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Mesure de M. Pentland

TÉL: Céder 18

Géologie. roches trachytiques, tandis qu’au nord, la continuité du contre-fort de Potosi paraît formée de phylilades de grès anciens, depuis Sorasora, ou, pour mieux dire, depuis Calamarca, près de la Paz, ou plus de cent lieues de longueur.

Près de Tola-palca recommence la plaine, qui s'étend cinq à six lieues. On la suit à l'est-sud-est, foulant partout des graviers évidemment trachytiques, et longeant des collines de trachyte micacé, qui s'élèvent vers des pics de même nature, qu’on aperçoit au loin, vers le sud. Après avoir franchi un affluent du Pilcomayo, on laisse la plaine, qui paraît se continuer vers l’est, et l’on commence à gravir une très-haute colline des mêmes trachytes micacés, jusqu’au plateau de Lagunillas. Ce plateau, représentant un petit cirque ou un véritable cratère de soulèvement, de forme oblongue, dans la direction du sud-est au nord-ouest, est fermé de toutes “parts, excepté vers le sud-est, où il offre une interruption. Ce cirque se compose partout à l’ouest, de trachytes micacés identiques à ceux que j'ai décrits jusqu’à présent. Au nord-est du village, j'aperçus un vaste groupe de colonnes prismatiques, qui me parut basaltique. Pourtant je n'ai pu en Juger que par les colonnes qui s’élevaient verticalement au-dessus d’un ravin trachytique d’une roche assez homogène, toujours micacée. Le centre du cirque est partout couvert de terre végétale et de débris des montagnes voisines. Néanmoins à l’ouest, non loin d’un petit lac, je vis des bancs assez épais d’une tourbe noire, dont l’exploilation pourrait être fort utile, quoiqu’elle soit peu étendue. Elle aurait d'autant plus d'importance en ce lieu, que la végétation ligneuse y manque entièrement.

De Lagunillas, en se dirigeant au sud-est, on trouve des roches composées d’un grès friable rougeàtre, qui me parut analogue à ceux de lApacheta de la Paz, et je le crus dès-lors de l’époque carbonifère; ses couches plongent fortement à l’est. En descendant vers le Rio Pilcomayo, dans la direction de linclinaison, on traverse une série assez épaisse de couches de grès, sur lesquelles je trouvai bientôt quelques petites couches d’un calcaire compacte magnétifère, souvent divisé en feuillets très-minces, ondulés ou mamelonnés, que je regarde comme la partie inférieure de la formation du trias ou du muschelkalk; en effet, elles sont recouvertes', en ce lieu, par les mêmes argiles feuilletées rouges , rosées ou bigarrées que j'ai déjà décrites sur plusieurs points, et que je crois être l’équivalent des argiles bigarrées de notre Europe. Dans tous les cas, le rapport de superposition des grès friables, des calcaires ondulés et des argiles bigarrées, laisserait peu de doutes sur ces rapprochemens. On descend sur les argiles schisteuses rouges gypseuses, jusqu’au Pilcomayo; puis, après une petite surface d’alluvion au fond de la vallée, on retrouve, de l’autre côté, absolument les mêmes couches inclinées en sens inverse (à l’ouest). On traverse, de nouveau, les argiles bigarrées sur une très-grande partie du coteau, puis on revoit en dessous les calcaires ondulés; et ensuite viennent

1. C’est l’expression de mon journal. Je trouve plus loin des calcaires supérieurs aux marnes. Il faut qu'il y ait deux séries de couches de calcaires, les unes inférieures feuilletées, les autres supérieures compactes et renfermant des fossiles.

(139) les grès carbonifères, jusqu’au sommet d’une petite chaine dirigée nord-est et sud-ouest, d’une longueur de quelques lieues seulement. En descendant de son sommet vers le village de Leñas, on foule toujours les mêmes grès.

À Leñas, la géologie change tout à coup. On est au pied d’une haute montagne à parois escarpées, el souvent coupée presque perpendiculairement, qui domine le village à l’est, et se rattache à la chaîne élevée et glacée couronnant cette partie du centrefort de Potosi. Toutes ces montagnes sont composées de trachyies gris micacés et altérés, analogues à tous ceux que j'ai signalés jusqu’à présent. De Leñas on monte sur le plateau, foulant partout les mêmes trachytes, souvent plus décomposés et alors blanchätres, jusqu’à Yocalla, pendant cinq ou six lieues. Je remarquai, dans ce trajet, que toutes Îles sommités qui s'élèvent au sud-ouest, ainsi que le prolongement des crêtes vers le nord, paraissent se former des mêmes roclies trachytiques plus où moins décomposées. En descendant près de Yocalla, ces roches sont entièrement blanches et ressemblent un peu à de la craie.

Au pied du village de Yocalla, on passe de nouveau le Rio Pilcomayo, alors trèsvolumineux, et roulant, avec des galets de toutes les roches traversées, des morceaux de roches granitiques, provenant, sans doute, des montagnes de cette époque qui forment des massifs au sud, non loin de Santa-Lucia.

En montant, à l’est de Yocalla, la rive droite du Pilcomayo, on a l’une des plus belles tranches de roches de sédiment qu'on puisse observer. Une distance de quelques lieues montre d’abord une suite de phyllades noirâtres, par couches plus ou moins feuilletées, très-tourmentées dans leur inclinaison, lorsqu'on la considère sur une petite surface, mais offrant une pente générale à l’est-sud-est. Ces phyllades de l'étage silurien occupent les deux üers inférieurs de la pente. Ils sont recouverts par les grès gris dévoniens jusqu'au sommet de la montagne, le point le plus élevé des environs. De là, en descendant sur le dos des couches de grès dévoniens, on trouve, après une pelile interruption, les grès rouges carbonifères également inclinés à l'est-sud-est, dont la pente est recouverte d’argiles bigarrées alors d’une très-grande puissance, le tout dominé, sur beaucoup de points culminans, par un calcaire compacte, à grains très-fins, gris-bleuâtres, très-dur, formant un banc épais de quelques mètres et

doute, susceptible d’un beau poli. Je le considérai, de mème que les argiles bigarrées.

divisé par couches. Ce calcaire magnésifère ressemble à du marbre, et serait, sans

comme une dépendance des roches triasiques. Je ne trouvai pas de fossiles en ce lieu; mais j'en recueillis dans les mêmes couches, près de Potosti. J'avais franchi toute cette série de stratification en passant du Rio Pilcomayo à la poste de Tambillo, c’est-àdire dans un trajet de deux lieues et demie; et à Tambillo même, du fond du ravin, j'avais encore au nord-est tous les coteaux composés de feuillets argileux, de l'argile bigarrée, avec sa couche de calcaire compacte. En résumé, la traversée du Rio Pileomayo à la vallée de Miraflor, offre le plus grand intérêt géologique, en ce qu’elle montre, avec la dernière évidence, la superposition immédiate des quatre grands Systèmes géologiques de la Bolivia, les terrains siluriens représentés par les phyllades, les

Géologie.

Géologie, terrains dévoniens composés de grès gris compactes, les terrains carbonifères, réduits,

en cet endroit, aux grès rougeàtres friables, et enfin le terrain triasique, avec ses argiles bigarrées et ses calcaires compactes.

Du Tambillo, pour arriver dans la vallée de Miraflor, en face du bourg de Taropaya, il ne reste plus qu'une lieue; mais ce trajet se fait en profitant d’un ravin pour traverser une haute colline composée, des deux côtés, d’argiles bigarrées et de calcaire compacte, et au milieu de laquelle est, au nord, un mamelon granitique, où ces couches viennent aboutir et butter, comme si elles s'étaient déposées sur les granites même. Au sud se montrent encore des montagnes granitiques, qui s'élèvent de plus en plus, en remontant dans cette direction.

Arrivé dans la vallée de Miraflor, qui s'étend nord-est et sud-ouest, je fis de nombreuses courses, la remontant et la descendant de Potosi jusqu’à une couple de lieues plus bas que Taropaya, et voici ce que j'observai : Elle est bordée, à droite et à gauche, de hautes montagnes de nature très-différente. À l’est, la montagne, qui commence bien au sud de la ville de Potosi et continue au nord, sur une étendue de quinze à dix-sept lieues, parallèlement au cours du Rio de Miraflor, jusqu’au Pilcomayo, paraît élevée de quelques centaines de mètres. Elle est composée de puissantes couches de phyllades apparentes seulement sur le versant sud-est, supportant une série non moins puissante de grès dévonien, dont les couches plongent fortement au nord-ouest, et constituent tout le versant au Rio de Miraflor.

Cette chaîne, des plus régulière, est tout à coup interrompue à Santa-Barbara par le Rio de Potosi, qui, profitant d’une large fente, s'écoule au travers et permet de juger de toute la superposition des couches, depuis les phyllades schistoïdes noirâtres qui sont au pied de la ville de Potosi, et occupent la base de la chaîne de ce côté, jusqu'aux couches de grès les plus supérieures. Ce passage, l’un des plus intéressans, est le produit d’une rupture naturelle transversale à la direction de la chaine, ou la suite des érosions successives des eaux du plateau de Potosi, qui, n'ayant pas d'autre issue, ont du se frayer violemment un passage sur le point le plus bas. Cette opinion, tout étrange qu’elle puisse paraître, est néanmoins assez plausible. Lorsqu'on examine les parois escarpées de ce passage étroit où coule la rivière, et où l’on est obligé de passer, pour se rendre de Potosi à la Paz, on voit, à toutes les hauteurs, les traces les plus évidentes des érosions produites par les eaux, et l’œil le moins exercé pourrait les reconnaitre, souvent à une élévation considérable, au-dessus du niveau actuel. Ce sont ou des parties caverneuses, usées à leur surface, ou des lignes presque parallèles, creusées assez profondément et presque polies, qui passent par dessus et obliquement au parallélisme des couches, ou enfin quelques galets restés dans ces différentes zones, où les eaux pouvaient atteindre à une époque très-reculée, puisque le lit actuel est souvent à près de cinquante mètres au-dessous de ces anciennes traces d’érosion. Quoi qu'il en soit, la Quebrada de Santa-Barbara est des plus remarquable, par son peu de largeur et par la série des couches qu’elle permet d’apercevoir.

En sortant du ravin de Santa-Barbara, après avoir traversé les grès dévo-

niens!, on trouve bientôt, dessus, des traces de l’argile bigarrée, là composée d’ar- Géologie.

gile schisteuse rouge et jaune par très-petits feuillets et avec gypse, ayant leur pente générale au nord-ouest, comme les grès dévoniens. Cette formation, qui n’est qu’à l’état rudimentaire près de la Quebrada, prend d’autant plus de puissance, qu'on descend la vallée au nord. Elle est surtout assez développée près de Taropaya et jusqu’à Miraflor, cinq kilomètres plus bas. Dans cette dernière partie, des calcaires compactes composent les couches les plus supérieures.

Les montagnes qui composent la partie occidentale de la vallée, sont de diverse nature. En face de Miraflor, le point le plus bas que j'aie vu, on trouve une colline composée des argiles bigarrées alors presque blanches, dont les couches me parurent presqu'horizontales et forment dessus une espèce de plateau. À un kilomètre au sud de Miraflor est une source thermale très-abondante, qui jaillit sur le sommet de la colline et se transforme de suite en un petit lac, dont l’eau est à une température si élevée, qu’on ne peut y tenir la main. Le trop plein des eaux coule vers la vallée et constitue plusieurs réservoirs naturels d’une température d'autant plus basse, qu'on s'éloigne davantage du sommet. Il en résulte que les baigneurs peuvent choisir le degré qui leur convient, et cela avec d'autant plus de facilité, qu’il n’y a aucune habitation autour, et que cette source thermale, placée si près de Potost, est tout à fait inutile. Les environs du réservoir supérieur sont partout couverts de concrétions de carbonate de chaux, qui forment une croûte répandue sur le sol; ces mêmes concrélions recouvrent ‘les bords et le fond de tous les points où les eaux s’écoulent. Elles y représentent soit des mamelons, soit des espèces de grottes, ou bien, enveloppant les plantes qui poussent un peu plus bas, elles viennent en incruster toutes les parties et y offrir le plus singulier aspect. En un mot, les eaux thermales de Miraflor sont aussi chaudes que possible, et donnent des incrustations aussi belles que celles de Clermont en Auvergne. Il manque seulement ici .une population propre à exploiter l’un et l’autre des avantages réunis.

Du sommet de la colline de Miraflor on aperçoit, à peu de distance, un pic peu élevé, qui me parut être granitique, comme ceux qui se remarquent au sud.

En remontant toujours la vallée sur son versant occidental, on passe devant le défilé qui conduit à Tambillo; ses coteaux sont, comme je lai dit?, couverts d’argiles bigarrées, avec leurs gypses, et de quelques restes du calcaire supérieur. De l’autre côté, les argiles bigarrées recommencent et continuent sans interruption jusqu’à l'entrée de la vallée de Santa-Lucia. Elles offrent leur tranche en falaise sur la vallée et constituent un plateau au-dessus. Ce plateau s'élève à peine, et l’on dirait que les couches vont s’appuyer sur les montagnes graniliques, qu’on aperçoit à quelque distance et qui dessinent une chaine interrompue, dirigée à l’est-nord-est. C’est au pied des coteaux d’argile bigarrée que je

vis en grand nombre, sur le sol, les calcaires à feuillets très-minces, très-ondulés et

1. Je ne trouve rien dans mon journal qui puisse indiquer en ce lieu la présence des grès carbonifères ; pourtant il serait possible qu’ils existassent, sans que Je les aie remarqués alors.

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