‹ Voyage dans l'Amérique MéridionaleChapitre 8 sur 233 · CHAPITRE EEE Géologie des provinces de Corrientes et d'Entre-Rios · texte numérisé non relu

CHAPITRE EEE Géologie des provinces de Corrientes et d'Entre-Rios

Les provinces de Corrientes et d’'Entre-Rios offrant une partie bien circonserite sous le rapport géographique, je vais m'en occuper séparément avec d’autant plus de raison, que j'en ai pu étudier la géologie sur toute la longueur du cours du Parana, depuis les Missions jusqu’à Buenos-Ayres.

Ces deux provinces forment une surface allongée, dans la direction nord, environ 25 degrés à l’est, tronquée au nord et bornée, un peu au-delà du 27.° degré de latitude sud, par le Rio Parana; à l’ouest par le même fleuve, après sa jonction au Rio du Paraguay; à l'est par le Rio Uruguay, et au sud vers le 34.° degré de latitude sud, par le confluent du Parana et de Uruguay. Cette surface a sept degrés ou cent soïxante-quinze lieues géographiques de longueur, et de largeur, terme moyen, quarante à cinquante lieues. Elle se compose d’un pays très-plat, souvent inondé, sur lequel on remarque à peine quelques très-légères ondulations, élevées seulement de quelques dizaines de mètres au-dessus des parties environnantes. Dans toute la province de Corrientes les points les plus hauts n’ont certainement pas plus de cinquante mètres au-dessus du cours du Parana; dans celle d’Entre-Rios, les ondulations prennent un peu plus de puissance; pourtant, même à leur maximum d’élévation, elles n’excèdent jamais cent mètres au-dessus du niveau ordinaire du Parana. Il s'ensuit que le terrain de cette surface offre une assez grande uniformité, et qu’il conserve environ la pente du cours du Parana; néanmoins il s'élève, à trois endroits différens, vers le 29.° degré, au 31." degré, et vers le 32.° degré de latitude sud, pour s’abaisser, de nouveau, tout à coup, au-delà du 32. degré. On conçoit d'avance, d’après l’uniformité extérieure, que la composition géologique doit offrir peu de variété. Toute cette surface appartient aux terrains terüaires, sans qu'il y ait toutefois unité de composition, ni de couches; aussi, pour la faire connaître plus en détail, vais-je prendre le cours du Parana vers l'extrémité nord de cet ensemble, et décrire tout ce que la géologie a pu noffrir sur cette coupe

naturelle de près de trois cents lieues de long.

Coupe est et ouest de la province de Corrientes, prise sur le cours du

Parana, des Missions jusquà Corrientes (plus de quarante lieues géographiques JE

(PL. IV, he, te) Le manque complet d’excavations dans toute la province de Corrientes m'aurait mis

dans l'impossibilité d’en reconnaître le sol, si je n'avais pu le faire que par l'examen de

sa surface extérieure, recouverte, presque partout, d’alluvions ou de terre végétale, et

laissant à peine, de loin en loin, sur le cours de quelques ruisseaux, un peu de ses Géologie. couches apparentes; mais le cours du Parana, m'offrant, dans sa longueur, des falaises 7 -escarpées, et dès-lors, une coupe naturelle complète de la composition géologique de

la province, j'ai saisi cette occasion d'obtenir une connaissance exacte de son ensemble.

A cet effet, j'ai voulu remonter le fleuve, depuis Corrientes jusqu'aux parties accessibles

du côté des Missions, recueillant, sur tous les points, des échantillons, et mesurant

la puissance des couches qui composent les falaises. Ce sont ces premiers résultats

que je vais exposer. Ils donnent, de la province de Corrientes, une coupe dans la direction de l’est à l’ouest, ou de toute sa largeur du 59. degré 20 minutes au 61.

degré 7 minutes de longitude occidentale de Paris, ou mieux, sur une longueur d’envi-

ron quarante et quelques lieues géographiques , comprises entre la Barranquera, dernières limites vers l’ouest de la province de Corrientes, et la ville capitale.

M. Bonpland a trouvé, près de Santa-Ana (province des Missions), des roches d’origine ignée! très-remarquables, dont le massif vient expliquer géologiquement le coude formé, dans cet endroit, par le Parana. En effet, s’il n'avait pas rencontré d’obstacles, le Parana, dont le cours est au-dessus de ce point, presque du nord au sud, se serait probablement joint à l'Uruguay, vers le 28.° degré de latitude; mais, arrêté tout à coup par ces roches qui constituent, à ce qu'il paraît, des collines élevées, 1l tourne subitement, fait alors plusieurs petits coudes, cherchant, sans doute, un passage au milieu des rochers, et se dirige ensuite à l’ouest, en longeant l'extrémité occidentale de la province des Missions et l’extrémité septentrionale de la province de Corrientes. Dans cette parlie de son cours il forme juste un angle de quatre-vingt-dix degrés avec sa direction générale, jusqu’à ce qu’il trouve le Rio du Paraguay. Alors il reprend sa direction première et se dirige au sud-sud-est. Les collines élevées de la province des Missions sont composées d’une roche amigdaloïde grise ou violacée, espèce de vake congénère du mimosile, avec des amandes de terre verte, ou des cavités cellulaires tapissées de terre verte. De cette roche infiltrée de carbonate de chaux, les terrains vont en s’abaissant peu à peu vers l’ouest, jusqu’au-delà du 59.° degré de longitude occidentale. Je ne les ai pas vus tout à fait jusqu’à ce parallèle, et mes recherches ne s'étendent point audelà du 59.° degré 20 minutes de longitude. C’est donc à l’ouest de ces limites que je vais commencer ma description.

Vers le Curupaïti et l’Ybera-Tingay , le Parana est séparé de ses anciennes berges par des marais; aussi les falaises basses qu’elles forment sont-elles couvertes de végétation; néanmoins elles montrent à nu, sur plusieurs points, un grès ferrifère rempli d’oxide de fer. Plus à l’ouest, ces falaises s’éloignent encore davantage du Parana, et finissent par ne se distinguer, plus ou moins loin dans les terres, que par une légère ondulation du sol. Elles sont assez marquées vers la Barranquera, le premier point habité de la province de Corrientes; puis s’abaissent tout à fait et disparaissent, un peu à l’ouest de ce lieu. Elles reparaissent tout à coup sous la forme d’un promontoire près

1. Je dois la détermination de ces roches à la complaisance de M. Cordier.

(30 ) Géologie. d’Itaibaté '. Alors elles sont élevées de huit à neuf mètres, entièrement formées d’un grès rougeûtre très-quartzeux, ferrugineux, friable, par endroits; dans d’autres, surtout dans les parties inférieures, uni par un ciment ferrugineux et constituant des rochers irréguliers, souvent caverneux, remplis, par places, d’oxide rouge ou d’hydrate de fer en rognons géodiques ou en grains, et de belles sardoines de diverses couleurs, alors en petits morceaux roulés. Je n’y vis aucune trace de fossiles. Ces grès forment des couches horizontales ou plongeant très-légèrement à l’ouest. Dans certains endroits elles renferment si fréquemment de larges géodes d’oxide rouge de fer de la plus belle teinte, qu’elles offriraient, sans aucun doute, au commerce local une branche lucrative d'exploitation. Les mêmes falaises, composées par intervalle d’un grès plus ou moins friable, quelquefois nullement aggrégé, ou montrant tout à coup des groupes de roches très-ferrugineuses, irrégulières, en grosses masses, hérissant la côte?, se montrèrent sur environ sept lieues de long, jusqu’à la côte de Santa-Isabel. Leur hauteur est très-variable; généralement elles sont moins élevées, lorsqu'il n’y a pas de parties dures.

Tandis que le Parana offrait ces falaises sur sa rive gauche appartenant à Corrientes, je gravis plusieurs fois la berge, pour n'assurer si son autre rive, faisant partie du Paraguay, me montrerait la mème composition; mais de ce point jusqu’à Corrientes, je n’ai aperçu, sur la côte du Paraguay, que des parties marécageuses, basses, couvertes de terrains d’alluvion; aussi ne puis-je rien dire de leur composition géologique.

Un peu au-delà de la côte de Santa-lsabel, après une légère interruption de la falaise, je la trouvai, près de Yaapé, composée de même, pour les parties inférieures, c’est-à-dire de grès ferrugineux (voyez pl. IV, fig. 1, couche A), ayant alors environ trois ou quatre mètres de puissance. Les grès sont recouverts d’une couche épaisse de deux mètres environ d’un calcaire argileux gris blanchätre (voyez même coupe, couche B), caverneux, à pâte compacte, sans aucune trace de fossiles, contenant des cailloux de quartz el beaucoup de grains arrondis de fer hydraté. Je l’appellerai calcaire à fer hydraté. Ces grains sont même en si grande quantité, qu'ils offrent, sur ces côtes boisées, les moyens d'établir une excellente forge de fer, lorsque l'industrie voudra s'approprier les richesses naturelles de ce sol. Ces calcaires à fer hydraté passent souvent d’une manière insensible à leur partie supérieure à des couches d'argile gypseuse (même coupe, couche C), de même couleur, également remplie de nodules plus durs. Cette partie supérieure ne contient plus de grains d’hydrate de fer, mais bien, par endroits, un grand nombre de petits rognons de gypse, le plus souvent disséminés par couches horizontales. Cette argile varie de hauteur; à Yaapé elle n’a pas plus de quatre mètres de puissance; je n’y ai pas vu de traces de fossiles.

En suivant la côte de Yaapé vers l’ouest, on voit les grès ferrugineux devenir entièrement friables, diminuer d'épaisseur, tandis que les couches supérieures, surtout celle

1. lla-ibaté veut dire pierre élevée dans la langue guaranie. 2. Ces roches sont tout à fait identiques à celles qu’on trouve disséminées dans les sables jaunes inférieurs aux meulières, depuis Meudon jusqu’à Viroflay, près de Paris.

de l'argile gypseuse, prennent une plus grande puissance. Au-delà de Yaapé des marais Géologie. 51€ SYI >] 5 Ï

empêchent, pendant quelques lieues, de juger de la composition de la côte. À une ou deux lieues avant d'arriver à lribucua, et de ce point jusqu’à Iribucua même, la falaise se montre de nouveau, sur une hauteur d'environ treize mètres. Les grès ferrugineux continuent à s'incliner à l’ouest, n’offrant plus à Iribucua que deux ou trois mètres de puissance, encore lorsque les eaux du Parana sont basses. Ils sont, dans ce lieu, composés de gros grains et contiennent beaucoup de rognons de sardoine; mais ils sont infiniment moins ferrugineux et ne présentent plus ces masses caverneuses que J'ai signalées à [taibaté. Les calcaires ferrugineux n’ont pas pris plus de puissance; ils n’ont pas au-delà de trois mètres d'épaisseur, tandis que les argiles gypseuses atteignent, à elles seules, plus de hauteur que les deux autres couches réunies. Des recherches de plus de quinze jours dans tous les petits ravins où cette dernière couche se trouve à découvert, ne m'ont offert aucune trace de corps organisés, ce qui me porterait à croire qu’elle n’en contient pas.

D’Iribucua, en marchant vers [taty, on perd, par intervalle, la suite des couches, celles-ci étant couvertes d’alluvions ou de végétation. Pourtant elles se montrent sur plusieurs points, notamment au Puerto Lengua et au Puerto de la Cruz. Dans ce dernier lieu les grès ferrugineux, dont la pente vers l’ouest, depuis ltaibaté, est plus forte que la pente du Parana, viennent s'achever entièrement, et il ne reste plus à nu, dans les falaises, que la couche de calcaire ferrugineux et la couche d’argile gypseuse. Celle-ci étant toujours la plus puissante, et renfermant, de ce point jusqu’à ltaty !, beaucoup de rognons de gypse disséminés ou placés dans une stratification peu déterminée. Les grès ferrugineux reparaissent un peu avant d'arriver à Itaty. Ils se montrent sous l’aspect caverneux d’Itaibaté, c’est-à-dire fortement colorés par le fer et formant des masses irrégulières très-dures, qui représentent des rochers sur les côtes et résistent aux efforts du courant.

D’Itaty à Corrientes on remarque quelques discontinuités; pourtant le grès se montre partout avec ses blocs ferrugineux; ses couches se relèvent en partant d'Itaty, à mesure que les couches argileuses diminuent de hauteur; il en résulte que, vers Itacora, en face des Ensenadas, c’est-à-dire vers la moitié de la distance comprise entre liaty et Corrientes, le grès acquiert une puissance de six mètres de hauteur, tandis que le calcaire et l'argile n’en offrent pas plus de deux chacun. Ces proportions de puissance el celte composition se continuent jusqu'à la ville de Corrientes, où les grès ferrugineux, très-abondans, ont servi à la construction de plusieurs édifices importans.

Résumé de la coupe est et ouest de la province de Corrientes.

En résumé, l’on voit qu’en traversant, de l’est à l’ouest, la province de Corrientes, on trouve une grande uniformité de composition dans les terrains tertiaires qui forment

1. Jtaty, par une contraction de la langue guaranie, veut dire pierre blanche. Ce nom lui est venu, sans doute, des falaises blanchâtres argileuses qui bordent le Parana en cet endroit.

Géologie. son sol. Ces terrains se composent partout de trois couches, de grès ferrugineux, de 7 calcaires à fer hydraté et d'argile gypseuse, ne contenant aucune trace de fossiles. Les couches, d’abord relevées vers l’ouest, s’abaissent par une inclinaison plus forte que la pente du Parana, jusqu’auprès d’Itaty, tandis qu’elles se relèvent et deviennent presqu’horizontales, ou du moins très-peu inclinées à l’ouest, de ce dernier point jusqu’à Corrientes, laissant, au milieu de leur longueur, près d’'Itaty, une dépression sensible. Les couches dont se compose l’ensemble suivent, en tout, la même dépression, et paraissent avoir subi les mêmes lois. Si, maintenant, au lieu de côtoyer les falaises du Parana, je prends, dans les terres, la même direction de l’est à l’ouest, je trouverai partout Je sol couvert, soit de terre végétale, soit d’alluvions. Le grès ferrugineux ne se montre nulle part, pas plus que le calcaire à fer hydraté. Si l’on aperçoit le sol dans quelques ravins, il appartient toujours à l’argile gypseuse. Cette disposition, en apparence sans intérêt, en a beaueoup sous le rapport de la forme extérieure de la province. En effet, l'argile, souvent onctueuse, toujours assez tenace, couvrant toute la superficie du sol, permet aux eaux de séjourner et de représenter d'immenses marais, ou celte série si singulière de petits lacs, qui se remarque de Corrientes jusqu’à Iribucua et dans les environs de Caacaty !. Lorsque l'argile gypseuse est à nu, ou n’est recouverle que par la terre végétale, elle forme sur le sol, soit des plaines unies, soit des amas d'eaux plus ou moins durables, toujours d’une grande étendue, comme la Cañada de San-Antonio, le cours du Riachuelo, et toute cette immense surface de la Maloya et de la Laguna d’Ybera. Lorsqu’au contraire l’argile est recouverte par un diluvium composé de sable fin presque pur, comme à Sau-Cosme et à Caacaty, ces sables reposent immédiatement sur l'argile; et, par suite d’une singulière disposition, ils laissent, de distance en distance, une multitude de dépressions plus ou moins profondes, où les eaux s’amassent encore, el il en résulte cette quantité de petits lacs dont j'ai parlé. On voit dès-lors, qu'à l'exception de la terre végétale et des dépôts qui se font Journellement dans les marais, les seules parties alluviales de quelque importance qui recouvrent le sol de la province, sont composées de sables fins d’une puissance variable de quelques mètres, qui se sont déposés par petites collines suivant la direction générale du sud-ouest, en traversant diagonalement toute la province dans le sens des pentes. J'ai déjà dit qu'au nord du Parana, sur la rive appartenant au Paraguay, il ne paraissait pas y avoir concordance de couches. Là non-seulement les premières lieues du littoral du Parana, au nord, ne montrent que des terrains bas et argileux, mais encore tous les renseignemens que j'ai pu obtenir, de même que linspection des cartes d’Azara?, m'ont prouvé que les terrains argileux s'étendent très-loin dans le Paraguay.

1. Le fait curieux, observé par MM. Élie de Beaumont et Dufrenoy, dans leur magnifique carte de France, que les terrains tertiaires se distinguent par la présence de lacs nombreux, se justifie puissamment à Corrientes; et je retrouverai ce caractère extérieur sur beaucoup de points du bassin des Pampas.

On pourrait donc supposer que les falaises du sud du Parana, telles que je les at Géologie.

décrites, offriraient un point de relèvement des couches qui, dans la province de Corrientes, les aurait placées sur un niveau actuel plus élevé qu’au Paraguay. Alors l'extrémité nord de la province de Corrientes paraitrait former le bord d’une partie relevée, ou peut-être une faille de plus de quarante lieues de longueur, dont la différence de niveau serait au moins d’une douzaine de mètres, à moins que les couches du sol du Paraguay ne fussent inférieures à celles de Corrientes; ce qui me paraît difficile à admettre.

Ce que je viens de dire relativement à la différence de niveau des rives nord et sud du Parana, au-dessus de son confluent avec le Rio du Paraguay, pourrait peut-être se rattacher à des causes plus générales. Si je continue au-delà de Corrientes la direction de l’est à l’ouest, suivie dans l’examen des couches de cette province, le Parana déviant brusquement et allant au sud, je suis obligé, pour suivre ma ligne, de le traverser et d'entrer dans le grand Chaco. En m'avançant vers Pouest, j'ai trouvé, sous les alluvions de sa rive droite, à plus d’une lieue dans l’intérieur, une argile rougeâtre, qui m'a paru analogue à l'argile pampéenne. Les Indiens Tobas, interrogés sur ce point, me dirent et me montrèrent, plus tard, par des fragmens rapportés de l’intérieur, que l'argile pampéenne couvre, en cet endroit, une vaste surface du grand Chaco. Si je ne me suis pas trompé sur l’analogie des argiles du grand Chaco avec les argiles pampéennes des environs de Santa-Fe, de Buenos-Ayres et de Canelones, il faudrait supposer qu'il y aurait, dans la direction du nord au sud, une faille immense qui occuperait tout le cours du Parana, depuis Corrientes jusqu'au-delà de la Bajada, ou sur plus de cent vingt-huit lieues de longueur. On verra ultérieurement, lorsque je comparerai les deux rives du Parana sur toute sa longueur jusqu'à Buenos-Ayres, que cette supposition s'appuie sur beaucoup de faits. Quoi qu'il en soit, la figure {, planche IT, montrera comment je conçois comparativement la géologie des deux rives du Parana, en face de Corrientes.

Géologie du cours du Parana (rive gauche) depuis Corrientes (province de Corrientes) jusqu'au-delà de la Bajada (province d'Entre-Rios), sur environ cent vingt-hut lieues géographiques de longueur, dans la direction sud, 17 à A8 degrés à l'ouest.

(PL. IV, fig. 2.)

Pour suivre la marche déjà adoptée, je vais prendre le Parana à Corrientes et le décrire dans son cours, en le descendant, et longeant sa rive gauche, la seule qui soit élevée et présente des falaises.

J'ai dit qu'à Corrientes même le grès ferrugineux, alors assez dur et très- caverneux, forme un banc solide qui hérisse la côte de rochers; j'ai dit encore que ce banc a environ six mètres de puissance au-dessus des eaux du Parana, et qu'il est recouvert par

ES

II Géologie. e)

Géologie. deux mètres de calcaire à fer hydraté, sur lequel reposent deux mètres environ d'argile

— gypseuse. Les mêmes couches, presqu'horizontales, se montrèrent ensuite, sans interruption, jusqu'auprès de l'embouchure du Riachuelo, où, les ayant mesurées de nouveau, je trouvai, au grès ferrugineux, alors peu agrégé et très-légèrement coloré par le fer, une hauteur de cinq mètres au-dessus du Parana; au calcaire à fer hydraté, une puissance de douze mètres; à l’argile gypseuse, quatre mètres d’épaisseur au-dessous de la terre végétale; ainsi, dans cet endroit, la couche intermédiaire aurait pris une grande puissance, et les autres auraient, au contraire, perdu de la leur. Deux autres coupes, mesurées quelques lieues plus loin, lune à Punta Blanca et Vautre avant l'embouchure du Sombrero, me montrèrent plus d'épaisseur aux grès, toujours friables, et une telle diminution des couches supérieures que, lorsque je mesurai une quatrième fois l’ensemble, au-delà de l'embouchure du Rio Enpedrado, c’est-à-dire à plus de douze lieues au-dessous de Corrientes, je trouvai douze mètres aux grès, el trois mètres de puissance seulement à chacune des deux couches supérieures, sans qu’elles eussent toutefois changé de nature. En partant des falaises de l'Empedrado, la côte s’abaisse encore, les deux couches supérieures disparaissent avant d'atteindre le village del Señor Allado, où le grès, toujours des plus friable et peu coloré, se trouve seul à découvert, jusqu’un peu au-delà du ruisseau de Gonzalez, où il disparaît à son tour, pour être remplacé par des terrains marécageux couverts d’alluvions modernes. J'ai remarqué que le grès ferrugineux contient des rognons de sardoine, dont les dimensions décroissent à mesure qu'on s’avance vers le sud.

Des côtes basses se montrent sur huit ou neuf lieues de longueur, jusqu’à peu de distance du village de Bella Vista, où la falaise reparait. Elle est d’abord composée de grès ferrugineux non agrégé, beaucoup plus chargé de fer aux parties inférieures qu'ailleurs, et contenant des sardoines et des jaspes. Un peu au-delà de Bella Vista on voit paraître, sous le grès, une couche horizontale d'argile bleuâtre, formée de particules très-fines; elle est très-onctueuse, et ne montre aucune trace de fossiles. Cette couche, en suivant la pente du cours du Parana, se découvre de plus en plus; elle donne toute sa puissance à la Pointe de Chamorro, où la falaise acquiert sa plus grande hauteur. L'ensemble des couches se compose alors : 1° d’un grès très-ferrugineux; 2.” d’une couche de sept mètres d’argile bleuàtre, dont la contexture est parfaitement uniforme; 3. d’un grès ferrugineux très-friable, dont l'épaisseur n’est pas moindre de quarante mètres; les parties les plus inférieures de ces grès, au contact de l'argile, se chargent tellement de fer, que cette substance unit entr’elles les diverses particules et en forme une légère couche solide, remplie de fer hydraté, et d’oxide rouge de fer; 4.° au sommet de la falaise, sur quelques lieues de longueur, de trois mètres environ d'épaisseur, d’un calcaire analogue au calcaire à fer hydraté des coupes précédentes. Ce calcaire alors ne contient pas de grains de fer; il est simplement caverneux et beaucoup plus compacte que vers Corrientes. Il disparaît ensuite.

En résumé, cette falaise non interrompue, depuis Bella Vista jusqu’à l'embouchure du Rio de Santa-Lucia, ou sur plus de treize lieues de longueur, se compose de

couches horizontales qui me paraissent être la continuation des couches déjà décrites Géologie. avant Corrientes; seulement au milieu des grès, alors plus puissans, plus friables et surtout moins colorés, se montre une couche d’argile inconnue jusqu'alors; mais cette couche, reposant sur les mêmes grès, peut en être considérée comme un simple accident. Au-dessus du grès ferrugineux on ne trouve plus, dans un court espace, qu'un lambeau des couches du calcaire à fer hydraté, sans que sy montre pourtant l'argile, qui lui est supérieure. L’extrémité sud de la falaise est seulement composée de grès friable; elle s’achève près de Goya, un peu au-delà du 29.° degré de latitude sud. L'aspect des falaises est des plus singulier. Vu leur peu de solidité, Peau des pluies tombant perpendiculairement sur leur partie déclive, mine, plus que d’autres, certains endroits irrégulièrement coupés, par intervalle, de petits ravins, y dessine une quantité de monticules coniques, déchirés, figurant parfois, en petit, des tourelles en ruines, ou bien en grand, des reliefs dont l’aspect rappelle ces anciennes sculptures gothiques à demi effacées par le temps, que présentent nos belles églises de Normandie.

Tous les renseignemens que j'obtins à Goya me donnèrent la certitude que sur ce point, comme à Corrientes, l'autre rive du Parana est composée d’argile pampéenne, connue, dans le pays, sous le nom de 7osca. Il y aurait donc encore ici disparité de composition entre les deux rives.!

Au-delà de Goya, et sur près d’un degré de longueur, la rive du Parana me montra partout des terrains marécageux et dalluvion, une argile plus ou moins noiràtre, ou une terre végétale très-épaisse. Je ne pus donc juger, en aucune manière, de la composition géologique de cet intervalle. Après avoir passé le Rio Corrientes, c’est-à-dire quelques minutes avant le 30.° degré de latitude sud, je trouvai, près du village de la Esquina, un lambeau de grès, élevé au plus de neuf mètres au-dessus du cours du Parana. Ce grès, des plus friable, et formant des couches presqu’horizontales d’une composition uniforme, me parut composé de grains quartzeux beaucoup plus fins que ceux des grès précédens; et, sans pouvoir lassurer, je crus qu'il devait appartenir à une couche différente, peut-être supérieure aux premières el analogue à celles de Cavallu Cuatia. Ce lambeau parut sur six lieues de longueur environ, et fit place ensuite aux alluvions modernes qui occupent, sur neuf lieues de longueur, le terrain jusqu'au Rio de Guayquiraro, limitrophe des provinces de Corrientes et d’'Entre-Rios, et au-delà, jusqu'à quelques lieues au sud de Curuçu Chali.

Les premières falaises que j'aperçus à environ cinq lieues au nord de Cavallu Cuatia, s'élèvent, peu à peu, jusqu’à lArroyo Verde, à plus de deux lieues sud du village de Cavallu Cuatia, et s’abaissent ensuite jusqu’au Rio de Conchitas. Jai mesuré plusieurs fois la puissance des couches, en étudiant leur composition. Voici ce que je trouvai dans l’ensemble, depuis le commencement jusqu’à lArroyo Verde, lieu où les couches sont plus complètement apparentes, et où elles se montrent dans toute leur puissance

(voyez la coupe pl. IV, n.° 2):

Page 1