‹ Voyage dans l'Archipel indienChapitre 18 sur 33 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

t k hotd des paquebots de la Compagnie orientale. ~ Laie ;essif pour les passagers de première classe ; insufOsance poiu passagers de deuxième classe. — Âden ; une de mes prophéties ilisée. — Incendie ; avarie k la machine du Précurseur. — Les Idives. — Geyi^n. — Po«lo-Pinang.

[otre agent consulaire, qui était d'ailleurs un rinégociant^ m'avait cédé quelques livres d'un café illent qu'on ne connaît pas en Europe, café bien Irieur à celui de Moka et qui croit dans de petites ées près de la Mecque ; il avait de plus mis à mes res son bateau pour me conduire à bord , Ce dernier rice n'était pas à dédaigner, car il s'élevait par- ; de furieuses discussions pour l'embarquement ; nd l'industrie des bateliers ne peut s'exercer une fois par mois, il faut qu'ils la rendent lucra- . J'eus le plaisir d'offrir le passage à plusieurs de ; compagnons dans l'embarras, et nous gagnâmes »aquebot qui était amarré à une grande distance. Il lommait le Précurseur^ et nous admirions ses portions colossales à mesure que nous approchions, as montâmes à bord, puis on y hi?sa notre bagage,

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et, iidèle aux recommandations qu'on nous adressait, je ne gardai près de nous que ce qui nous était nécessaire; le reste fut déposé dans le magasin. Pendant cette opération , aucune surveillance n'était exercée par les officiers ; on ne prenait aucune note des effets apportés par les voyageurs ; on n'apposait aucun signe pour les reconnaître. Le pursery ou com** missaire du bord, qui parlait très-bien français, nous montra notre cabine, nous indiqua ceux à qui nous devions nous adresser si nous avionis quelques besoins, et tout fut dit.

Le Précurseur était certes un magnifique paquebot, bien construit pour un service dans les mers de rinde; à la poupe se trouvait une dunette traversée par une galerie sur laquelle donnaient des deux côtés les cabines destinées aux voyageurs; ces cabines re* cevaient l'air par des persiennes, et comme la nôtre était précisément au fond, nous avions l'avantage de posséder de plus une fenêtre. Sous cette dunette étaient une longue salle à manger et quelques cabines encore, mais moins aérées que les premières. Quelques autres se trouvaient non loin de la machine et complétaient les chambres de première classe; celles de la seconde était sur l'avant; là aussi se trouvaient le carré des officiers, et, tout à fait à la proue, logeaient les matelots, d'ailleurs assez nombreux. Nous portions des animaux de loule espèce ; ici des vaches laitières,

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les porcS) puis un troupeau de moutons, des oies, ; dindons, de la volaille de tout genre, une cave n fournie d'assez mauvais vin, de la bière, des li- 3urs; il ne manquait que de l'eau de Seltz, mais chaleur a^ait été si forte que les voy%igeurs venus rinde avaient tout consommé et qu'il n'en restait is! Tels étaient et l'installation du navire et ses »yens de soutenir nos forces physiques. Quant au ïTsly il y avait une assez bonne bibliothèque, la iversation avec bon nombre de passagers et la isolation, plus grande qu'on ne croirait, d'observer marche du navire et de voir bondir les vagues* »us avions pour compagnons de voyage le général mmandant les troupes de Ceylan et sa famille, lis des jeunes gens, la plupart marchands, qui de-^ ient se répandre sur divers points de l'Inde ou de Chine* Tous étaient Anglais, à l'exception de six 1 sept Français, Espagnols ou Américains. Le çapiine était un homme de fort bonnes manières, sans étentions, mais sans l'autorité réelle nécessaire à >rd d'un navire de cette importance. Pour l'admistration, le purser était l'homme de confiance de la >mpagnie, celui qui était chargé du premier de ses itéréts, de ses intérêts d'argent. Pour la navigation, idministration des postes s'était réservé le droit de lacer à bord un de ses agents sans l'autorisation iiquel on ne pouvait pas faire un mouvement. Cet

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agent était choisi parmi d'anciens officiers de la marine royale , et son rang était supérieur à celui do csipitaine. Celui-ci se trouvait donc amoindri par ses deux acolytes , mais comme tous trois avaient une conduite très-convenable, aucun'inconvénient né résulta de cette organisation .

Les habitudes pendant la traversée étaient celles de ta société anglaise à terre. Noos nous levions de bonne heure pour prendre un bain, et on nous serrait une tasse de thé ou de café. Vers neuf heures^ les dames, en toilette du matin, sortaient de leurs ca^ bines et on procédait au déjeuner; secondé toilette à deux heures et second repas, le lunch; troisième toilette pour diner, et après on se rendait sur la vaste poupe, où les uns se promenaient, d'autres caïusaiént ou dansaient, car nous avions quelcpies musiciens portugais engagés à Bombay; puis on servait le thé, ce qui est encore un repas, et enfin on rentrait. C'étaient des festins de Baltfaazar, une bombance perpétuelle, et encore trouvait-on moyen de faire des extra. Deux fois par semaine on tuait à la boucherie, et ces jôur&-là on servait du Champagne, c'est-àl-dire qu'on ne buvait pas d'autre vin. Pendant cette traversée, j'ai vu, à ma grande surprise, quelques Anglais se relâcher de leurs habitudes. Us boivent, comme on sait, du thé au déjeuner ; mais comme on servait du vin pour les étrangers qui n'avaient pas la même cou-

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tume, beaucoup se rangeaient a la méthode du continent. J'avoue que j'aurais mieux aimé qu^on m'eût fait payer moins cher et être traité avec plus de simplicité; ces toilettes sans fin étaient fatigantes au delà de toute e3|)ression, et la bonne chère n'a de prix que si on n'en fait pas une habitude. Mais l'exagérëtîon du hixe et des dépenses entre précisément dans les combinaisons de la société britannique, et il suffisait pour s^en convaincre de considérer ce qui se passait aux secondes places.

Un Arménien de Bombay était allé en Egypte pour ses affoireSy après avoir jeté sa robe et pris l'habit européen ; il revenait avec nous, mais je ne le rencontrai qu'après pinceurs jours, car il était aux secondés places, ce qui hii interdisait toute communication avec ceux des premières. Il ne pouvait, bien que l'espace ne manquât pas , respirer Pair sur la poiipe, et se tenait avec trois ou quatre compagnons d'infortune tout auprès de la machine, jouissant de la chaleur qu'elle ajoutait à celle d'un soleil équàtorial. Le lieu où il couchait, situé dans tes mêmes régions, mais enfoui dans le navire, était un véritable troii a salamandres. Pour les repas, la déserte dé la première (ablè servait d'abord aux nombreux domestiques d^ deux sexes appartenant au paquebot et aux passagers; on les voyait, (juand les maîtres avaient fini , couvrir la table de nouveau et^ sons la prési-

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dence du maître d'hôtel, personnage important, recommencer ce que d'autres venaient de faire. Restait* il quelque chose, on le faisait passer aux passagers de second ordre. Pour eux le Champagne ne coulait pas à flots ; on leur mesurait tout, et les douceurs du bord, le lait, le beurre frais, les fruits, leur étaient inconnus. Il fallait qu'ils rongeassent leurs os et leur frein en silence , car ils n'auraient jamais osé récla** mer près du purser, et le maître d'hôtel même ne les écoutait pas; ils n'étaient pas gentlemen. On comprend qu'un Anglais, se contentant d'une seconde place, se résignant devant ses compatriotes à ce rôle de paria, aurait été montré au doigt, repoussé de leur société si loin qu'il allât la chercher : il aurait compté parmi les anges déchus. Ces mœurs aristocratiques servent merveilleusement les intérêts de la Compagnie qiii exploite les paquebots, car personne n'ose pren** dre de secondes places ; elles flattent les passagers des premières , assurés qu'ils sont de ne pas rencontrer ce qui leur est le plus odieux au monde, la pauvreté. nWellf iStr, m^ avait dit, dès mon arrivée, l'aubergiste dje Suez, auquel ses loisirs mensuels permettaient de méditer sur la politique, j'approuve ce que les Anglais et les Français viennent de faire les uns en Chine, les autres en Cochinchine; on a traité ces coquins comme ils méritaient ; je regrette seulement qu'on n'en ait pas tué davantage. Ce qu'avaient fait

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anglais se devinait assez, et d'ailleurs les jourde rinde le rapportaient. Us avaient de nouattaqué et rançonné Canton ; mais on se taisait los exploits en Cochinchine, et Thôte répétait e façon peu intelligible ce qu'il avait entendu lassagers débarqués la veille par le Précurseur. is très-curieux d'apprendre ce qui était advenu, 3 que la Cochinchine était un peu de mon resmon consulat se trouvant plus près que tout i de ce pays. Une occasion favorable s'étant préle, je demandai à ce sujet quelques détails, et le nissaire voulut bien me les donner. On ne s'éera pas que son rapport fût empreint de l'esprit dousie et de malveillance ordinaire envers nous, je vais d'abord exposer les faits. Des édits tresses avaient été publiés contre les chrétiens, et un ae catholique français, Mgr Lefebvre, avait été ïcuté aussi bien que d'autres missionnaires. On it déjà chassé une fois, mais il était revenu, avait écouvert, fait prisonnier, menacé de la mort, et lit eu la vie sauve que parce que des navires de I station s'étaient, sur l'ordre de l'amiral Cécille, intés à Tourane, capitale de ce pays. Renvoyé seconde fois, on l'avait mis à bord d'un navire pédié à Singapour en le recommandant au goumr. On disait à ce dernier que c'était à sa conlAion qu'au lieu de couper le cou à Mgr Lefebvre,

on l'expulsait du pays, et que s'il y rentrait, ce serait à ses risques et périls; on invitait le gouverneur à s'opposer à son départ. C'était placer le colonel Butterworth dans une position bien délicate : d'une part, il n'avait aucun droit pour empêcher l'évêque d'aller où il voudrait ; de l'autre , si l'évêque rentrait dans son diocèse, on ne manquerait pas de le lui attribuer, et cela pouvait amener une suspension des rapports entre les deux pays. Mais M. SegoTia, consul d'Espagne et qui était chargé du consulat de France, n'aurait pas permis qu'on gênât la liberté de l'évêque. Celui-ci, sachant très-bien ce qui l'attendait, s'était cependant résolu à partir et restait sourd à toutes les remontrances. Enfin le gouyerneur, soit pour le mieux protéger, soit dans un but politique^ lui avait proposé de le faire conduire par un bâtiment de guerre. L'évêque avait répondu qu'il n'acceptait que la protection de son pays ou^de ses ouailles, et il était parti sur une barque cochinchinoise montée par des chrétiens. C'était à la suite de ces faits que le capitaine Lapierre^ investi du com* mandement après le départ de l'amiral Cécille, s'était rendu à Tourane. Il conduisait avec lui un antre évêque, Mgr Foucade, qui connaissait les lieux, et on sait comment, menacé d'un guet apens, il fut forcé d'altaquer et de détruire une flottille cochinchinoise. Après cette opération, Mgr Foucade avait été

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!ché à Paris pour en expliijuer les . circonstances les avait racontées à bord du Précurseur y où il

passager. Le pur$er expliqua la chose autrei : suivant lui, le capitainç Lapierre avait, sans f ) égorgé des hommes sans défense ; malgré les ilications de Tévéquê qui s^offrait pour tout ar- ;er, il avait fait une inutile boucherie; on espébien qu'il serait désavoué et rappelé par le Goulement français. Telle est la justice des nations. Chinois et les Cochinchinois se ressemblent fort ; ^er par les armes ches les premiers le commerce i'opium est une œuvre pie; protéger par les mémoyens chez les seconds la vie de ses compaies et le christianisme s'appelle cruauté !

a sii jours nous avions effectué le même passage quelques années auparavant, m'avait pris quatre s, et nousjetions l'ancre devant Aden. Cette façon oyager n'est pas, à vrai dire, la plus instructive;

suivant toujours la route tracée pour éviter les ibreux écueils de cette mer, nous ne vîmes que ommets du mont Sinaï, puis ceux de l'Ararat, et a la chaîne plus élevée qui est à l'orient et dont

de Bab-el-'Mandeb paraît avoir été détachée.

;pect d' Aden n'est pas riant, et on ne voit s'élever »tttes parts que des rochers d'un rouge noirâtre isés comme au hasard les uns sur les autres. Us i formés de puniite et de basalte ; on voit aussi

des débris d'obsydienne, mais je ne les ai pas trouTés en place. Ainsi partout où j^ai touché en Arabie, soit sur le côté oriental , à Mascate, soit le long de la côte occidentale, et cette fois au sud» je n'ai jamais vu que des terrains volcaniques. Il y a cependant aussi du calcaire , à en juger par des échantillons que j'avais vus à Bombay et dont plusieurs contenaient des fossiles. Malheureusement, excepté pour ceux qui étaient venus de Tîle des Frères , leur gisement n'était pas indiqué. Quant à ce qu'on veut bien appeler la ville , je l'ai vainement cherchée , et comme j'ai un certain intérêt à prouver ce que j'avance, je vais dire en quoi elle consiste. Vers l'est, sur une colline, on voit une assez belle maison^ ou plutôt un bengalau de l'Inde entouré d'autres plus petits. Là demeurent le résident, commodore Haines, son assistant et quelques officiers. Sur le rivage , on voit une jetée pour embarquer et débarquer la houille qui est en partie sous des hangars et en partie exposée à l'air. Puis on arrive à la station qui sert de refuge aux passagers obligés de s'y rendre s'ils veulent échapper à la poussière du charbon dont on s'approvisionne à bord ; enfin l'habitation des Parsis de Bombay qui exploitent cette espèce d'hôtel et tiennent en outre un magasin. Suit-on la route qui, en prenant à gauche, franchit l'entonnoir formé par les rochers, on arrive à un camp de Cipayes composé

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ittes en nattes et où on remarque deux ca£és asses ement coustruits et une mosquée qu'on élève.

y ayait aucun navire dans le port, et il n'y vient e que ceux qui apportent du charbon et les paots qui le consomment. Du côté de la uier, je rien remarqué qui pût faire prendre Aden pour place de guerre, mais elle est mieux défendue ôté de la terre ; en un mot, cette ville était bien îe ce que j'avais dit qu'elle serait, un trou à rbon.

(n avait eu d'autres espérances, et les rapports sur 3elles destinées de ce pays n'avaient manqué ni gouvernement de Tlnde, ni à celui de TAnglee, ni même au nôtre. Comme je les avais toujours ibattus, j'étais flatté d'avoir réussi une fois dans liffîcile mission de prophète. J'avais quelque ten- 3n d'aller m'en vanter près du capitaine Haines, tre lequel j'avais rompu bien des lances à ce sumais comme les visites ne lui manquaient pas à rivée des paquebots, je crus plus discret de m'absir et résolus de rester à l'hôtel. Nous n'y allâmes . cependant aussitôt, car il fallait se préparer auavant; il fallait, par exemple, emporter de l'eau du rire, car celle du pays est si saumâtre que si on it la payer on la fait venir de Bombay, et elle est irs à peu près aussi chère que le vin. En attendant e les préparatifs fussent faits, les nègres employés

au transport du charbon nous donnèrent le spec*tacle très-amusant d'une bataille dans l'eau. Ils avaient entouré notre navire de leurs canots, se je* taient à la mer, et là se lançaient avec une grande adresse de petites courges sauvages. Us se baissaient pour éviter les projectiles, se dressaient pour attaquer, fuyaient, avançaient avec une agilité merveilleuse, et si on laissait tomber une pièce de monnaie, elle n'arrivait certes pas jusqu'au fond. Ces nègres venaient de la côte d'Afrique, de cette partie que les cartes indiquent comme appartenant à l'Abyssinie ; ils n'avaient pourtant pas cette physionomie si caractérisée des Abyssiniens, mais semblaient un intermédiaire entre eux et les Nubiens. Ils portaient une chemise bleue, et bon nombre avaient les cheveux teints en jaune, ce qui les rendait horribles. Comme je ne leur vis pas faire la prière aux heures voulues, je crois qu'ils n'étaient pas mahométans; du reste, et sans doute par crainte de quelque trahison, on ne laissait pas ces derniers s'établir parmi eux.

Nous passâmes à Aden une journée aussi étouffante qu'ennuyeuse, et après avoir employé la nuit à combattre d'innombrables légions de rats, nous reprimes la mer. Nous n'étions encore que par le travers de Socotra que le feu se déclara à bord ; on se hâta de faire jouer les pompes, et comme nous avions notre chargement complet de charbon , il fut très-

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cile de trouver le foyer de l'incendie, que Ton int à éteindre. A ce danger en succéda peu après iutre tout aussi sérieux, car nous n'étions plus erts par les terres et , la mousson s'étant y le yenl du sud^-ouest soulevait la mer en va- I furieuses. Au milieu de la nuit nous sentîmes secousse comme si le navire eût frappé sur un er. Tout le monde fut aussitôt sur pied; un on unissant les deux montants de la machine en tournant, soulève et abaisse les pistons, s'é- 3risé^ et la masse de fer n'étant plus retenue était )ée, ce qui avait produit la secousse. On ne ait songer à réparer ce boulon qui avait un pied iamètre ni à bo»rd, ni même, disait-on, à Cali. En attendant, les roues n'étant plus unies, si m faisait tourner une, tomme il était possible, re faisait obstacle, et en tout cas il était difficile lanœuvrer le navire. Comme nous n'avions pas oisir, après un conseil tenu entre l'agent de la s et le capitaine, nous continuâmes notre route sans péril; au lieu de 240 milles par jour que faisions auparavant, notre marche fut réduite à f mais enfin nous atteignîmes le groupe des Mal- ;, où nous nous réfugiâmes pour réparer ce qu'on rait des avaries, et on réussit en effet à diminuer sistance de la roue qui ne manœuvrait pas. Nous iS en face d'une grande ile nommée Atlomate et

sur laquelle nous descendîmes ayant à notre tête le commissaire du navire. Elle était habitée et on y voyait un village semblable à ceux de la côte de Malabar ; les habitants devaient être de la secte des Maplais de Plnde, c'est-à-dire des mahométans Chiites dégénérés, si on en jugeait par leur cimetière, dont toutes les tombes tournées du même côté étaient surmontées de petits pavillons blancs. Ils ne cultivaient que des cocotiers y mais devaient s'adonner à la pèche et au commerce, car nous vîmes plusieurs embarcations. C'est pour cela probablement que notre présence ne parut ni les étonner ni les alarmer. Ils acceptèrent sans cérémonie des cigares, nous offrirent des cocos, et firent avec nous le tour de l'île, où nous passâmes le temps à chasser des crabes et à ramasser des coquilles très-abondantes et très-variées. Ma femme, qui nous avait accompagnés, excita seule leur curiosité, car elle était en effet la première Européenne qui eût mis le pied dans cet archipel.

En une journée nous arrivâmes des Maldives à Point-de-Galles, où M. Rey, mon chancelier, venu directement par Marseille, m'attendait, et où les voyageurs devaient se disperser. Les uns, ceux qui se rendaient à Calcutta, restaient sur notre paquebot boiteux et destiné à entrer à l'hôpital, c'est-à-dire dans les chantiers. Un autre attendait les passagers pour la côte occidentale de l'Inde, et un troisième, le Pékin,

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destiné à ceux qui, comme moi, allaient vers la le. Mais la séparation n'eut pas lieu sans confu- , sans malentendus. On jetait pèle mêle sur le

les caisses de la poste et les effets des passagers. lerchai vainement une malle dans laquelle j'avais 3rmé le plus pesant de mon bagage, et ne pus la ver. Le capitaine et le purser étaient allés les aiers à terre, et le lieutenant qui les remplaçait, 'e que ses amis étaient venus le féliciter, ne courait pas de la dignité d'un gentleman de s'enrir de telles misères.

iltant descendu au magasin pour faire des rechers , comme elles étaient inutiles , les gardiens me 3nt que rien ne se perdait chez eux et que je vais certainement rien déposé ; enfin je dus me igner et transporter le reste de mou bagage à bord

Pékifif prendre ma place ; puis je me rendis à re, où on me vola mon manteau ; je l'avais laissé ds le canot qu'un aubergiste chez qui logeait

Rey m'avait dit lui appartenir et dont il m'avait ié de disposer. Ce manteau fut perdu; mais ma isse embarquée pour Calcutta me fut renvoyée de là Singapour ; comme on ne s'inquiéta pas cette fois I la mettre à terre, elle alla à Hong-Kong ; je ne la eus que quatre mois après ; mais , je dois le dire» le était en fort bon état. L'île de Ceylan est/diton, i plus belle partie de l'Inde , et M. Rey , qui était

allé à Colombo, la capitale, faisait ud pompeux éloge de la végétation, de la variété des fleurs et de la magnificence des arbres. Je ne pus juger que du lieu où nous étions : le paysage était assez frais, et je reconnus une ville semblable à toutes celles des Portugais dans l'Inde, à laquelle les Anglais avaient ajouté quelques-unes de leurs confortables habita^ lions. Nous étions d'ailleurs pressés, car le navire partait le soir même; puis nous devionsexprimer nos félicitations et nos regrets aux voyageurs que nous quittions et qui avaient été pour nous pleins de politesse. Nos félicitations étaient à propos d'un mariage conclu abord, comme il arrive souvent pendant lea'traversées de l'Inde, et qu'on nous avait officiellement annoncé. La nièce du général commandant à Geylan allait épouser un négociant de la Chine, et le futur^ au lieu de venir à Canton, se rendait à Calcutta. Pendant tout le temps que nous fûmes à terre, des marchands nommes Banians nous assaillirent de leurs offres : ceux-ci voulaient nous vendre des objets d'ivoire, ceux-là des meubles en ébène ou en d'autres bots rares dont l'tle abonde. Les plus nombreux montraient des pierres précieuses , parmi lesquelles on voyait surtout des rubis, des opales et des saphirs. Bien que plusieurs fussent probablement fausses, comme on nous en avertissait^ il devait y en avoir de vraies, car on en a toujours trouvé dans l'intérieur.

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Je n'omettrai pas ua fait qui eut lieu pendant tre court séjour à Ceylan. Le commandant en chef s troupes de Jaya retournait en Hollande et avait \ conduit jusqu'à Point-de-^ialles par un paquebot argé de prendre et de porter directement à Batavia i correspondances venues avec nous« Je ne sais telle circonstance commerciale donnait un grand térèt à la prompte arrivée des dépêches. L'agent de poste anglaise refusa net, et comme on n'avait pas 1 prévoir un refus, on n'avait pas envoyé prendre 1 lieu ordinaire, c'est-à-dire à Singapour, des lettres l'on attendait par une voie plus prompte. Il en réilta un retard dont les négociants anglais ne manlièrent pas, dit-on, de profiter. Cet exemple montre )mment, par des règlements postaux seulement, Angleterre tient )a Hollande dans une espèce de épendance.

Le Pékin était beaucoup plus petit que le Précur^ Bur et n'avait pas une dunette pour loger les passaers ; mais les cabines disposées autour de la salle taient très-commodes et avaient de grandes fenêtres lour la circulation de l'air. On ne perdait rien pour a promenade parce qu'elle avait toute la longueur dii )ont. Malheureusement ce navire était nouvellement irrivé dans l'Inde, et, obligé d'attendre tantôt ici, antôt là pendant sa longue traversée, des mollusques 3t des plantes marines s'étaient attachés à ses flancs

et retardaient sa marche. On nous disait qu'il avait épuisé ses provisions, et Point-de-Galles n'était pas, il faut l'avouer, un lieu bien choisi pour les renouveler. C'était peut-être un prétexte pour opérer des économies toujours agréables à l'administration , et nous le soupçonnions en voyant que son agent principal, le purser, trouvait souvent moyen de se faire servir à part un bon repas. Nous fûmes donc très-mal nourris, et, pour des gens qui payaient si cher, on ne nous donnait même pas ce qu'on trouve à bord des navires de commerce, du pain frais. Il fallut se quereller pour qu'on ne forçat pas les passagers du continent, qui n'y sont pas habitués, à boire du thé ou plutôt de détestable eau chaude sans lait à leur déjeuner. Peutêtre la mauvaise chère agissait-elle sur le tempérament, mais parmi les nouvelles figures que nous voyions à bord nous ne trouvions de gracieuse que celle d'un négociant anglais qui allait, accompagné de sa femme, rétablir sa santé sur les montagnes ; ils avaient , eux ,. emporté des provisions. L'agent de la poste , vieillard qui n'avait pas dépassé le grade de lieutenant, était morose et grondeur; le capitaine était pompeux, affectait les manières d'un officier de la marine royale, et avait pour principal souci de démontrer qu'il était gentleman. Les officiers, excepté un très-aimable docteur, se mêlaient peu à nous, et nous évitions le purser.

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Chacun d'ailleurs avait ses préoccupations, et des Lcidents désagréables se succédaient. Je doute, par temple, qu'une jeune personne à laquelle était ad- 3nue une aventure pareille à la mienne pût être ien gaie. Elle allait se marier en Chine, où la conuisait, de FEcosse, un des amis de son futur. Sa 3rbeille et ses habits de noces, soigneusement énormes dans une malle , avaient été dirigés sur Calutta, et, fût-elle la plus belle du monde, une fiancée l'aime pas à se produire en robes de voyage. Puis, in jour on volait les rasoirs d'un Espagnol, des ajus^ ements de femme , ce qui tenait tout le monde sur e qui-vive. J'avais eu deux sujets de contrariété d'une lutre nature; comme le Pékin avait à bord les journaux ie Singapour, j'y avais lu une relation de l'affaire ]e Tourane accompagnée de commentaires plus sffensants encore que ceux du commissaire du Pré^ curseur. Ils contenaient aussi une proclamation inconvenante de la nomination de M. de Ratti-Menton et de la mienne. Elle était conçue d'après la formule usitée quand il s'agit de personnes subordonnées au Gouverneur. La voici : « Le Gouverneur-Général annonce que c'est son bon plaisir que M. ....... soit

consul de France à » Le colonel Butterworth

avait, comme il y était d'ailleurs obligé, publié la même nouvelle en usant des mêmes expressions. Que dirait l'Angleterre si on faisait connaître en termes sem*

blables Texistence de son conftul à Alger? J'étais peu flatté d'avoir avant tout à adresser des remontrances à ce sujet, et je ne pouvais cependant m'en dispenser. Je fis remarquer que j'étais nommé par le roi Louis- Philippe et autorisé par la reine Victoria ; que je n'avais nul besoin de l'agrément du Gouverneur- Général ; que son devoir comme le mien était d*obéir, que ce fût ou non son bon plaisir. Quelque temps après je reçus an accusé de réoeption^ et on ajoutait que M. de Ratti-Menton n'avait pas jugé utile de se plaindre, ce qui ne me regardait pas. J'avais, pendant la traversée , préparé ces observations, et elles devaient être transmises en France par le paquebot qui allait nous croiser dans le détroit. Ce fut avec un grand plaisir que nous arrivâmes à Poulo-Pinang, et que nous vîmes s'approcher le terme de notre voyage.

Je Commençai là à user des recommandations de M. de Lagrené qui m'en avait remis une pour le résident, M. Garling. Comme il ne logeait pas en ville^ j'allai d'abord aux informations chez un missionnaire fort distingué, M. l'abbé Bigandet, où vint bientôt me joindre un autre compatriote, M. Donnadieu, que j'avais connu dans l'Inde. Il se chargea de' ma famille pendant que je faisais ma visite. Comme la population ressemble à ceHe de Singapour, est un composé de Malais et de Chinois , je la décrirai plus

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rd. L'île elle-même est très^petite et forme un cône 3s*-élevé au sommet duquel se trouve l'hôtel du aiverneur, qui y était dans ce moment. Autour de la Lse le terrain est plat, marécageux et envahi parfois ir la mer. C'est là^dessus qu'est bâtie la ville, dont sispeci est d'ailleurs assez misérable. Les maisons mt pour la plupart en bois et souvent sur pilotis, a campagne, cette partie du moins que je suivis pour lier chez M. Garling, est à peine cultivée. Aussi les éritables affaires de l'île ne sont-elles pas dans l'île léme, mais de l'autre côté du détroit, sur le contient. Là se trouve un sol très-riche et très-approprié

la culture du sucre. C'était une industrie de ce ;enre que dirigeait M. Donnadieu, qui y employait les Chinois. 11 y allait souvent, mais vivait dans l'île ivec sa femme et un associé , M. Barban , qui se chargeait spécialement des opérations commerciales.

M. Garling me reçut avec beaucoup de bienveilance et me retint à déjeuner. Il vivait là dans une de ^s belles maisons de l'Inde si renommées par le luxe 3t l'élégance, et qu'il aurait quittée avec plaisir pour quelque temps, disait-il, s'il avait pu la retrouver au retour. 11 voulait se rendre en Europe, mais comme un congé entraine la perte des emplois et que les fonctionnaires sont peu nombreux dans ces établissements, il aurait été obligé d'attendre longtemps qu'on le replaçât. Malgré ses instances , je refusai d'aller

dans sa compagnie visiter quelques établissements pu-* blics, et bien m'en prit, A peine étais-je entré chez M. Donnadieu qu'un coup de canon annonça le départ, et nous dûmes regagner le port à la hâte.

En deux jours nous fûmes à Singapour, et ils avaient suffi pour qu'on volât le manteau de ma femme. Je le dis au purser avant l'arrivée, mais il laissa les domestiques soupçonnés se rendre à terre sans avoir fait de recherches; j'écrivis même au capitaine, qui ne me répondit pas.

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