II. Géologie
Géologie.
( 186 ) Géologie. donnèrent l’assurance que les conglomérats ferrugineux guaraniens sont de tous les côtés __ circonscrits par des collines de gneiss.
De Concepcion à San-Miguel, on compte quarante-trois lieues de pays inhabités sur un terrain mollement ondulé, presque partout couvert de forêts, entrecoupé soit de marais, soit de petites plaines et de vallées irrégulières. Pendant trois lieues, je foulai des terrains ferrugineux, puis je retrouvai les gneiss, décomposés en collines très-entrecoupées de beaucoup de petits ruisseaux boisés. Je les suivis cinq lieues, au milieu de la forêt, apercevant, sur plusieurs points des sommités, d’autres gneiss compactes, qui s'élèvent en table au-dessus du sol, et représentent des mamelons d’une seule pièce, souvent d’ur kilomètre de long, qui saillent, plus ou moins, d’une centaine de mètres, peut-être, au-dessus des autres terrains ondulés.
Je traversai ensuite quatre lieues de plaines et de bois, sur des gneiss en décomposition, jusqu’à la ramada de Tejas, huit lieues de forêts, où je remarquai, de distance en distance, des surfaces couvertes seulement de petites plantes graminées. J’en cherchais la cause, lorsque la nudité de plusieurs points me fit reconnaître que ces plaines très-circonscrites ne sont que des surfaces horizontales de couches de gneiss compacte, sur lesquelles il n’y a pas assez de terre végétale pour qu’il y croisse des arbres. Ce sont aussi les lieux où les eaux séjournent, faute d’issues. Ces plates-formes, très-fréquentes, m'intéressèrent au dernier point, en ce qu’elles me prouvaient le peu de dislocation qu’avaient subie ces surfaces, souvent de plus de deux kilomètres de diamètre. Leur premier aspect m'avait d’abord fait croire qu’elles étaient sans aucune fissure; mais un examen plus attentif me fit voir, sur plusieurs points, la plate-forme couverte de graminées, traversée dans une direction quelconque par une rangée d'arbres. En ces lieux, où l’homme n’a encore modifié en rien la nature, je ne pouvais croire qu'on se füt occupé d’aligner ainsi ces arbres. J’examinai de plus près, et je reconnus que ces allées n'étaient que le résultat d’une large fissure de la masse de gneiss, qui, offrant une terre plus profonde, permettait aux arbres d’y croître. Je cherchai, en traversant deux fois cette même contrée, à m’assurer si ces fentes étaient dans une direction donnée, et j'acquis la certitude qu’elles varient beaucoup; néanmoins elles me parurent plus fréquentes dans la direction du nord au sud.
J’eus les mêmes terrains jusqu’au Rio Sapococh. Là j'aperçus, au nord-nord-est, un grand mamelon de gneiss compacte; et, après quelques lieues de gneiss décomposés ou en plates-formes basses, je me trouvai au pied d’un mamelon assez élevé, nommé Guarayito. Je pus l’étudier avec soin, et comme il forme lui-même, à son sommet, un plateau assez étendu et que les parois en sont coupées presque perpendiculairement, je crus y reconnaitre une plate-forme analogue à toutes celles que j'avais rencontrées au niveau du sol, et qui, par suite d’une faille des couches environnantes, se trouverait plus élevée d’une centaine de mètres que les autres plates-formes placées au pied, constituant probablement la même masse. Ces espèces de tables élevées, dont j'avais vu quatre exemples, sont très-intéressantes, en ce qu’elles prouvent, en ce lieu, des soulèvemens de différentes valeurs dans les diverses parties, plutôt que des dislocations, qui
amènent toujours des relèvements plus ou moins prononcés des couches. Ces gneiss compactes ne montrent pas de couches bien distinctes; ils paraissent avoir formé des bancs énormes, dont la partie supérieure est presque horizontale.
Je retrouvai les mêmes plates-formes de gneiss, entre Guarayito et la Ramada alta. Je les vis encore jusqu’à la Æamada de Pauchiquia; mais, près de cette halte et de l'autre côté du ruisseau de Sapococh, je remarquai des lambeaux de grès guaraniens avec leurs hydrates de fer. Ils se montrèrent encore sur plusieurs points, aux environs de la mission de San-Miguel, où ils reposent partout sur des gneiss en décomposition.
De San-Miguel à Santa-Ana je franchis onze lieues de collines de gneiss ou de micaschiste souvent décomposé, ne laissant que des fragmens de quartz à la superficie du sol. Dans le ravin du Motacucito, à trois lieues de Santa-Ana, je recueillis des micaschistes ou schistes micacés de la plus grande beauté, ondulés, jaunes ou rosés, assez friables, en couches plongeant à l’est, dont les plus inférieures sont jaunes et conüennent un grand nombre de cristaux de staurotides non mäclés et de grenats en partie décomposés, qui jenchent le sol sur les collines voisines.
Un peu plus près de Santa-Ana, à gauche, on voit une légère colline, presqu’entièrement composée de filons de quartz améthiste, soit carié, soit en beaux cristaux , dans une grauwacke grise.
La mission même de Santa-Ana est bâtie sur les grès ferrifères ou les brèches ferrugineuses de mon tertiaire guaranien, alors plus poreux et contenant beaucoup de quartz. Cette couche forme une partie horizontale, qui occupe toute la sommité d’une petite colline de gneiss décomposé; elle n’a pas, en ce lieu, une grande étendue.
J’ai parcouru, en tous sens, les environs de Santa-Ana, à huit ou dix lieues à la ronde, en foulant partout les gneiss et les schistes micacés. À trois lieues au nord de la Mission ils sont rouges et contiennent de beaux cristaux de tourmaline; c’est là qu’on exploite des lames de mica de douze à vingt centimètres de diamètre. Ces lames, renfermées par masses dans le gneiss, servent à plaquer les colonnes et les murs des églises.
On rencontre encore, dans les vallons, une espèce de kaolin micacé blanc, qu’on emploie à blanchir les murailles en guise de chaux. Ce kaolin se trouve seulement par places au fond des vallées.
Dans une course que je fis à la mission de San-lgnacio, au nord de Santa-Ana, je ne rencontrai partout que du gneiss. Seulement, près de San-Ignacio, je retrouvai encore, sur des plaines situées au sud-ouest, des lambeaux du grès ferrifère guaranien. Les mêmes terrains de gneiss se montrèrent partout au nord de Sanl-gnacio et de Santa-Ana, jusqu'aux plaines d’alluvion, du pied des dernières collines au nord.
De Santa-Ana je résolus d'aller visiter toute la partie orientale de la province, jusqu’au
1. On appelle Ramada, à Chiquitos, des toits de feuilles de palmiers, entretenus depuis les jésuites, sur quelques routes, afin que le voyageur puisse s’y abriter.
Géologie
Géologie.
( 188 ) Rio du Paraguay. Ma première journée me conduisit à la mission de San-Rafael, environ six lieues plus loin. Je traversai un sol- peu accidenté, mollement divisé en collines basses et en vallées peu profondes, composé de roches de gneiss en décomposition, dont les restes de quartz jonchent le sol. Dans un vallon, à deux lieues de Santa-Ana, un gneiss que rend des plus brillant -la grande quantité de mica qu’il renferme, est en couches plongeant au sud. Aux environs de San-Rafael, je remarquai, sur plusieurs points, des gneiss compactes. : '
Je pris de San-Rafael la direction au sud, pour me rendre à la mission de San-Jose, située à un degré environ au sud. Je traversai les mêmes collines peu ondulées jusqu’à la vallée de Santa-Barbara et mème jusqu’à /a Piedra. Le terrain me montra partout des gneiss en décomposition, apparaissant, sous la terre végétale, dans tous les ravins. Au sud de la Piedra, on abandonne tout à fait les collines du système géographique de Santa- Ana, pour entrer au sein d'immenses marais inondés, où je ne foulai plus que des terrains d’alluvions modernes.
Les terrains d’alluvions, d’une terré noire, tourbeuse, couvrent un bassin de plus de dix lieues de long, qui s'étend du nord au sud, entre les dernières collines de Chiquitos à l’ouest, la chaîne de San-Carlos à Vest, et la chaine de San-Lorenzo au sud. C’est dans ce marais que prend naissance le Rio de San-Miguel qui, après avoir long-temps suivi la direction du nord-nord-ouest, passe près de San-Xavier , Où je lai traversé.
La chaine de San-Carlos, que je longeai à quelques lieues de distance, me sembla dirigée au sud, quelques degrés à l’ouest. Elle est élevée peut-être de cinq à six cents mètres au-dessus de la plaine; et les fragmens de roches que je trouvai en ce lieu, à l'extrémité nord de la chaîne que je vis plus tard, me firent reconnaître qu’elle se compose entièrement de gneiss compactes. La crête en est mollement mamelonnée.
En cheminant au sud, au milieu de forêts épaisses ou de plaines inondées huit mois de l’année, j'arrivai à l'extrémité orientale de la chaine de San-Lorenzo. Élevée de quatre cents mètres environ au-dessus de la plaine, elle suit la direction générale de l’est-sud-est à l’ouest-nord-ouest et vient se croiser presque à angle droit avec la chaîne de San-Carlos. Je pus voir la roche à l’extrémité de la colline; mais, pour mieux l’étudier, je voulus me rendre à la ferme de San-Miguel, située dans une des gorges même. Je laissai la ramée de San-Lorenzo; et, après avoir franchi près de deux lieues sur des gneiss en décomposition, j'arrivai au pied de la montagne, où Je trouvai partout un gneiss compacte trés-dur, dont je ne pus distinguer les couches. Tous les ravins sont couverts de gros blocs tombés du haut de la montagne, et sur lesquels de petites cascades tombent de cinq à sept mètres de hauteur. Ce qui me frappa dans l'examen de cette chaine, ce fut de trouver encore là, comme dans le reste de la province, des gneiss granitoïdes compactes, occupant les points élevés en masses énormes, à peine partagées en très-gros blocs, tandis que les collines plus basses, qui s'appuient dessus, sont formées de gneiss ou de micaschiste en décomposition, représentés, le plus souvent,