Voyez pl. IX, fig. 4, coupe de la province de Moxos
Géologie. une suite non interrompue de cette immense dépression, située entre les derniers contre-
forts des Cordillères et les montagnes du Brésil, et qui sillonne du nord au sud, tout le centre du continent méridional de l'Amérique.
Cette surface n'offre aucune montagne, aucune inégalité qui s'élève de cinquante mètres au-dessus du sol : c’est une plaine où les seules routes tracées sont les cours des rivières, tout le reste étant inondé la plus grande partie de l’année et ne pouvant être parcouru qu’en pirogue.
En n'’embarquant à Guarayos, sur le cours du Rio de San-Miguel, j’entrai dans les plaines; et dès-lors je franchissais les limites des deux provinces. Suivant toutes les cartes publiées, le Rio de San - Miguel serait un des affluens du Rio Grande!, tandis qu’en effet il se jette, beaucoup plus à l’ouest, dans le Rio Ilenes. Je le suivis en pirogue jusque vis-à-vis la mission du Carmen de Moxos, environ un degré quarante minutes ou quarante lieues géographiques, doublées au moins par les détours sans nombre de la rivière. Pendant cette navigation, on est encaissé dans un lit étroit, bordé des plus belles forêts du monde, et lon ne voit que les berges des cours d'eau, ou, de temps en lemps, grâce aux éclaircis, quelques lieues des campagnes des environs. Tous les terrains que je traversai dans celte parlie inondée tous les ans au temps des pluies, sont uniformes. Ce sont des alluvions terreuses, mélangées de sable très-fin ou d’argile noirâtre, déposées en couches horizontales , lors des débordemens annuels de la rivière. Ces terrains s'élèvent graduellement par les particules enlevées aux parties hautes de la province de Chiquitos. |
Arrivé au 15° 50!, Je laissai le Rio de San-Miguel, pour traverser les plaines qui le séparent du Æio Blanco où Baures , lequel prend sa source au nord de Concepcion de Chiquitos; et, parallèlement au Rio de San-Miguel, c’est-à-dire au nord-ouest, court aussi vers Îtenes. Dans cette course d’une douzaine de lieues je franchis d'abord un marais considérable d’alluvions vaseuses modernes, et un bois croissant sur des argiles limoneuses rougeàtres, que Je crus pouvoir rapporter à mon terrain pampéen, quoiqu'il ne m'ait montré aucun fossile : c’est en ce lieu la couche inférieure aux alluvions actuelles, car on ne l’aperçoit que lorsque ces alluvions, composées d’argile noiratre ou de sable très-fin, ont été enlevées par les érosions. Je ne trouvai aucun faite de partage entre les deux rivières. Ce sont des plaines inondées, des marais, au milieu desquels je vis,
sur des points à peine élevés d’un mètre, des limons rougeàtres. Je trouvai ces terrains
principalement àu bois dont je viens de parler, à l’Arroyo de San-Francisco, et un peu.
au-delà, vers la mission du Carmen. Ces mêmes limons, à ce qu’on m’assura, s'étendent en remontant au sud, sur une grande surface, entre le cours du Rio Blanco et le Rio de San-Miguel. Au milieu de ces limons surgit, à environ une douzaine de lieues au sud-sud-est, un petit mamelon de grès dévonien , analogue à celui de Guarayos.
Du Carmen de Moxos je m'embarquai en pirogue sur le Rio Blanco, pour me rendre à la mission de Concepcion de Baures. Je franchis ainsi au moins vingt lieues, qu’on
{. Voyez toutes les cartes de Brué.
peut réduire à quinze, sans — les alluvions modernes et les terrains inondés Cite tous les ans. Pour aller même du bord du Rio Blanco à Concepcion de Baures, on
passe sur une jetée élevée au milieu des marais. Néanmoins les environs de Concepcion me montrèrent, sur plusieurs points, principalement aux alentours de la mission, sous le sable très-fin des alluvions modernes, quelques lambeaux de terrain pampéen.
En allant de Concepcion de Baures à la mission de Magdalena (environ vingt lieues au nord-ouest), je traversai le Rio Blanco; et, à l’ouest, je trouvai des marais couverts d’alluvions, entrecoupés de bois, qui n'étaient représentés que par des parties un peu plus élevées (d’un mètre ou deux tout au plus), où, le plus souvent, je pus observer un limon rougeàtre, que je crus pouvoir rapporter encore à mon terrain pampéen. Je passai ainsi plusieurs petits bois, entre lesquels sont des jetées pour traverser les marais, et j'arrivat au Rio Guacaraje, où sur les berges et aux environs, je crus trouver de nouveau, sous les alluvions, des limons argileux rouges. Quelques lieues du cours du Rio Guacaraje continuèrent à me montrer ces limons jusqu’à une petite distance de son confluent avec le Rio de San-Miguel, qui prend alors le nom de Rio Itonama. Le cours de cette dernière rivière jusqu’à Magdalena ne me présenta que des alluvions modernes. Les alentours de Magdalena offrent, sur la rive gauche du Rio [tonama, près de la mission et sur une bande étroite au nord-ouest, une partie un peu plus élevée, où je vis une terre rougeàtre que je rapporte au terrain pampéen. Ces petits lambeaux, partout disséminés, me donnèrent l’assurance que ce limon couvre toute la partie orientale de la province, et que, s’il n’est pas apparent sur d’autres points, c’est qu’il a été caché. Dans ces plaines, un mètre de différence de niveau suffit pour que les alluvions le recouvrent et le dérobent entièrement à la vue.
A l’est 20° nord de la boussole, à la distance d'environ dix lieues, j’aperçus au-dessus des plaines, un mamelon assez élevé, que je ne pus visiter". Un curé qui l'avait examiné m'assura qu’il se compose de grès. C’est probablement une sommité de chaine, comme celle du Carmen et de Guarayos.
La province de Moxos n'offre aucun faîte de partage entre ses divers cours d’eau. Au temps des pluies, on peut traverser les plaines en tous sens, avec des pirogues. Pour assurer de ce fait, au lieu de descendre le Rio Itonama jusqu’à son confluent au nord avec le Rio Machupo, route obligée dans la saison sèche, je voulus faire en pirogue le trajet direct de Magdalena à la mission de San-Ramon, au travers de la plaine, en franchissant plusieurs affluens et la distance de beaucoup plus d’un degré, qui sépare les deux rivières. J’espérais ainsi connaître l’horizontalité des plaines et leur composition géologique. Je descendis quelques lieues le Rio Itonama jusqu’à un petit ruisseau de la rive gauche; je remontai celui-ci jusqu’à la ferme de San-Carlos. Je n'avais vu, dans mon trajet, que des marais et des alluvions; seulement près de la
1. Dans un pays souvent inondé l’on ne peut parcourir le terrain qu'avec beaucoup de peine. Lors de mon passage à Magdalena , la saison des pluies, trop avancée pour aller par terre à cette colline, ne l'était pas assez pour qu’on y pût aller en pirogue.