Voyez p
Géologie.
vions modernes. En effet, les cailloux appartenant aux roches de la Cordillère se voient sur quelques lieues; ensuite il n’y a plus que du sable quartzeux fin, provenant, sans doute, des dénudations journalières des roches dévoniennes et carbonifères des montagnes. On en acquiert, du reste, la preuve évidente, en suivant le cours des rivières. Le Rio Grande, à la hauteur de Paurito (est-sud-est de Santa-Cruz), offre non-seulement un lit d’une demi-lieue des mêmes sables mouvans, mais encore ses berges ne sont que de plus anciens dépôts analogues, formés à l’instant des débordemens. À quelques lieues plus bas, à Payla, son lit est encore plus large, et ses sables s'étendent au loin dans la campagne. Il paraît qu’à une vingtaine de lieues, en le descendant, le cours est si large, au milieu des sables mouvans, que la rivière coule tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, sans avoir de chenal constant; il ne se canalise et n’a des berges argileuses qu’à plus de deux degrés au-dessous de Paurito.
Le cours du Rio Piray, que je connais depuis son origine jusqu’à sa réunion au Rio Grande, dans la province de Moxos, offre les mêmes faits. En face de Santa-Cruz, sa plage sablonneuse et mouvante a près de deux kilomètres de largeur; à Santa-Rosita ce lit montre une lieue de sable et ses rives ressemblent à de véritables dunes voyageant au gré des vents et des courans. À Naïco, près d’un demi-degré au-dessous de Santa- Cruz, les sables mouvans du Piray ne peuvent plus être traversés sans les plus grands risques, au moins au temps des pluies. Les sables, dans la saison des sécheresses, absorbent toute la rivière, réduite à un très-petit ruisseau, à un degré au-dessous de’ Santa-Cruz. Près du Puerto de Palometas, à plus de trente lieues au nord-ouest de la ville, le Piray est encaissé. Il ne charrie de sable qu’à l’époque des crues, tandis que son Bt me montra une argile Jaunâtre à ossemens, que je retrouvai ensuite sur une grande partie du cours de la rivière, jusqu’à son confluent avec le Rio Grande.
Les petits ruisseaux qui coulent au nord-ouest de Santa-Cruz, comme ceux de Palometa, de Palacios, etc., sont tous, ainsi que le Piray, encombrés de sable quartzeux d’alluvion.
L’intervalle compris entre le Rio Grande et le Rio Piray, depuis Paurito jusqu’à Bibosi, environ vingt lieues de long, ne me montra que les mêmes sables fins, à peine mélangés d’humus à leur superficie.
De tous ces faits, je crois pouvoir conclure que la province de Santa-Cruz de la Sierra, sur une lisière de plus d’un degré de largeur au pied des dernières montagnes, est couverte d’alluvions sablonneuses charriées par les rivières, et provenant, soit des dénudations anciennes des roches de grès des montagnes, soit des parties qu’enlèvent annuellement les pluies et que transportent les cours d’eau actuels. Il en résulterait que ce phénomène du transport des sables, sans doute bien plus puissant aux époques reculées, où il a recouvert toute la plaine, n’en est pas moins notre contemporain, puisqu'il continue, et qu’il est toujours identique dans ses dépôts. Je considère donc les sables de la plaine de Santa-Cruz comme une alluvion moderne! de l’âge
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1. Je les colore en sépia comme toutes les alluvions de cette époque, et je leur donne le n.° 14.
des dunes de France, provenues également des sables charriés par les rivières et chassés Géologie.
sur les côtes'. Il est évident que, si le Rio Grande et le Rio Piray débouchaient dans la mer, au lieu de déboucher dans la plaine de Santa-Cruz, leurs sables auraient pu s’'amonceler sur le rivage, ainsi qu'ils le font sur le littoral des côtes de France.
Pour les argiles jaunes que j'ai observées au port de Palometas sur le Piray, et sur le cours de cette rivière, jusqu'à son confluent avec le Rio Grande, je crois être sûr qu’elles sont encore une dépendance de mon terrain pampéen. En effet, jy avais recueilli, à une vingtaine de lieues plus bas que le port de Palometas, un assez bon nombre d’ossemens fossiles, que des circonstances fâcheuses m'ont fait perdre.
$. 2. Géologie de la province de Chiquitos.
La province de Chiquitos occupe tout l’intervalle compris entre le cours du Rio Grande, à l’est de Santa-Cruz de la Sierra, jusqu'aux frontières de la capitainerie générale de Mato-Grosso, au Brésil. Elle couvre à l’est, du 58° 30' au 65°, plus de cent soixante lieues; au nord, du 14° au 21°, cent soixante-quinze lieues géographiques. Elle est bornée à l’est, vers le Brésil, par le cours du Rio du Paraguay et du Rio ltenes; au nord, par le Rio Îtenes et les plaines de Moxos; à l’ouest, par le Rio Grande et les plaines de Moxos; au sud, par les déserts du grand Chaco, qui ne sont que la continuité du bassin des Pampas. Cette surface, de plus de dix-neuf mille lieues de superficie, se compose au nord, à l’ouest et au sud, de plaines en partie inondées, traversées diagonalement, de l’est-sud-est à l’ouest-nord-ouest, par des collines basses de diverses natures. Pour bien faire connaître cette étendue, je crois devoir suivre mes itinéraires, en décrivant au fur et à mesure les terrains que j'ai observés.
En traversant le Rio Grande, à une dizaine de lieues à l’est de Santa-Cruz, je franchis les limites politiques des deux provinces, et foulai le sol de Chiquitos. Le cours du Rio Grande forme, en ce lieu, de vastes plages de sable mouvant, qu’on ne traverse à cheval qu’au risque de s’y engloutir. L'autre rive, sur quelques lieues, est couverte de marais, anciens lits de la rivière, abandonnés aujourd’hui par les eaux. J’entrai dans le Monte Grande (la grande forêt), qui, du Rio Grande jusqu'aux premières collines de Chiquitos, a quarante-sept lieues de large environ, et s'étend, au nord et au sud, sur toute la plaine comprise entre Santa-Cruz et Chiquitos, en offrant le point de continuité du grand bassin des Pampas avec celui des Amazones. Dans ce sentier tortueux, à peine tracé au milieu de la forêt la plus épaisse et la plus sauvage, puisqu'elle est à peine visitée dix ou douze fois par année, le voyageur ne peut apercevoir que quelques mètres, de chaque côté de la ligne qu’il suit; aussi les observations géologiques sont-elles trèslimitées. Néanmoins, à peu de distance du Rio Grande, j'abandonnai les terrains sablonneux, et ne les retrouvai plus que par intervalles, le sol devenant marécageux et
1. Il me paraît certain que les dunes de la Teste proviennent du cours de la Gironde, celles
de la Vendée du cours de la Loire, etc.
Géologie. argileux, parce qu’il est inondé trois mois de l’année. À quatre ou cinq lieues du Rio Grande, je traversai plusieurs marais, où des arbres déracinés et tombés dans une espèce de lit, large d’un kilomètre environ, me démontraient le passage d’un courant violent. Mon guide me dit que, plus au sud, à un autre endroit de la forêt, sur le chemin direct de Santa-Cruz à San-Jose, on retrouvait ce même lit, et que c'était le cours du Rio Parapiti, qui, au temps des sécheresses, se perd dans les sables mouvans, qu'il ne franchit qu’à la saison des pluies, en formant alors des torrents, qui sillonnent momentanément la forêt. En effet, plusieurs de ces lits, celui de Ramada et de Ramadilla, me convainquirent de la vérité de cette opinion, devenue d’ailleurs populaire à Santa -Cruz.
Cette longue traversée, dans laquelle on suit le sol le plus uniforme et le plus horizontal, ne me montra que des alluvions modernes, soit argileuses, soit sablonneuses. Le terrain, néanmoins, offre quelques petits lacs disséminés, qui servent de point de repos, où le voyageur, perdu dans une mer de feuillage, peut au moins trouver un peu d’eau. Cest ainsi que je vis des lagunes aux points de halte! suivans, au-delà de Ramadilla, à Calavera, au Potrero, à la Cola, etc.
Entre la halte de Calavera et de la Cola, au lieu dit Æ7 Sumuque, à peu près à la moitié de l’intervalle compris entre le Rio Grande et le Rio de San-Miguel, je remarquai de petits fragmens de grès sur le sentier. Je m’y arrêtai, scrutai la forêt aux environs, et reconnus que ces grès, semblables à mes grès dévoniens, couvraient le sol sur une surface de plus d’une lieue. Comme j'étais au point le plus élevé de cette plaine boisée, je crus que ce pourrait être la sommité d’une chaine de grès dévoniens, analogue à celles qui sillonnent le sol montueux de la Bolivia.
La forêt devient de là très-inégalement épaisse. Elle est interrompue par des dépressions couvertes d’eau, telles que le Potrero del Rey, le Potrero d'Upayares, le Potrero de la Cruz, et des plaines marécageuses, comme celle que je traversai jusqu’au Rio de San-Miguel, dont les eaux, assez volumineuses, se dirigent du nord 40° à l’ouest, en suivant le pied des collines.
À peine avais-je passé le Rio de San-Miguel, que, sur une pente douce, je trouvai, de l’autre côté, près de la ferme de San-Julian, des terrains évidemment composés de détritus de gneiss friable , au milieu desquels percent, sur un grand nombre de points, des sommités de gneiss compacte en mamelons arrondis, formant une espèce de chaine parallèle au cours de la rivière. Ces sommités sont arrondies et comme usées; elles se détachent quelquefois en calotte, comme celles que j'ai observées dans la Banda oriental de la Plata?. De San-Julian à la mission de San-Xavier (onze ou douze lieues), je suivis des collines de gneiss en décomposition, dont les fragmens de veines de quartz qui les traversent, jonchent le sol. Néanmoins, sur plusieurs points, j'aperçus encore, au fond
1. On appelle Halte ou Pascana, les endroits où l’on peut s'arrêter dans la forêt. Ces endroits sont connus des muletiers; mais rien ne les indique. On y dort à la belle étoile. 2. Voyez p. 21.
( 185 ) des ravins, des sommités de gneiss compacte qui percent les gneiss friables. Près de San- Xavier on s'élève assez sur des collines accidentées, composées de gneiss à grandes lames de mica.
On avait trouvé quelques paillettes d’or dans le lit de la petite rivière de San - Pedro. Je me rendis sur les lieux, en traversant partout des gneiss; et j'y recueillis effectivement, par le lavage, plusieurs parcelles d’or, qui, vu la petite quantité du métal, ne paraissaient pas offrir des avantages d'exploitation. suffisans. Elles existent entre des cailloux, appartenant tous à la décomposition ou au remaniement du gneiss.
Tous les environs de San-Xavier me montrèrent des collines peu élevées, couvertes de détritus d’un gneiss en décomposition, qui, sur plusieurs points, se présente en couches diversement inclinées.
De San-Xayier à la mission de Concepcion, il y a dix-neuf lieues. Tout l'intervalle, dans la direction de-lest, est couvert de collines mollement ondulées, entièrement formées de gneiss, avec leurs nombreux filons de quartz blanc. Ces blocs de quartz sont surtout nombreux vers la halte de la ramada (la ramée). Ils couvrent le sol sur une vaste surface, comme si les roches qui les contenaient, avaient été emportées par des érosions, ayant dispersé les blocs de quartz sur toute la campagne.
À deux lieues environ avant d'arriver à Concepcion, après avoir passé une dernière colline, on rencontre, à un niveau plus bas que celle-ci, une plate-forme dont le manque de bois et l’horizontalité me frappèrent au milieu d’une forêt, pour ainsi dire, non interrompue et d’un terrain très-ondulé. J'étais impatient d'en examiner la composition géologique. La roche se montra bientôt à nu, et j'y reconnus une espèce de poudingue, composé de morceaux de quartz; rassemblés et empâtés par une masse d’hydrate de fer, souvent caverneuse, qui me rappela, tout à fait, l'aspect des couches inférieures de mon tertiaire guaranien de la province de Corrientes'. Cette roche? forme des couches horizontales par bancs peu épais, nivelant un plateau de cinq ou six lieues de largeur, à un niveau plus bas que les collines de gneiss qui la circonscrivent de tous côtés. Minéralogiquement parlant, cette roche est, à tous égards, analogue à celle de Corrientes et des Missions; géologiquement, elle me parait également être ici la même, qui serait venue niveler certaines parties du massif de gneiss de la province de Chiquitos. Dès-lors ce plateau appartiendrait à mon tertiaire guaranien. Comme objet d'industrie, je ne doute pas qu’au milieu d’une forêt des plus épaisse, on ne püt, avec cette roche, établir d'excellentes forges, qui procureraient à la république de Bolivia un avantage des plus précieux, ce pays tirant encore ses fers d'Angleterre ou d’Espagne. Ce serait en Amérique une industrie toute nouvelle, et sans doute d’un grand intérêt. De nombreuses courses aux environs de Concepcion, à six ou huit lieues à la ronde, me