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CHAPITRE VIII

' à AUiènes.— Affaire Mussurus.— Coletli.— Les ambassadeurn is. — Syra. — Causes du mauvais vouloir du Gouvernement en et de l'Angleterre contre la Grèce.

i>mine il fallait attendre le départ du paquebot l'Athènes allait rejoindre à Syra celui d'Àlexanf j'eus le temps de parcourir la yille, d'y Toir ieurs de mes anciens amis, tandis que, grâce aux instances politiques, je dus renoncer au plaisir I rencontrer d'autres. Sans entrer ici dans des ils si bien présentés par d'autres , et auxquels le pourrais rien ajouter, il suffira de rappeler 3n 1847 le chef du Gouvernement grec était etti, chaudement appuyé par la France, que résentait M. Piscatory , tandis que le ministre [lais lui était hostile et soutenait son rival, Mavrocordato. La flotte française, commandée par niral Turpin, semblait surveiller celle de l'Anglere qui menaçait le Pirée. La mésintelligence était ente, et comme je n'étais chargé d'aucune mis-

8ion, je ne voulais pas paraître en remplir une en voyant les hommes éminents du parti opposé au nôtre. Le ministre français habitait près de la ville une maison élégante, dont M°^^ Piscatory faisait les honneurs avec toute la grâce parisienne et dans laquelle on voulut bien m'admettre plusieurs fois; aussi était-ce le rendez-vous de la société et y ai-je vu les salons aussi remplis de visiteurs que dans les autres capitales. Coletti était parmi les plus assidus, et il a sans doute trouvé là bien des consolations, bien des encouragements pour supporter le fardeau sous lequel il devait succomber. Chez M. Piscatory, les soucis diplomatiques paraissaient s^accommoder assez bien avec la vivacité de son esprit et ses goûts d'artiste; c'était chez lui qu'on méditait et les fouilles et les réparations d'anciens monuments. Le baron Prokesch, en sa qualité d'Allemand^ suivait les travaux d'érudition ; il déchiffrait les médailles, les inscriptions, et avait converti en un musée une belle maison qu'il avait fait construire. Parmi les philhellènes mes anciens amis, j'avais retrouvé M. Dumont, devenu médecin en chef des armées grecques ; nous avions mené ensemble une vie assez vagabonde dans l'archipel que nous visitions, surtout à Naxos, dont nous fîmes le tour à pied » vivant du produit de la chasse et couchant où nous pouvions. Le commandant Thouret avait trouvé des

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iliers et un bel uniforme dont il manquait, aussi ;xi que son camarade le général MoUière, lorsqu'au ge de Chio il s'était rendu à bord de Tamiral Caris. Enfin, quelques visites au vaisseau de Tamiral irpin, à notre Ecole grecque, faisaient passer rapîîment le temps. J'eus aussi l'honneur d'entretenir i ministre Coletti, que j'avais connu à Nauplie; il essentait déjà les premières attaques de la maladie \m V emporta , et la conversation tomba sur une des dificnltés qu'on lui faisait. Les puissances chrétiennes avaient permis au Grand-Turc de leur envoyjer des ambassadeurs à résidence, comme elles font entre elles, et il avait choisi un nommé Mussurus pour l'établir en cette qualité près de la cour de Grèce. Ce Mussurus avait épousé une des filles de Vogoridès» ancien drogman de la Porte, et, suivant Tusage, avait probablement acheté sa nomination. Outre qu'à peine arrivé à Athènes il s'était fait le satellite de sir Edmund .Lyons, rien n'était choquant comme de voir un Grec représenter le Sultan à Athènes. Nous avons tous connu un sujet français , M. Pozzo di Borgo, résidant à Paris en qualité d'ambassadeur de Russie. Croit-on, malgré les qualités éminentes de son esprit, que cette position pût être bien digne pour son Gouyemement et pour lui, que les souverains près desquels il était accrédité fussent bien flattés? La Russie devait être représentée par un Russe et non par un

propriétaire corse. Elle ne manquait certes pas de gens capables de remplir dignement ce rôle, et le choix qu'elle fit montrait ou le désir d'intriguer ou la puérile ?anité de faire recevoir un si étrange représentant. L'envoi de M. Rossi avait eu un carac* tère analogue. Quant aux Turcs, c'est pis encore ; sans doute s'ils emploient dan» leurs légations prêt des. eoors européennes des Grecs instruits, aimables, diBlingués, ce ne peut que leur être agréable. On n'a pas crainte alors, si on va les visiter, de frapper à un harem de modistes, d'entremetteurs, de marchands de foulards, d'industriels de tonte sorte. Un plaisant ne peut pas parier, comme j'avais fait avec mon ami M. Baude, qu'il irait proposer à Son Excellence l'ambassadeur de la Sublime-Porte d'empoisonner le maréchal Soult et M. Guizot, parce qu'ils ne voulaient pas abandonner l'Algérie. Et cette proposition n'avait rien de bien osé, car Sa Hautesse avait écrit peu de temps avant à son délégué à Paris, à Reschid- Pacha, aujourd'hui ministre libéral, dit-on, de faire empoisonner je ne sais quel aventurier. Il est vrai qfoe ces ambassadeurs grecs , pour expliquer leur conduite, doivent avoir avec Gonstantinople de singulières correspondances. Mais en Grèce, là où h guerre de l'indépendance a été snrtout une guerre religieuse, l'envoi de M. Mussnrus était une insulte. Après s'être retranché dans ses privilèges diplomati-

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es, il était retourné à Constantinople. Sur les conils de r ambassadeur anglais , la Porte avait ré- »ndu en mettant des entraves à la navigation grecle, et de là de nombreux embarras étaient résultés. omme Goletti, élevé à la cour du pacba de Janina, onnaissail aussi bien les Turcs que les Grecs, je lui is remarquer combien il était absurde d'admettre des imbassadeors ottomans sur le même pied que les mtres^ de les prendre au sérieux : a Hélas ! me ré* pondit-ily vous avez raison et je le sais de reste; mais » outre que nous sooimes une jeune nation et que par conséquent nous ne pouvons avec conve* nance poser des prindpe&de droit public , on ne nous comprendrait pas; FÂngleterre est contre nous, et, seule avec la Russie, elle a d'intelligence des Maho« métans. La France, l'Autriche et les autres États du continent sont à ce sujet dans la plus complète ignorance. » J'ai bien peur que cette sentence peu flatteuse n'ait le mérite de la vérité.

Le paquebot qui nous conduisait à Syra était en* eoBibré, comme celui qui nous avait amenés de Louiraki, de passagers entassés péle-mâle; mais, à notre départ, le Pirée n'offirait pas un spectacle si imposant qa'à notre arrivée, car les vaisseaux anglais s'étaient retirés la veille. J'aurais pu parodier ce vers :

Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains.

Nous n^avions de voyageurs remarquables que la veuve de Karaîskaki , femme célèbre dans son temps pour sa beauté; le fils de Colocotroni, chargé pour Syra de quelque mission du Gouvernement, et enfin le médecin du roi Othon y qui profitait pour se promener de l'absence de son auguste client. La traversée se fit sans incident et nous ne tardâmes pas ni à arriver ni à débarquer. Nous ne trouvâmes pas. un hôtel comparable à celui d'Athènes ; on y était même fort mal logé et plus mal nourri, mais ce n^était pas moins un palais si on comparait à ce qui existait autrefois. J^avais habité, pendant que cette ile était le centre de mes excursions, la plus belle de ses maisons. Elle appartenait à un ancien courrier de notre cabinet, M. Manaraki, et tandis que des fenêtres on voyait la rue, le côté opposé donnait sur une place. Je cherchai vainement cette ancienne demeure^et bien qu'elle existât, je ne pus la reconnaître tant elle était misérable à côté des constructions nouvelles. La place sur laquelle elle donnait avait été couverte de maisons. Un beau club appartenant au commerce avait remplacé un pauvre café semblable à ceux de la Turquie, d'où nous allions observer l'arrivée des navires. Les huttes et les hangars qui formaient l'unique rue sur le rivage avaient fait place à de grands magasins. La population avait monté de 6 à 40,000 âmes. Tels avaient été les progrès de

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^ilie, dont j'avais pour ainsi dire vu jeler les xients, et que je retrouvais semblable aux péchés mercantiles de l'Italie.

le plus profond respect pour les actes diploma- ^ pour les explications qu'ils donnent de la conles gouvernements ; mais leur gravité même les :he souvent de signaler d'autres causes de conqu'on ne pourrait prouver et qui seraient peu ables. Comme je n'ai jamais vu le Gouvernement nique prendre une mesure sans qu'on pût ler l'intérêt actuel^ mercantile, matériel, qui le

agir , j'ai recherché s'il n'en était aucun de ce qui motivât ses rigueurs contre la Grèce, et il a pas été difficile d'en trouver. La prospérité

pays ruinait les lies Ioniennes par plusieurs s politiques et économiques. 11 est facile de comre que la Grèce continentale étant tranquille, ibitants ne sont plus poussés à transporter leur le et leur industrie dans les iles protégées par rillon britannique. H y a mieux ; la plupart )mmés n'aiment guère à obéir à des gens étran- >ar la langue, l'éducation, les habitudes, et la )n. Telle est la position des Ioniens par rapux Anglais, et le mode de domination de ceux-ci, nés qu'ils supposent leurs lois, ne la rend pas plus i>le. Si la bonhomie autrichienne ne triomphait e l'antipathie des Italiens, on peut comprendre

de quel œil les Grecs regardaient les Anglais. Ceux qui le pouvaient venaient donc se placer sous un gouvernement national plutôt que de supporter un joug étranger.

Par là s'explique Tétat stationnaire dont j'avais été frappé à Gorfou. Puis j les bénéfices agricoles étaient bien plus grands sur des terres presque vierges que dans des îles depuis longtemps cultivées. On ne pouvait se flatter de quintupler en quelques années les produits du sol de Gorfou comme on avait quintuplé ceux de Patras. La décadence conmierdale suivait nécessairement celle de la population et de Fagriculture. Avant que la Grèce fût libre, une bonne partie de ses produits s'écoulait sous le pavillon ionien, qui protégeait aussi ce qu'elle recevait en retour. Le commerce grec était en réalité et dans une grande proportion entre les mains des Anglais. Mais depuis l'émancipation, le pavillon national avait pris une incroyable extension. Lorsque la sotte querelle à propos de Mussurus se fut élevée, la France et la Russie permirent à leurs agents de donner leurs pavillons aux Grecs repoussés des ports turcs. Or, je tiens de M. Piscatory qu'une petite ile qui n'avait naguère que quatre navires dut demander deux cents expéditions. La jalousie du Gouvernement ionien est , comme on voit, assez facile à comprendre, et elle explique beaucoup mieux que les documents publics l'amertume

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des discours officiels, l^insolence des procédés em« ployés envers la Grèce par le lord haut commissaire et par le ministre britannique à Athènes. Sans doute ces personnages, à cause de leurs préoccupations, à cause surtout du peu d'aptitude qu^ont les Anglais à connaître les nations au milieu desquelles ils vivent, pouvaient être facilement dupes d^intrigants. Le mi« nistre, sir Edmund Lyons, qui, pour avoir conduit sur son navire le roi Othon, avait cru devoir gouverner la Grèce , pouvait montrer quelque dépit de son peu de crédit. Slhis ils n'étaient, des idiots ni Fun oi Tantre, et pourtant ils se montrent dans leurs rapports disposés à admettre toutes les accusations contre Goletti, et leur eût-on dit qu'il avait mis la lune dans sa poche, ils en auraient probablement transmis la nouvelle. Une irritation si vive et si constante ne naît pas de causes secondaires et accidentelles et ne me parait pouvoir s'expliquer que par celles que j'ai données. Les iles Ioniennes ne peuvent vivre à côté de la Grèce prospère, et seront absorbées par elle ; donc il iaut pour l'Angleterre que la Grèce soit troublée, qu'on y excite la crainte , la sédition et , au besoin , des révolutions.

Et s'il fallait une preuve plus évidente de ce que j'avance , croit-on que , s'il ne s'agissait d'un grand intérêt et presque d'une question d'existence, on eût osé couvrir de si ridicules prétextes les querelles faites

à la Grèce ? Si léger, si peu scrupuleux que soit lord Palmerston, se serait-il exposé aux huées du cootinent et de son propre pays pour recouvrer de la façon qu'il a fait tantôt de minimes arrérages de rentes, tantôt l'argent de quelques pots cassés ? On comprendrait encore qu'une première fois il n'eût pas calculé la portée de ses démonstrations; mais il avait vu, en 1847, l'Europe indignée se réunir à la France pour appuyer le Gouvernement grec ; il avait été forcé de reculer devant cette manifestation. Et il aurait recommencé en 1850 sans raison pressante, sous un prétexte, s'il se peut, plus misérable que le premier! Sans doute il comptait sur les troubles du continent ; il pensait que , cette fois , la France , divisée à l'intérieur, fuirait de nouveaux embarras. Il espérait aussi qu'elle ne trouverait plus chez les autres puissances les sympathies qui avaient accueilli la monarchie. Il s'est trompé, au grand honneur de notre Gouvernement, dont la résolution doit être plus louée encore que celle du Gouvernement qui le précédait, car sa route était semée de plus de dangers. Le président, le loyal général de La Hitte , notre ambassadeur en Angleterre , M. Drouyn de Lhuys , notre envoyé en Grèce, M. Thouvenel, tous ont offert au pays une de ces consolations que les malheurs publics rendent encore plus précieuses. J'étais alors à l'étranger, et je sais que le succès y a été salué par des acclama-

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tionsi aussi vives que chez nous. Lord Palmerston ne se serait pas exposé à ces échecs y ne se serait pas exposé surtout à l'humiliation qui l'attendait devant les pairs de l'Angleterre pour de ftitiles motifs.

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