CHAPITRE X
Description géologique du versant oriental des Cordilleres.
J'ai suivi, sur une vaste surface, le versant oriental de la Cordillère orientale, dans la partie moyenne de sa pente; et, sur quatre points différens, je suis descendu, depuis les faites les plus élevés de la chaîne de Cochabamba et de Potosi, jusqu'aux plaines du centre du continent. Je vais décrire successivement, en autant de paragraphes distincts, ces longues courses géologiques, toujours de cent lieues chacune, plus ou moins.
\. 1. Voyage sur la pente de la Cordillère de Cochabamba, en traversant les provinces de Yungas, de Sicasica et d'Ayupaya, jusqu'à Cochabamba méme.
En reprenant mon itinéraire de la Paz à Yungas par Palca', je suis resté au sommet de la Cordillère orientale, sur les roches granitiques de cette région glacée, après avoir traversé les phyllades schistoïdes du terrain silurien et les grès dévoniens du versant occidental de la chaîne. De la Cruz j'avais à descendre, à l’est, le versant des Andes par une pente tellement inclinée, que le sentier tracé dans les roches granitiques est, pendant quelques lieues, formé de gradins jusqu’à Tajesi. À ce village, en prenant le coteau de Cajapi et jusqu’au Rio de Chajro, environ deux lieues, je foulai constamment les mêmes roches granitiques de protogyne et de greisen; mais, en ce lieu , elles sont entièrement décomposées, friables, ont l'aspect sablonneux et représentent des mamelons arrondis ou des talus non accidentés, couverts de la plus riche végétation, la superficie des roches décomposées s'étant un peu mélangée avec l’humus.
Au Rio de Chajro, à cinq lieues environ du sommet de la Cruz, près du petit hameau de Chojlia, je trouvai les premiers phyllades noirâtres siluriens, en couches fortement inclinées au nord-est, et contenant les empreintes évidentes de quelques màcles et des filons de quartz laïteux. En traversant le Rio de Chajro, pour prendre le pied de la haute colline de Yanacache, je trouvai encore des phyllades analogues, dont les couches inclinent au nord-est, et dont le relèvement forme une crête, sur le sommet de laquelle sont situés les bourgs de Yanacache et de Chupe. Je n’avais aucun moyen sûr d'apprécier la hauteur de l’escarpement au-dessus des vallées latérales; néanmoins le temps employé à monter et la perspective me font croire que la différence de niveau est de plus de 500 mètres. On y gravit la tranche même des couches par des marches de phyllades, placées sur la pente de l’escarpement. Au sommet, je rencontrai les mêmes phyllades, alors moins noirs et moins feuilletés. Sur plusieurs points de la province