine, que je trouvai entièrement composée de grès rougeätres ou gris, souvent colorés par le cuivre, toujours assez friables et formés de couches fortement inclinées au sud-ouest. Ces grès offraient leur tranche vers la plaine que j'avais parcourue, et j'en ai pu voir toute la série, qui ne me présenta aucune trace de corps organisés. Néanmoins des considérations purement géologiques me les font rapporter à l’époque carbonifère, d’après la présence du cuivre, qui pénètre les mêmes roches plus au nord d’après la direction et la position de la montagne, qui parait n'être que la continuité de lApacheta de la Paz, et d’après leur position inférieure aux argiles bigarrées, appartenant au trias. Leur composition minéralogique diffère des grès durs, que je crois étre de l’époque dévonienne. De l’autre côté de la chaine, je suivis quelques lieues les flancs de la montagne, jusqu’au village de Totora, en marchant sur la pente des grès.
En me dirigeant à l’ouest 35° sud, je traversai une légère colline de sable et de cailioux identiques à ceux de lautre côté, et que je regarde comme les débris qui couvraient les roches stratifiées, lors de leur soulèvement. Leurs couches non agrégées sont, en effet, inclinées en sens inverse de Pautre côté, et ont peut-être ici glissé sur la pente des grès. Cette colline forme une ceinture parallèle à la chaine. Je reconnus, un
peu plus loin, dans un ravin, une argile rougeàtre avec gypse, que je crus être un
(132 ) Géologie. lambeau d'argile bigarrée, dont je parlerai plus loin; néanmoins, les couches inclinées 7 au sud-ouest ne me montrèrent pas leur position relativement aux cailloux.
À l’ouest de la colline, le terrain, en pente douce, est marqué d’ondulations dont la direction est presque parallèle à la chaîne de Guallamarca. Toutes ces ondulations me montrèrent des conglomérats trachytiques ou ponceux de la plus grande beauté, par les nombreux cristaux de quartz qu’ils renferment. Les plaines que je traversai, ainsi que la tranche des moindres élévations, me rappelaient, en tout, la composition géologique du pied du Chipicani, au sommet du plateau occidental. Il n’y a pas, en effet, la moindre différence; ce sont, de mème, des plaines couvertes de débris quartzeux ou ponceux de conglomérats, des plates-formes de cendres trachytiques coupées perpendiculairement sur les bords et offrant une sorte de stratification, et de plus, des espèces de pyramides debout, dues aux érosions. Les dénudations sont trèsmarquées, puisqu'on trouve, à une couple de lieues de la colline de Totora, de chaque côté du Rio de Viloma, au même niveau, des escarpemens semblables, qui annoncent n'avoir formé avant l'existence de ce cours d’eau, qu’une seule nappe, pour ainsi dire horizontale. C’est, sans aucun doute, aussi, la continuité des conglomérats trachytiques que j'ai trouvés sur le versant du plateau occidental près de Calacote et presque jusqu’à Santiago. !
Du Rio de Viloma je montai légèrement la plaine trachytique jusqu’au pied de la colline du Pucara, qui, haute de deux cents mètres environ, suit parallèlement aux autres. Je la gravis, et la trouvai entièrement composée d’un grès friable, peut-être carbonifère, dont les couches, fortement relevées par les trachytes qui l’environnent, sont inclinées à lest-nord-est. Au sommet de cette colline, au point nommé le Pucara, ancien fort des Incas, on domine toute la plaine, et l’on aperçoit jusqu'aux sommets élevés du plateau occidental. On voit les roches blanches trachytiques représenter au loin, au nord et au sud, de petites collines, représenter une chaïne plus à l’ouest, et couvrir tout le pays, sur une surface immense, jusqu’au plateau occidental, où, à une douzaine de lieues plus ou moins, s'élèvent, l’un à côté de l’autre, trois pics coniques et deux autres mamelons allongés, parmi lesquels se dessine le Sacama ?, l’un des géans de cette partie de la chaine. Je les avais aperçus dans mon itinéraire de Tacna à la Paz, et j'avais déjà reconnu leur forme conique tronquée au sommet, qui m’annonçait évidemment une composition trachytique. ÿ
En descendant à l’ouest le Pucara, je fus étonné de trouver toute la petite vallée comprise entre cette colline et celle de Pachavi, remplie, de chaque côté, par une argile rougeàtre, souvent bariolée de rouge ou de’violet, contenant soit des rognons, soit des couches de gypse assez épaisses, disséminées dans l'argile. Ces argiles, que je rap-
2. M. Pentland (oc. cit., p. 33) cite celte montagne comme un volcan. Le Sacama, de même que le Tacora et le Chipicani, n’est qu’un cône trachytique et nullement un volcan.