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porterai à l'époque des argiles bigarrées, du terrain triasique, m'offrirent un fait Géologie. très-curieux de relèvement. Au pied occidental de la colline du Pucara, elles n'en occupent que la base, et leurs couches plongent au sud-ouest, tandis que, de l’autre

côté de la vallée, relevées par les trachytes de la colline de Pachari, leurs couches,

alors beaucoup plus puissantes, sont très-fortement inclinées au nord-est. Le milieu

de la vallée est nivelé par des alluvions provenant du grès et des argiles. Cette apparence d’inclinaison, en sens inverse, me paraît n'être due qu'aux grandes dislocations dont

ces roches ont subi les effets à diverses époques. Ces argiles, que je désigne sous le

nom de bigarrées, s'étaient déjà montrées à moi près de lApacheta de la Paz, et je

les citerai encore au pied de la chaîne de Guallamarca et dans la vallée de Miraflor, près

de Potosi.

La colline de Pachari, qui paraît avoir soulevé les argiles bigarrées, est entièrement composée d’une roche trachytique blanchätre, plus ou moins dure, formant des masses irrégulières très-remarquables, en ce qu’elles sont mamelonnées, découpées, remplies d’anfractuosités, de crevasses, de fentes, comme si elles-mêmes avaient été brisées avec force, sur plusieurs points, par les dislocations qu'ont creusées les eaux pluviales, dans leurs parties les moins solides. Cette colline s'étend sur plus de deux lieues de largeur vers l’ouest, dans la direction sud-est et nord-ouest, et au-delà, on n’apercoit plus, vers la Cordillère, que des conglomérats trachytiques.

Après avoir parcouru longuement un grand nombre de points des collines de Pachari et du Pucara, je fis une pointe au nord, sur les conglomérats trachytiques, jusqu’au Cruceiro, et revins, en les traversant encore, jusqu’à la colline de Totora et à Guallamarca. Dans ce dernier bourg, le curé, qui avait habité long-temps Carangas, situé à plus d’un degré au sud et assez près du plateau occidental, m’assura que les conglomérats trachytiques, dont je lui montrai des échantillons ', couvrent toute cette partie de la province de Carangas, et bien plus au sud. Il n'assura également qu'un volcan fumant encore se voit sur la Cordillère, vis-à-vis de ce bourg, et les Indiens conservent d'anciennes traditions, d’après lesquelles ce volcan aurait jadis lancé quelques cendres. 2

De Guallamarca, au lieu de traverser de suite la plaine, pour revenir à Oruro, je voulus suivre le pied oriental de la colline de Guallamarca, sur six à huit lieues, en passant près de San-Miguel et à la Llanquera. Ce trajet me permit de voir, à peu de distance de Guallamarca, une argile rouge contenant du gypse, qui occupe, en couches inclinées au nord-est, le pied des escarpemens de grès carbonifères. Je vis ensuite ces mêmes argiles sur toute la route et dans la même position; seulement elles changent de couleur, devenant blanchâtres, près de la Llanquera, ou même prenant, par endroits, une teinte presque bleue. Partout elles contiennent du gypse en assez grande

1. Ces échantillons sont au Muséum avec toutes mes collections géologiques. 2. C’est peut-être le Gualatieri indiqué par M. Pentland (Loc. cit., p. 32), qui le place sur des grès rouges.

GÉRÉE abondance; mais toujours cette substance est disséminée en petits rognons ou en petites

couches très-minces, et je n'ai vu aucune partie qui puisse être exploitée par l’industrie. Comparée au terrain pampéen, celte argile offre les plus grandes différences. Elle est toujours Lrès-onctueuse, très-fine, à grains égaux, sans matières étrangères, tandis que le terrain pampéen ou de nivellement du plateau est plus jaunätre, souvent rempli de parties plus dures, contenant souvent du sable, des graviers ou même des ossemens. Il suffit de les avoir vus comparativement pour les reconnaître. D'ailleurs les argiles que je regarde conime bigarrées sont en couches légèrement inclinées, tandis que les autres sont horizontales et nivellent évidemment le terrain, postérieurement aux dernières dislocations.

En abandonnant la Llanquera pour traverser la plaine dans une autre direction, je trouvai, sur les bords d’une petite rivière qui coule parallèlement au pied de la chaîne de Guallamarca, et qui va se jeter, plus loin, dans le Desaguadero, des falaises coupées à pic et d’une assez grande hauteur, où je pus juger du dépôt de nivellement. En ce lieu il montrait des limons rougeñtres très-grossiers, mêlés aux parties inférieures de irès-petits fragmens anguleux, provenant des roches des montagnes de Guallamarca. Un mot de mon guide me fit juger qu’en suivant le cours de toutes ces rivières et en cherchant avec soin dans les berges, on pourrait faire une magnifique moisson d’ossemens de mammifères; chose qu'à mon grand regret je ne pouvais exécuter alors, faute de temps. On avait, suivant cet homme, trouvé dans le ruisseau, une dent molaire de géant, qu'à sa description je reconnus facilement pour une dent de mastodonte. Après une plaine de plus de cinq lieues de large, foulant des terrains salés et argileux, ou des graviers jonchant le sol, j’arrivai de nouveau, au Desaguadero, à six ou sept lieues plus au sud du point où je l’avais déjà passé. Je remarquai, dans ce trajet, que les sables ou les graviers de la superficie de la plaine sont d'autant plus gros qu’on s'approche, et d'autant plus fins qu’on s'éloigne davantage de la chaîne de Guallamarca, étant tout à fait remplacés par du limon rouge assez fin sur les rives du Desaguadero. Les falaises peu élevées de la rivière montrent ce limon formant un ensemble uniforme. Si lon suivait en bateau tout le cours du Desaguadero, en examinant avec soin ces berges, depuis le lac de Titicaca, d’où il sort, jusqu’à la Laguna de Pansa, où il va se perdre, on pourrait, je n’en doute pas, d’après tous les renseignemens que j'ai pris, y recueillir des matériaux immenses sur les mammifères fossiles de ces contrées. Les renseignemens relatifs au mastodonte recueillis par M. Durand, le morceau d’ossement rencontré vers un autre point du Desaguadero et les brèches osseuses qui forment des monticules au

bord du lac de Titicaca, non loin de Puno', me portent à croire que tout le nivelle-

1. Je n'ai point vu cette localité; mais M. le comte de Sartige a bien voulu m'apporter plusieurs morceaux de cette brèche très-remarquable, constituant une colline sur laquelle est bâti un fort, à la porte même de la ville de Puno. Cette brèche, pétrie d’ossemens de toute dimension, . et annonçant beaucoup d’espèces de mammifères, est très-dure, très-caverneuse; les cavités de la roche et des os sont remplies de cristaux de carbonate de chaux. Ces os paraissent ne pas avoir été roulés. La masse enveloppante est rougeàtre, très-caverneuse et remplie de débris divers.

(155) ment du grand plateau se compose de limon ou d'argile à ossemens, que je crois Géologie. pouvoir rapporter à l’époque de mon terrain pampéen. HR

Un mot de plus sur le Desaguadero me paraît ici nécessaire, pour bien faire connaître ce singulier cours d’eau, si défiguré jusqu’à ce jour dans nos cartes géographiques, qui lui font souvent prendre une direction toute contraire à celle qu’il suit réellemenL.

Le Desaguadero reçoit le trop plein des eaux du lac de Titicaca. Les eaux du lac sont entièrement douces et très-potables. Le Desaguadero, en se faisant jour à travers la chaine carbonifère de l’'Apacheta de la Paz, entre dans les plaines salées qui occupent tout le plateau. Long-temps encore, dans son cours peu rapide, ses eaux restent douces; mais, soit qu'elles se saturent du sel de ses berges, soit qu’elles reçoivent constamment, au temps des pluies, des ruisseaux qui ont lavé la plaine salée, à un degré plus au sud, elles cessent déjà d’être potables, en se chargeant de sel toujours davantage, suivant la saison, tandis qu’elles serpentent au milieu de cette vaste plaine, et lorsqu'après avoir parcouru plus de soixante-quinze lieues, elles viennent former la Laguna de Pansa, qui elle-même a au moins un degré de long, elles sont presque salées. Il en résulte que, constamment alimentées de nouvelles particules salines, celles de la Laguna de Pansa en sont fortement saturées, et qu’on voit souvent cristalliser le bord de la lagune. Le cours du Desaguadero annonce une petite pente du nord au sud sur le plateau, jusqu’à la Laguna de Pansa, où se trouve le point le plus bas de l’ensemble. Là, les eaux manquant d’issues, séjournent et ne disparaissent que par l’évaporation ou par des canaux souterrains, qui sont inconnus. Quoi qu'il en soit, il ne paraît pas que le niveau de cetie lagune varie, suivant les saisons, autant que pourrait le faire supposer le grand nombre et l'importance de ses affluens.

Comparée à la coupe transversale de la Paz à Santiago, sur la route de Tacna, celle du plateau que je venais d'étudier, me montrait à peu près la même composition géologique, comme on peut le voir dans les deux coupes de la planche VIIF, fig. { et 2; seulement 1l y existe, en outre, dans celle-ci, quelques mamelons trachytiques à l’est, et à l’ouest une plus grande surface d’argile bigarrée; du reste, les mêmes conglomérats trachytiques à l’occident, des chaines carbonifères analogues au milieu, et un nivellement identique par le limon à ossemens ou terrain pampéen.

$. 6. D’Oruro à Potosi.

Revenu à Oruro, je vais reprendre mon itinéraire dans le sens longitudinal du plateau bolivien, en remontant les contre-forts de Potosi et me dirigeant vers son extrémité méridionale. (Voyez coupe n.° 3, pl. VIII.)

En partant d'Oruro et me dirigeant au sud-est, vers l'entrée de la vallée de Sorasora, je traversai sept lieues de plaines unies, couvertes d’efflorescences salines , disposées par placés, ou représentant de petits lacs, au milieu d’une argile rougeàtre trèsfine, qui constitue tout le sol, et qui offre, par endroits, de petites saillies de moins d'un mètre de hauteur, au pourtour des dépressions. Lorsque j'approchai des collines

( 156 ) Géologie. de Sorasora, le sol un peu plus élevé me montra, à sa superficie, quelques débris de grès dévoniens et de phyllades schistoïdes de l’époque silurienne.

Arrivé à l'entrée de la vallée, je marchai dix lieues dans la direction du sud-est, entre deux hautes collines, qu’on pourrait presque considérer comme de petites montagnes, et qui sont parallèles à la vallée, ou, pour mieux dire, suivent encore la direction générale de toutes les chaines du plateau. De ces chaînes, celle du sud m'offrit des couches fortement inclinées au sud-ouest, composées, pour les supérieures, de grès dévoniens, le plus souvent gris; mais qui, près de Venta y Media, à quatre lieues dans la vallée, sont par places, tachetés de rouge. Ces grès, seuls apparens à six lieues au-dessus de Venta y Media, près de Condor-Apacheta, laissent apercevoir, un peu plus bas, les phyllades schistoïdes qui leur sont inférieurs, et près de Sorasora, ces dernières couches occupent la moitié de la hauteur de la chaîne. Au nord, les couches se composent identiquement des mêmes roches; mais l’inclinaison me parut être au nord-est. Elles montrent, de même, des grès dévoniens aux parties supérieures, et des phyllades aux couches les plus inférieures. À mesure que je remontais la vallée, les phyllades perdaient de leur puissance apparente, et finirent par disparaître tout à fait, bien avant Condor-Apacheta, où les eaux, changeant de direction, vont au sud-est, au lieu d’aller au nord-ouest. La vallée, ainsi que les chaînes qui la forment, se dirigent encore dans la même direction, sur six lieues de plus, jusqu’à une petite distance de Las Peñas. Elles offrent d’abord les mêmes grès, de chaque côté; puis, un peu plus bas, on voit les phyllades, et même, près de Las Peñas, on aperçoit ces derniers sur plusieurs points, sous des roches trachytiques micacées. 1

En étudiant l’ensemble de la vallée que je viens de décrire, on y trouve une des belles fentes de dislocations, dans une direction donnée uniforme. En effet, celle-ci est d'autant plus remarquable, qu’elle a près d’un degré de longueur, et qu’elle suit un parallélisme régulier, avec presque toutes les autres lignes du grand plateau bolivien. C’est sur une plus vaste échelle encore un fait semblable à celui qu'on remarque dans la vallée de Perpignan, à Mont-Louis du côté de la France, et à Puicerda, Belver, etc., sur le versant espagnol des Pyrénées. La vallée qui m’occupe est évidemment, dans les terrains de sédiment, une large fente, qui n’écarte pas assez les deux parois, à la partie la plus élevée, près de Condor-Apacheta, pour laisser apercevoir autre chose que les couches supérieures de grès se correspondant de chaque côté. Au nord, les couches inférieures de terrains siluriens se montrent encore en rapport, près de Venta y Media et de Sorasora, tandis qu’au sud, non-seulement on trouve les mêmes faits, mais encore on voit sorür, sous l’ensemble, la roche trachytique, qui est venue se faire Jour au point où l’écartement de la fente commençait à prendre assez de largeur. On pourrait se demander néanmoins, si celte roche a soulevé les terrains de sédiment, ou si elle a seulement

profité d’une dislocation préexistante, pour surgir au dehors.

1. M. Cordier regarde cette roche comme une tiphrine blanchâtre micacée, accident des trachytes micacés. M. d’Omalius d’Halloy pense aussi que cette roche est un trachyte altéré.

Un peu au-delà de la poste de Las Peñas (es rochers), la chaine du sud s’abaisse Gcologie. vers la plaine et cesse bientôt, tandis qu’au nord-est la montagne s'élève davantage, et présente ses sommilés couvertes de grès dévoniens inclinés au nord-est, superposés aux phyllades schistoïdes, le tout disloqué en divers sens, soit par les trachytes micacés qui sont à côté, soit antérieurement à la sortie de ces roches. De Las Peñas on suit encore au sud-est, près de quatre lieues, ayant, à droite, soit ua large plaine qui s'étend- vers le lac de Pansa, soit de petits monticules de trachytes micacés; à gauche on reconnaît partout les mêmes trachytes, dominés par les phyllades et les grès, jusqu’à l'entrée de la vallée d'Encacato, où 1ls cessent bientôt de se montrer, les phyllades seuls apparaissent, de ce côté, à la base des escarpemens. |

On pénètre dans la vallée d’Encatato, qu'on remonte au sud-est, pendant cinq lieues, jusqu’au petit plateau de Vilcapujio, en suivant le fond de la vallée. On a toujours au sud-ouest des montagnes entièrement composées de roches trachytiques micacées analogues, et au nord-est, une puissance de plus de cent mètres de phyllades schistoïdes noirätres, on ne peut plus tourntentée dans ses pentes, mais ayant, avec les grès dévoniens qui les recouvrent, une inclinaison générale au nord-est. Sur le plateau de Vilcapujio, qui forme une petite plaine dirigée nord et sud, les trachytes micacés grès continuent de se montrer de l’autre côté. Le plateau de Vilcapujio est nivelé par les

composent toujours les montagnes du sud-ouest, tandis que les phyllades et les

débris des montagnes voisines, c’est-à-dire de grès, de phyllades et de trachytes, le tout recouvert d’une grande épaisseur de terre végétale.

De la poste de Vilcapujio, on suit, dans la plaine, le pied des phyllades, fortement redressés, inclinés au nord-est, jusqu'à l’entrée d’un ravin en pente très-rapide, sur lequel on s'élève peu à peu, foulant d’abord les phyllades; puis, près du sommet, les grès qui couronnent la côte, le point le plus élevé de toutes ces régions, le faite de partage entre les cours d’eau se dirigeant à la Laguna de Pansa à l’ouest, et les premiers affluens à l’est du Rio Pilcomayo, qui va se jeter dans le Rio du Paraguay. Ce point, qui mène au plateau de Tola-palca, est élevé de 4290 mètres de hauteur absolue! ; c’est le sommet d’une petite chaine qui court nord et sud.

Au-delà de ce faite de partage, pendant trois lieues, on marche quelque temps sur les-débris de grès dévoniens ; mais ils cessent bientôt, remplacés par des plaines humides, très-souvent imprégnées de sel, et couvertes soit de terre végétale, soit d’une argile rougeñtre, pleine de gravier, jusqu’à la poste de Tola-palca, placée entre une légère colline qui s'élève au sud, vers les montagnes, et un mamelon conique, tous deux composés des trachytes micacés dont j'ai parlé. Du sommet du monticule, je crus reconnaître , d’un côté, au profil des montagnes mamelonnées et divisées par cônes, et de l’autre, à l'aspect d’une chaine continue assez accidentée, que les mon-

lagnes qui s'étendent au loin vers le sud, sont entièrement composées des mêmes

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