III. Géologie
EE ferme, le terrain, piétiné par les bestiaux et enlevé par les pluies, me montra encore,
sous les alluvions, un limon argileux rougeätre, analogue à celui que j'avais rencontré
jusqu'alors. De la ferme, je naviguai sur les plaines inondées, à travers les cours du
Rio Chunano et Huarichona, et trouvai partout des marais couverts d’alluvions modernes, excepté entre ces deux rivières, où les limons argileux reparurent sur quelques points. Je les reconnus aussi très-bien développés, assez près du Rio Machupo, entre celui-ci et le Rio Huarichona.!
Le Rio Machupo prend sa source très-près du Mamore, non loin de la mission de San-Pedro; il traverse, au nord-nord-est, une très-grande partie de la province. Je le remontai, quelques lieues, jusqu’à la mission de San-Ramon, située sur sa rive droite, et j'aperçus, sur ses bords, des argiles limoneuses.
A San-Ramon je trouvai, sous ces argiles limoneuses, une véritable argile contenant un grand nombre de petits rognons de fer hydraté. Cette argile me représenta en tout la couche B de mon terrain guaranien de Corrientes?. C’est en effet la même enveloppe; ce sont les mêmes grains arrondis; placées l’une à côté de l’autre, ces deux roches n'offrent pas la plus petite différence.
A quelques lieues au sud-est de la mission, on voit un mamelon élevé de vingt mètres au plus, formé de grès friables que je rapporte aux grès carbonifères. IT est entièrement isolé dans la plaine.
De San-Ramon à San-Joaquin (environ dix lieues), je crus voir partout des terrains pampéens sur les berges du Rio Machupo; ces mêmes terrains couvrent tous les points non inondés des egvirons de San-Joaquin. Pourtant, sur la place même de la mission et autour, ainsi qu'à sept à huit lieues au nord-ouest, je remarquai, sous les terrains pampéens, de vastes lambeaux du tertiaire guaranien, avec rognons de fer hydraté.
En descendant le Rio Machupo, au nord, l’espace de plus de dix-huit lieues, je crus apercevoir partout le terrain pampéen; mais, avant le confluent du Rio Machupo au Rio Itenes ou Guapore, je vis encore un lambeau de terrain guaranien à fer hydraté.
Je restai quelques jours au Forte do principe de Beira (rive droite de l’Itenes), sur les possessions brésiliennes. Le Rio Itenes des Espagnols (Guapore des Brésiliens) prend sa source près de Mato-Grosso ; son cours, en suivant la direction générale de l’ouestnord-ouest, reçoit successivement toutes les rivières que J'avais vues jusqu'alors dans la province de Moxos. Auprès du fort de Beira, la rivière est au moins quatre fois aussi large que la Seine au pont Royal. La rive gauche est formée de terrains bas, inondés au temps des crues, ou de lambeaux de terrain guaranien; la rive droite, au contraire, s'élève en collines vers une chaîne de montagnes, l’un des rameaux du Diamentino, qui,
1. Ici, de même qu’à Corrientes, à la Laguna d’Ybera, c’est un lac qui sert de faite de partage entre les eaux du Rio Machupo et celles du Rio Huarichona. Ne pourrait-on pas demander aux géographes trop systématiques, qui veulent partout des montagnes, où ils les placeraient ici ?