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Géologie. Là, je repris la route que j'avais suivie en partant de San -Miguel pour les Missions
du sud.
Un pays encore sauvage, dont l’homme n’occupe qu’une très-petite portion, oblige à suivre le peu de sentiers tracés au milieu d’une nature entièrement vierge. Pour révenir vers l’ouest, aux dernières missions de la province, afin de gagner les plaines de Moxos, par le pays des sauvages Guarayos, je me vis forcé, n’y ayant qu'un seul sentier, de traverser, de nouveau, San-Miguel, Concepcion, pour arriver à San-Xavier, au point où J'avais commencé mes recherches géologiques dans la province. C’est donc de San-Xavier que je vais reprendre mon itinéraire vers le nordouest.
De San-Xavier à la réduction de Trinidad de Guarayos, on compte cinquante lieues, qui, réduites en distance réelle en donnent encore près de trente. Je me dirigeai d’abord au sud-ouest, sur les collines de gneiss. Je passai deux petites chaînes de cette roche, et du sommet de la dernière, par dessus les dernières ondulations du sol, la vue embrassait l’immensité de cette plaine inondée, qui sépare la province de Chiquitos de Santa - Cruz de la Sierra. C'était une véritable mer de verdure, où, au sein de la forêt, je n’aperçus pas la moindre inégalité. C’est en effet une plaine qui, sans interruption, communique, au sud, avec les Pampas; au nord, avec les marais de Moxos. Je descendis sur les mêmes collines de gneiss, en partie décomposé, jusqu’à la plaine qui borde le pied des dernières montagnes, el nivelée par des terrains d’alluvions argi-
leuses modernes. En foulant ces mêmes alluvions et longeant le Rio de San-Miguet,
je fis cinq à six lieues jusqu’à la Puente. Là j'abandonnai les terrains inondés pour
monter vers de petites collines de gneiss, dirigées nord-ouest et sud-est; je les suivis parallèlement, en descendant vers des terrains inondés qui, ayant toujours les collines à l’ouest, me conduisirent jusqu'à la réduction de l’Ascencion de Guarayos, située sur de très-petites collines, appartenant aux alluvions anciennes, mais analogues aux ailuvions actuelles. Ce sont des graviers auxquels s’entremêlent beaucoup de petits fragmens de gneiss et de quartz. À exception de quelques collines de gneiss , isolées au milieu de la plaine, tous les environs sont couverts d’alluvions modernes. C’est seulement sur les points voisins des collines qu’on trouve les fragmens de quartz provenus des dénudations de gneiss.
Pour me rendre de l’Ascencion de Guarayos à la réduction de Trinidad de Guarayos, javais, moins une petite colline de gneiss, à franchir quinze lieues couvertes d’alluvions modernes et de marais inondés au temps des pluies. À une lieue de Trinidad, près de la réduction de Santa-Cruz de Guarayos, on voit encore un groupe assez considérable de collines, que je trouvai composées de gneiss compacte, en couches presque perpendiculaires ou de gneiss à grandes lames de mica. Au-delà de ces dernières
collines, vers le nord, je n’aperçus plus que des terrains d’alluvions, qui continuent
jusqu'à la province de Moxos. Ils consistent sur les berges du Rio de San-Miguel et J Ï 5
seulement jusqu’au niveau des inondations annuelles, en couches horizontales de limon Géologie. brun, mélangé de sable siliceux très-fin, de la même nature que les particules charriées par la rivière. Pourtant je rencontrai, sur la rive droite, à huit ou dix lieues au-dessous de Trinidad, un mamelon de grès lustrés anciens ou de quartzite, plus ou moins coloré par le fer, analogue à celui des environs de Santo-Corazon et de Santiago, et que je crus dès-lors être de l’époque dévonienne. Ce mamelon, isolé au milieu des alluvions, est, sans doute, le sommet d’une chaine dont je ne voyais, à découvert, qu’une très-petite partie, le reste étant caché -par les alluvions. En abandonnant Guarayos, je franchissais les dernières limites politiques de la province de Chiquitos, et en même temps les dernières parties du système oriental des collines de cette province. Il ne me reste donc plus qu'à résumer les principaux faits observés.
Considérée sous le rapport de sa surface, la province de Chiquitos offre le plus grand intérêt géologique. C’est en effet un système considérable de collines, entièrement isolé au milieu des alluvions modernes, et très-nettement séparé des derniers contre-forts de la Cordillère et des montagnes du Diamentino, au Brésil. Sa direction générale est est 25° sud, et ouest 25° nord. Elle est, par conséquent, différente du parallèle de la Cordillère orientale et de toutes les montagnes du plateau bolivien, ce qui, vu lisolement de ce massif et sa différence de hauteur, constitue un tout autre système, que j'appellerai Système chiquitéen.
Sous le rapport de sa composition, Chiquitos présente la plus grande simplicité. On n’y voit nulle part de traces de roches ignées; elle est entièrement composée de roches de sédiment ainsi réparties :
Les gneiss forment à eux seuls une très-grande surface élevée, qui s'étend, dans la direction générale indiquée, sur une longueur de cinq degrés et demi ou cent trentesept lieues géographiques, et sur une largeur moyenne d’un peu moins d’un degré ou environ vingt lieues. Au nord, cette surface s’abaisse insensiblement, et se cache sous les alluvions modernes. Au sud, à son extrémité occidentale, elle disparait encore sous les mêmes alluvions. À l’ouest, son extrémité vient jeter de petites collines isolées, qui percent aussi les alluvions; à l’est, d’autres collines, également isolées, s’enfoncent soit sous les alluvions, soit sous les phyllades de l’époque silurienne, dont elles ont suivi les dislocations. On voit encore un mamelon de gneiss beaucoup plus à l’est, près de Santo-Corazon. Les gneiss sont recouverts à l’est par les phyllades, près de Concepcion, de San-lgnacio, de Santa-Ana et de San-Miguel; ils supportent des lambeaux de conglomérats ferrugineux de l’époque des tertiaires guaraniens. Partout ailleurs ils se cachent sous les alluvions.
Considérés quant à leur nature, les gneiss sont de deux sortes : ils sont compactes, forment alors des tables, des mamelons, comme au centre du massif, entre Concepcion et San-Miguel!:, ou sur les côtés, à Santa-Cruz de Guarayos, et à la ferme de San-Julian, à l'ouest; ou bien encore, comme les collines de San-Lorenzo et de San-Carlos, vers l'est.