III. Géologie
Géologie. néanmoins, les fragmens de grès qui se montrèrent à moi partout, me firent croire que
Je foulais des grès dévoniens jusqu’au Rio de las Astas, où, remontant de l’autre côté, je traversai les mêmes grès dévoniens, puis des grès bigarrés blancs, des argiles bigarrées, et trouvai tout le sommet de la côte de l’Inca composé de grès rouges en couches presqu’'horizontales. De ce point, en regardant vers la montagne de las Habras, on juge parfaitement de l’horizontalité et du niveau uniforme ! de toutes les couches de grès bigarrés, et de leur contraste avec les roches, diversement inclinées, qui leur sont inférieures. Lorsqu'on voit, par exemple, les grès bigarrés de las Habras, ceux de la côte de lInca, et ceux de la côte de Coronilla, former un même horizon au-dessus des couches dévoniennes fortement disloquées, on serait porté à penser que ces grès bigarrés formaient une suite non interrompue, dénudée par les eaux. L’explication de cette opinion ne laisse pourtant pas que de présenter des difficultés, vu la profondeur de 500 mètres, au moins, de toutes les vallées qui séparent ces mamelons les uns des autres.
Dans ma descente à l’est, le penchant de la côte de lInca me montra des grès dévomiens, jusqu’au lit du Rio de Bueyes; et, de l’autre côté, en remontant la côte opposée jusque près du sommet, où je retrouvai, sur tous les points culminans de Coronilla, des grès argileux bigarrés les mieux caractérisés par leur teinte rouge, blanche, violette ou jaune, et disposés en couches horizontales. Au sommet de cette côte, j'étais au dernier point élevé de la route que j'avais à suivre : à l’est, se montraient à moi les très-hautes montagnes de Piojera, qui se continuent au loin; au nord-est, d’autres montagnes également élevées; au milieu, une large ouverture, une vaste interruption, dirigée à l’est, dans laquelle coule le Rio Piray, jusqu’à ia plaine. C’est dans cette fente énorme, dont chaque côté présente des montagnes coupées presque perpendiculairement, qu’on suit le lit du Piray, quand on se rend à Santa-Cruz de la Sierra. Pour parvenir à cette rivière, il reste à descendre la fameuse côte de Petaca, et l’un des pas les plus difficiles de cette longue traversée de montagnes. Je puis en évaluer la hauteur à plus de 800 mètres audessus de la rivière. On descend, ou pour mieux dire, on roule sur la pente rapide, où l’on fait mille détours. Je crus rencontrer, au-dessous des grès bigarrés, des grès non argileux friables, analogues à ceux que j'ai rapportés aux terrains carbonifères, et contenant de fréquens rognons d’hydrate de fer, et, plus bas, les grès dévoniens durs et blanchàätres, jusqu’au fond de ce gouffre. Sur les rives du Rio de Laja, de Piojera et du Piray, qui reçoit les deux premiers, je vis, non sans plaisir, les phyllades bleuâtres de l’époque silurienne, qui se continuent ensuite sur une grande partie du cours du Piray, entre les montagnes.
Sur le penchant de la côte de Petaca, ou dans le lit du Rio Piray, on voit, à droite et à gauche, l’ensemble des formations coupé presque perpendiculairement audessus de la rivière. C’est une des plus belles coupes géologiques que j'ai jamais vues; coupe qui permet de juger, en mème temps, de la superposition positive des couches, et de la puissance relative de ses diverses formations. C’est ainsi que je crois pouvoir
1. Le niveau approximatif que je leur assigne, me parait avoir 2000 mètres de hauteur absolue.
évaluer la partie apparente des phyllades bleuâtres de l’époque silurienne à vingt- Géologie. cinq mètres au plus. Cette roche, composée de phyllade arénifère micacé, visible sur la moitié du trajet, est plus ou moins dure, plus ou moins feuilletée, très-souvent plissée, et ses couches, malgré toutes leurs dislocations, plongent à l’est, sous les grès dévoniens. Ceux-ci, également disloqués, et plongeant à l’est, me semblèrent avoir plus de 500 mètres de hauteur. Leur couleur est blanchàtre, jaune ou blanc-bleuàtre.
Ces grès, micacés près de la sortie du défilé du Piray, me parurent supporter d’autres grès plus friables, en couches légèrement discordantes, qui occupent quelques points des sommités des montagnes, et surtout les dernières pentes avant d'arriver dans la plaine. La puissance m’en parut être d’une centaine de mètres; elles plongent également à l’est.
Lorsqu'on débouche du Rio Piray dans la plaine de Santa-Cruz de la Sierra, on trouve d’abord des galets roulés transportés par la rivière; puis, à quelques lieues, à droite et à gauche, parallèlement à la direction des montagnes, plusieurs collines très-basses seulement ondulées, composées d’une argile grasse, onctueuse, de couleur rougeàtre, dont géologiquement je ne sais que faire, et qui n’est peut-être que le produit des dénudations des argiles bigarrées des montagnes voisines. Dans tous les cas, elle serait plus ancienne que l’époque diluvienne, et me paraît appartenir aux formations antérieures, peut-être au terrain pampéen'. Au-delà de ces argiles, le sol est partout sablonneux, et recouvert d’alluvions modernes. Ce sont, aux environs de la halte de Basilio, des sables mouvans, mélangés de blocs roulés, des roches de sédiment des montagnes. Près de Santa-Cruz, on ne voit déjà plus une pierre. Les sables d’alluvions modernes ont nivelé cette immense plaine, qui se continue au nord jusqu’à Moxos; ainsi, sur ce point, les derniers rameaux de la Cordillère ne communiqueraient nullement avec les collines de Chiquitos, comme on l’avait pensé; il y aurait une grande interruption dans le système des montagnes.
Pour me résumer sur l’ensemble géologique des terrains qui séparent Cochabamba de Santa-Cruz de la Sierra, je dirai que les roches d’origine ignée ne se sont montrées nulle part; que, dès-lors, cette traversée de cent quarante lieues ne m'a montré que des roches de sédiment ainsi disposées :
Époque silurienne. Les roches de cet étage paraissent exister partout; mais elles ne se montrent que dans les lieux où les lits profonds des rivières permettent de les apercevoir, sous les roches dévoniennes qui les recouvrent sur tous les points. Elles sont toujours formées des mêmes phyllades bleus ou violacés, plus ou moins décomposés et friables, dont les feuillets sont souvent plissés, Je trouvai ces roches à nu, à l’Angostura de Cochabamba, près de Pocona, sur la côte de Coripaloma, dans le Rio de Copachuncho, dans le lit du Rio de Challuani, dans le Rio du Tasajos, dans ceux de Laja et
1. Je serais d'autant plus porté à le croire, que J'ai ensuite trouvé ces argiles sur le cours même du Piray, à plus de deux degrés au-dessous de Santa-Cruz, et qu’elles contenaient alors
des ossemens fossiles.
( 172 ) Géologie. du Piray. J’appris aussi qu’elles se trouvent dans le lit du Rio de Mizque et du Rio 7 Grande.
Étage dévonien. Les grès blanchâtres et durs de cette époque couvrent, à proprement parler, toute la surface comprise entre Cochabamba et les dernières montagnes; seulement ils sont recouverts, en plusieurs endroits, de lambeaux de terrains carbonifères et d'argile bigarrée; ou bien leur dénudation laisse à découvert les roches siluriennes,
Étage carbonifère. Les grès que j'y rapporte, sans néanmoins avoir la certitude qu’ils y soient bien classés, se montrèrent sur la montagne de San-Pedro, dernier point élevé de la Cordillère orientale, où ils forment les sommités d’une chaine dirigée au sud-sud-est. Un peu au sud, la colline’de Vilca, qui lui est parallèle, paraît aussi en être composée. Je ne les retrouvai plus ensuite que sur quelques points de la descente de Samaypata et aux derniers contre-forts des montagnes à l’est. Ces grès me parurent être en couches discordantes avec les grès dévoniens. Ils reposent sur les terrains dévoniens, et sont recouverts, par places, de grès ou d’argiles bigarrées. |
Étage triasique. Ce terrain, représenté par des grès argileux bigarrés ou des argiles également bigarrées, quelquefois remplies de gypse, se montre généralement en couches peu disloquées, si ce n’est à Samaypata et à Pocona, aux deux extrémités de cette traversée. [1 forme des lambeaux au sommet des montagnes, à Pocona, à Totora, à Chilon, à Pulquina, à Samaypata, à las Habras, à Coronilla, etc. Ces lambeaux forment de petites chaines généralement dirigées au sud-sud-est, comme toutes les autres. Si je considère l’ensemble des couches, je les trouverai presque toujours composées, aux plus inférieures, de grès argileux blanchâtres ou rosés, recouverts d’argiles blanches ou bigarrées avec gypse, le tout surmonté de grès rougeàtres argileux très-friables.
Pami les faits plus récens se trouvent les limons du plateau de Cochabamba, et les argiles des collines du pied des montagnes de Santa-Cruz, qui pourraient appartenir
à la même époque (au terrain pampéen), sans que néanmoins j'aie aucune certitude à cet égard.
Postérieurement je n’ai trouvé que les terrains évidemment diluviens ou d’alluvions modernes, tels que les sables mouvans du Rio de Tasajos, de Tembladeras, de Vilca, et ceux qui nivellent toutes les plaines de Santa-Cruz de la Sierra.
Comparé à mes trois itinéraires précédens, on voit clairement que tout est identique, la place des couches siluriennes, de l'étage dévonien, des terrains carbonifères; seulement les argiles et les grès bigarrés sont ici très-développés, tout en étant répartis par lambeaux isolés, restes, sans doute, d’un ensemble dénudé et emporté ailleurs.
f. 5. Voyage géologique de Samaypata, près des derniers contre-forts de la Cordillere orientale de Santa-Criz de la Sierra, jusqu'à Chuquisaca et Potosi; ou coupe est et ouest des contre-forts orientaux de la Cordillere.
Dans ce voyage, en remontant des plaines de Santa-Cruz de la Sierra, vers les montagnes, je suivis, jusqu'à Samaypata, la même route que dans l'itinéraire précédent; c'est au bourg de Samaypata que je pris au sud-sud-ouest et me dirigeai vers Valle grande. À la sortie de Samaypata, je trouvai la chaîne composée de grès et d’argile bigarrée, de diverses couleurs, formant des couches plongeant à l’ouest-sud-ouest, dont l’ensemble se dirige à lest-sud-est. Je traversai une plaine argileuse, et passai près d’une colline qui me sembla formée de grès dévoniens.
À environ cinq lieues de Samaypata, je gravis la côte del Limon, et vis la continuité de la chaîne de Vilca', que constituent des couches plongeant à l’ouest-sud-ouest, et dont les plus inférieures appartiennent à l'étage dévonien, tandis que les plus supérieures me parurent carbonifères. Ces couches se montrèrent sans interruption sur le coteau opposé, jusqu’au lit du Rio de Tembladeras, rempli de ses sables mouvans.
Poursuivant ma course, je commençai à gravir la côte de San-Blas, toute de grès dévoniens, dont les couches plongent très-fortement à l’ouest-sud-ouest. Je remarquai, sur ces grès, des traces évidentes d’un dépôt aqueux. Leurs plaques, souvent assez minces, présentent ces petits sillons interrompus, laissés par les eaux de la mer, et que J'ai déjà signalés sur les grès du tertiaire patagonien des rives du Rio Negro.?
Au-delà de la côte de San-Blas s'étend la plaine de Valle grande; belle vallée, large de deux lieues et entièrement couverte de prairies naturelles. En la traversant, on arrive à la ville du même nom, située au pied d’une très-haute colline, dont l’ensemble se compose de couches plongeant à l’est. Les couches supérieures, formées des mêmes grès carbonifères que j'avais rencontrés à San-Pedroÿ, plongent moins fortement que les autres. Après avoir suivi six à huit lieues la crête de cette montagne, je descendis, sur la tranche des couches, le versant occidental. Je trouvai bientôt les terrains dévoniens constitutifs de toutes les montagnes aux environs de Pucara, et qui offrent là des relèvemens bien singuliers, fortement disloqués, tout en montrant leur pente générale à l’est. Du sommet de la chaîne, on ne cesse de descendre jusqu'aux rives du Rio Grande, l’espace de douze lieues, par des sentiers des plus affreux, soit sur le penchant de la montagne, soit dans les ravins déchirés. Voici les différens étages que je traversai, avec