‹ Voyage dans l'Amérique MéridionaleChapitre 79 sur 233 · Voyez p · texte numérisé non relu

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seulement par les fragmens de quartz qui jonchent le sol. Il y aurait donc, dans ce Géologie. gneiss, deux époques bien distinctes, conservant toujours leur position relative. un

Je repris la plaine boisée et inondée une partie de l’année ; je la traversai sur treize lieues de largeur, dans la direction du sud-sud-est, jusqu’à la mission de San-Jose. Tout l'intervalle compris entre la chaîne et la ferme de San-lgnacio (sept lieues), me monta des terrains sablonneux ou argileux, évidemment formés d’alluvions modernes de l’âge de celles de Santa-Cruz de la Sierra. Près de la ferme, le terrain s’éleva davantage, et des argiles rouges limoneuses se montrèrent jusqu’à San-Jose, dans tous les petits ruisseaux qui sillonnent la forêt que je traversai. Cette argile non onctueuse, mais souvent mélangée, à sa superficie, de petits fragmens de quartz, me parut plus pure aux parties inférieures. Elle nivelle ici le terrain, et quoique je n’y aie vu aucun reste de mammifères, je crois pouvoir la rapporter à mes terrains pampéens. Aux environs de San-Jose ces argiles servent à bâtir.

À une lieue au sud-ouest de la mission de San-Jose s'élève une montagne dite Sierra de San-Jose, qui forme une chaine dirigée à l’est 25 à 30° sud, ou ouest 25 à 30° nord, dont l'étendue est d’un degré environ, et la hauteur de trois à quatre cents mètres audessus de la plaine. Je létudiai sur plusieurs points : au lieu dit Æ7 Sutos, près de San-Jose, un ravin me montra, sur toute la hauteur de la montagne, une série de couches de grès friables rougeûtres, colorés par les oxides ou les hydrates de fer. Ces grès, très-uniformes dans cet endroit, offrent la tranche des couches, coupées perpendiculairement sur la plaine. On les croirait horizontales, en les regardant de front; mais, en prenant les couches en travers, on s'aperçoit qu’elles plongent légèrement au sud-ouest, sous un angle de quelques degrés seulement. J’y cherchais vainement des restes de corps organisés; mais la superposition que je pus observer sur d’autres lieux, ainsi que la grande ressemblance des caractères minéralogiques de ces grès avec ceux que j'avais déjà vus sur beaucoup de points de la Cordillère, me les fait rapporter à l’époque carbonifère. Au Sutos, les eaux qui tombent sur les couches de grès, forment une cascade de douze à quinze mètres de hauteur perpendiculaire.

À quatre lieues environ, à l’est-sud-est, de San- Jose, j'allai, de nouveau, étudier la chaîne, et j'en trouvai alors la composition toute différente. Les grès friables carbonifères ne formaient plus, au sommet, que des mamelons isolés, en couches discordantes, avec des grès très-compactes, traversés de filons de quartz et colorés par le fer seulement sur les fentes. Ce grès compacte passe, aux parties inférieures, à des grès calcarifères ou calcaires magnésiens, très-surchargés de dendrites ferrugineuses. C'est avec cette roche qu’on fait de la chaux dans le pays; elle contient pourtant plus de silice que de chaux, puisqu'elle fait peu d’effervescence avec les acides, tandis qu’elle donne des étincelles au briquet. La discordance de ces grès inférieurs, plongeant bien plus fortement du sudouest, avec les grès carbonifères, leur caractère plus compacte, meles firent, avec d'autant plus de raison, rapporter au terrain dévonien, qu’on les verra, plus loin, superposés aux phyllades, comme ils le sont dans les Cordillères. L'apparitiog de ces grès dévoniens à cette partie de la chaîne, prouve évidemment que les couches se relèvent assez fortement en s’ayançant vers l’est.

Géologie.

Près de cet endroit est une source thermale, qui avait, en partie, motivé ma course; elle est située dans la plaine, au sud des dernières couches de grès, au milieu de sables jaunâtres. Ses eaux, très-limpides, forment une grosse source, qui sort en bouillonnant, et devient un ruisseau assez volumineux. Elle n’a aucun goût sulfureux; elle est seulement très-fade*, et sa température n’est pas à plus de trente degrés centigrades. Cette eau ne laisse de dépôt ni dans le lit de la source, ni dans les ruisseaux qui en sortent.

De San-Jose, en me dirigeant dans la plaine au pied desscollines, je vis la chaine s’abaisser peu à peu et n'être plus représentée, à six lieues, à Ja halte de Botija, que par des mamelons isolés de forme remarquable. Ce sont des espèces de pains de sucre trèsécrasés , aigus au sommet, et fortement évidés sur les côtés, ce qui les a fait comparer à une dame-jeanne (Botija), en déterminant le nom de la halte. Ces mamelons sont les derniers lambeaux de grès friables carbonifères, dont les intervalles ont été emportés par les érosions. Au-delà, je ne trouvai plus qu’à la Tapera de San-Juan, ruines de l’ancienne mission de San-Juan (douze lieues de San-Jose), que des grès dévoniens compactes, fortement inclinés au sud-ouest. J’employai deux jours à étudier les environs des ruines de San-Juan, et voici le résultat des coupes que j'ai prises sur la colline basse de ce lieu : «

1.” Les parties apparentes les plus inférieures sont des phyllades schistoïdes, dont les couches plongent très-fortement au sud-ouest. Ces phyllades sont bleuâtres aux parties inférieures, et passent à un phyllade jaunâtre fortement micacé, en couches épaisses de cinq mètres. Ces roches me paraissent représenter, en tout, le terrain silurien, qui $e montre sur la Cordillère orientale et ses versants.

2. Ce sont des grès compactes qui constituent trois bancs distincts : l’un, le plus inférieur, est formé d’un grès phylladifère fortement micacé par couches minces, passant à un grès coloré par le fer en couches épaisses; le tout recouvert d’un grès très-compacte, contenant des crevasses remplies de carbonate de chaux. Ces couches sont, pour moi, les représentans de mes grès dévoniens.

Ici les grès carbonifères n'existent pas, leurs derniers mamelons s'étant arrêtés un peu au-delà de Botija, à trois lieues environ.

En comparant ces trois époques à ce que Jai trouvé sur tout le versant oriental de la Cordillère, dans ma descente de Cochabamba vers la plaine de Moxos, on voit facilement qu'il y a identité parfaite de roches. On ne peut néanmoins supposer que la montagne de San-Jose appartienne au même système, et qu’elle ait été soulevée en même temps. Le parallélisme n’est pas le mème que celui des dislocations des versans de la Cordillère, et la hauteur des deux systèmes est trop différente, pour qu'ils se rattachent à une seule et même époque de soulèvement.

À une lieue environ à l’est, je remarquai de petites collines, où je trouvai beaucoup de quartz cariés, qui me parurent analogues à ceux des environs de Santa-Ana. Ils sont gt unie UN ue ie ee cdi onli ele honftaifenud a mule un outil

1. Probablement pour em avoir bu, à jeun, seulement un verre, j’éprouvai de très-fortes nausées.

( 491 ) ici traversés par des filons de quartz enfumés très-puissans. La position de ces quartz Géologie. cariés me les ferait considérer comme inférieurs aux terrains siluriens, et peut-être comme faisant partie des roches de gneiss.

En abandonnant la Tapera de San-Juan, je me dirigeai à l’est 30° sud !, à travers une plaine sèche, couverte de sable et de graviers d’alluvion, et couverte de buissons épineux, jusqu’à la halte de San-Lorenzo, distante de cinq lieues. J'étais assez près d’une nouvelle chaine (el Cerro de San-Lorenzo), parallèle à la chaîne de San-Jose, mais tout à fait séparée, qui me restait au sud. Elle est entièrement composée de grès ferrugineux friables, analogues à ceux du Sutos, près de San-Jose. De même les couches, peu inclinées au sud, forment un front vers la plaine. Ce front est très-remarquable par l’horizontalité qu’affectent les couches et les espèces de gradins qu’elles montrent sur plusieurs points?. En suivant toujours la même direction, j'arrivai, trois lieues plus loin, à la halte de l’Ipias, où j'avais encore, au sud, la continuité de la chaine, portant alors le nom de Cerro del Ipias. Cette partie est, en tout, semblable, par ses plates-formes et par ses gradins; son aspect est réellement particulier, et ne ressemble en rien aux chaines que j'avais observées. Elle offre des coupures, des pics élevés, des plates-formes, suivant que les bancs friables ont été plus ou moins dénudés. En suivant la chaîne vers le sudest, on la voit s'élever jusqu’à la haute montagne du Chochiis, où les rnèmes gradins, les mêmes tables se montrent à une élévation que je crus pouvoir évaluer à quatre cents mètres au moins au-dessus de la plaine.

De l’Ipias, je marchai vers la chaine même; je m’élevai peu à peu sur des sables ferrugineux, d’abord remaniés, mais qui parurent bientôt en couches presque horizontales. Dans cette traversée, où je profitai d’un point très-bas de la chaine, je ne foulai que les grès ferrugineux friables jusqu’au sommet. De l’autre côté, je ne les abandonnaï pas jusqu’au pied méridional du Chochiis, où je vis cette montagne taillée à pie à son pourtour, et présentant , de toutes parts, la tranche de ses couches de grès friables. Sur plusieurs points il reste auprès de la grande masse, des parties plus ou moins étendues, qui en sont détachées, et qui se dressent, comme des tours ou-des clochers d’une trèsgrande hauteur. En un mot, le Chochiis offre le plus singulier aspect par sa superficie plane et ses grandes coupures.

J’ai suivi plus de dix-sept lieues le versant méridional de la chaîne, en en longeant le pied, et passant souvent sur ses derniers contre-forts. Au Rio de San-Pedro je m’aperçus que les grès à découvert n’appartenaient déjà plus aux grès friables, mais bien aux grès dévoniens compactes, qui se montrèrent ensuite sans interruption jusqu’au Rio de Tayoe. Néanmoins, chaque fois que les bois me permettaient d’entrevoir le sommet de la chaîne, qui porte alors le nom de Sierra de Santiago, je voyais, sur les points cul-

minans, quelques mamelons de grès friables.

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