CHAPITRE XII
Géologie et AgricuUure de Singapour. — Élémei^ls qui coiuposeal la population. ~ Commerce. — Tentatives des Anglais sur l'Ile Souloa. -^ Sif Jobn Davis offre inutilement au roi de Cocllinchibe un traité de commerce. — Les naufragés de la Viciontiae,
Le premier devoir d^un agent consulaire est d'étudieir le pays où il réside et ceux avec lesquels il a les rapports les plus suivis ; cette étude était très-facile à Singapour^ grâce auf ressources intellectuelles qu'offre cette ville. Sous la présidence du gouverneur, une t>ibUothèque publique avait été établie par souscription ; on publiait deux journaux et une revue fort i];itéressante exclusivement consacrée à l'archipel Indien. Tout le monde s'empressait de donner des notes à ce dernier recueil, et le colonel Butterworth stimulait pour cela le zèle des contributeurs ; elle était dirigée par un homme de loi, M. l^ogan, ^ien connu comme géologue. Là, dans deux Mémoires, l!un du colonel Low, l'autre du consul des États- Unis, M. Balestier, se trouvent décrites la géologie
et Tagriculture de File. Selon le colonel Low, Singapour serait formée de granité qui ne se montrerait à découvert qu'à Bukat-Tima, point le plus élevé y et les autres collines seraient des formations de grès et de marne stratifiées. Comme j'ai vérifié les observations de M. Lov^, je crois qu'il a raison en général ; mais j'ai trouvé le granité très-apparent sur la route qui conduit à la plaine consacrée aux courses de chevaux. J'ai cru reconnaître du porphyre décomposé à la montagne même du Gouvernement^ et quant à la marne , je me suis assuré qu'elle était composée presque entièrement de feldspath, une sorte de kaolin. Ayant communiqué cette opinion à M. Logan, il me dit l'avoir eue lui-même, ce qyi lui avait fait envoyer des échantillons à Calcutta. Là on en avait obtenu de la porcelaine semblable à celle de la Chine. Cette industrie pourrait donc s'établir à Singapour. Les observations de M. Low sont d'autant plus utiles que le voisinage de terrains volcaniques et la couleur des rochers les avaient fait prendre pour du basalte.
M. Balestier, qui avait fondé une grande plantation de cannes à sucre était très-compétent pour parler de l'agriculture ; selon lui, il n'y a guère d'autres cultivateurs que des Chinois qui émigrentde leur pays pour quelques années. Ils plantent du poivre et du gambier dans les parties vierges du sol; pour cela ils
DA^S L'ARCIiIP£L IXDILN. 18Ô
défi'ichenl les forêts. La meilleure culture est celle du muscadier, et plusieurs Européens y engagent des capitaux. Le gérofle réus^t mal, mais les plantations de cocotiers promettaient des bénéfices, car ils donneront plus tard pour la consonunation du pays rbuile et les noix qui venaient d'ailleurs. La culture de la canne avait mal réussi non à cause du sol, mais par suite des mesures fiscales de l'Angleterre. Les végétaux qui craignent Thumidité, comme l'indigo, le café et le coton , ne réussissent pas. Les fruits de Singapour sont très-variés, mais l'ananas et le mangoustan passent pour y être meilleurs que dans tout autre pays. Aucune espèce de ceux de l'Europe n'y peut être cultivée.
La population de Singapour s'élève à soixante mille âmes environ ; sur ce nombre on compté quatre cents Européens, dont aucun ne cultive le sol ; une population d'indigènes, de Malais, qui ne s'élève pas à vingt mille, et quarante mille Chinois. Ces derniers sont de pauvres gens qui se répandent dans l'Archipel pour y chercher fortune et rapporter quelques économies dans leur pays. En une année, de 1847 à 1848, il en était venu ainsi plus de dix mille. On les divise en quatre classes principales : les See^ ou lettrés; ce sont des acteurs , des écrivains; les Long y ou cultivateurs ; les Kong y comprenant les ouvriers, charlatans; et enfin les Siang, marchands ou
boutiquiers. Ou n'en compte que deux mille qui soient mariés^ la plupart avec des femmes indigènes. Gomme les agriculteurs ne se^ trouvent que parmi les Chinois et les Malais, leur nombre i^e peut étre.trèsconsidérable, car il faut retirer de la population totale la moitié. au moins qui estemployée en vil)e. On ne doit donc pas regarder, les produits du sol comme un grand élément de la prospérité du pays; cette prospérité est toute dans 1^ compierce.
L'industrie est aussi aux mains^ des Chinois; ils exercent presque tous les métiers, tiennent la plupart des boutiques, et sans eux on serait fort embarrassé pour vivre, car ils sont bien plus industrieux que les Malais, et leur religion nç leur interdit aucune des choses défendues à ces derniers. On les emploie dans les maisons des Européens; ils font pour eux. le pain, la cuisine, procurent de. la viande, services que d'autres ne rendraient p^s volontiers. Ilç foiit niême des robies de femmes» çt c'est pour cela s^ns doute qu'un auteur moderne s^ di^ qu'ils leur servaient de valets de chambre. C'est bien pew tenir conipte vraiment di\ décorum qui n'abandonne jamais Içt^ 4s^ffl€iç anglaises, même quand leur conduite n'est pas parfait^, que de lancer une pareille jmpuiation. h cpigm^is toutes les danses de Singapour, et probablement leurs femmes de chambre, ou ayahsy qui, si pareille nouvelle eût été vraie, n'auraient pas manqué de nous en régaler;
car elles colportent très-bien les commérages. Eu tout cas, Tasser tion ne contribuera pas à faire accueillir avec plus d^empressement et de confiance les Français qui iront plus tard dans ce pays.
Beaucoup de Chinois apprennent promplement l'anglais» et un jour j'en trouvai un qui parlait fran* çais; il avait été conduit à Paris par un missionnaire. Malheureusement il s'était adonné, comme la plupart de ses compatriotes, à fumer de T opium, et je ne pus le garder. Grâce aux qualités de ces Chinois, Singapour est bien une ville du Céleste Empire plus qu'une colonie anglaise; ils y gardent les mœurs, les coutumes et, malgré la police, jusqu'aux lois de leur pays. Ils ont élevé à l'extrémité de la ville une très-belle pagode dans laquelle on peut entrer librement ; elle est femj^ie d'images et de statues grotesques et horrible» à voir, devant lesquelles brûlent des bougies odoriférantes. Us ont tout près un théâtre où l'on fait un étrange vacarme pour appeler les spactateufs. Plus loin est leur cimetière, beaucoup moins triste que les nôtres. Us n'enfoncent presque pas leurs cercudls en terre^ mais ils les ornementent et les colorient avec beaucoup de goût; ils mettent aussi toute la pompe possible dans leurs cérémonies funèbres , accompagnant le mort du bruit des instruments et formant, dans leurs plus beaux habits, d'interminables processions précédées de lan-
ternes. A part cette circonstance, tous sont vêtus à peu près de même, d'un pantalon court et d'une chemise bleue; une longue queue tombe à leurs pieds, et leur tête, à moitié rasée, est découverte le plus souvent. C'est dans cet équipage qu'ils fréquentent ]es lieux publics, où la police est toujours à leurs trousses; comme ils sont assez querelleurs, ils se servent de leur queue comme d'une corde pour se frapper et, si on en arrête plusieurs, elle n'est pas moins utile, car elle devient un lien pour les attacher les uns aux autres et les empêcher de s'enfuir. C'était un curieux spectacle de voir tous les matins conduire au bureau de la police, ainsi unis deux à deux, les vagabonds pris pendant la nuit. Leur nombre était fort considérable, et encore bien des vols, des méfaits, étaient-ils inconnus à l'autorité. C'est qu'en effet ces Chinois étaient souvent affiliés à des sociétés secrètes de leur pays, et il n'était pas sans danger de les dénoncer.
Les Malais sont une race plus grave, moins active que les Chinois. Us portent des pantalons de couleur, une manière de turban fort disgracieux, et leur principale occupation semble être de mâcher du beteh Ils se piquent d'avoir les dents noires, et à chaque instant, on voit une salive rougeâtre sortir de leur bouche. La plupart se livrent au commerce et à là navigation ; d'autres sont marchands , mais j'en ai
1?it
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\n bien peu dans les campagnes. Ils servent surtout en qualité de cochers et de palefreniers. Ils sont mahométans, et c'est parmi eux que les missionnaires anglicans cherchent à opérer des conversions, ce qui est assez difficile. Les catholiques réussissent mieux avec les Chinois, dont plusieurs milliers suivaient les églises ou les écoles de l'abbé BeureK Grâce à ses rapports avec une portion si considérable de la population, ce missionnaire était mieux informé que personne de tout ce qui survenait à Singapour, et bien des fois ses avis avaient été d'une grande utilité au Gouvernement. La description que je viens de faire de la population de Singapour s'applique à celle de Pinang et, je crois, aussi à celle de Malacca que je n'ai pas visité.
J'ai déjà indiqué le commerce de Singapour qu'on pourrait appeler européen, celui qui se fait sur de grands navires ou sur des paquebots» qui comprend la Chine, l'Inde, l'Anglelerre et le continent d'Europe. Il en est un autre d'un genre tout différent et pour ainsi dire local, qui se fait avec l'Archipel et les parties voisines de l'Asie. A une époque de l'année, lorsque la mousson s'est ouverte, on voit le port se couvrir de bâtiments malais nommés buguis et de jonques chinoises. Les premiers étaient, pour l'année 1847, au nombre de 110, et les seconds, de 9! ; le tonnage de 15,000 pour cénx-ci et 3,200 seulement
pour ceux-là. C'étaient des vaisseaux assez semblables aux haglo$ arabes qui naviguent dans la mer Rouge et le golfe Persique avec une énorme voile^ difficiles à manœuvrer et qui ne peuvent avancer contre le vent. Les voiles chez les Chinois éiteîeni renq[dacaes par des nattes. Ainsi nous recevions tous les produits de TArchipel et de ta Chine , produits dont je donnerai la nomenclature à la fin de ce livre, mais qu'il serait trop long d'énumérer ici. Ceux de Siam nous venaient également sur des vaisseaux à Teuropéenne et appartenant au roi. Ce concours était dû à la franchise du port ; mais les Hollandais ayant accordé la même franchise à Macassar, il tendait à diminua. Ce dont on ne saurait trop s'étonner , c'est qu'en retour de ce qu'ils vendaient, le Gouvernement anglais permit qu'ils achetassent en grande partie des armes et des munitions de guerre. La plaie de ces mers est la piraterie, et tel navire qui aujourd'hui fait le commerce l'exercera le lendemain. L'Angleterre et la Hollande ont des traités pour entretenir des croisières, se renvoient le reproche de manquer de surveillance ; on enlève des bateaux jusque dans le port de Singapour, et on fournit aux pirates, sauf à les détruire après, le moyen d'exercer leur industrie I Ce commerce de huguis ne s'élève pas moins à plusieurs millions de francs, et qui saurait la Ungue^qui pourrait aller à la recherche , trouverait à leur bord de
bien curieuses choses. J'y ai tu des variétés de qua* dmpèdes et d'oiseaux dont la description n'était nulle part; un singe de deux pieds de haut, d'une couleur rousse, et dont les bras avaient trois fois la longueur des jambes ; au lieu de reposer sur celles-ci, il était toujours suspendu par ceiix-là. Puis des lori et d'autres perroquets de couleurs très-variées; des pigeons de couleur jaune avec le tour des yeux rouge. Malheureusement il n'était facile ni de garder ni d'envoyer ces animaux» et les conserver en peau était presque impossible à catise de l'humidité et des fourmis. Le gouverneur avait cependant formé une ménagerie et une volière assez considérables et trèscurieuses. On y remarquait surtout une superbe panthère noire et un sarigue de la Nouvelle-Hollande.
Un Chinois nommé Wampou avait aussi des curiosités trè&>remarquables. 11 était fournisseur de la plupart des navires, qu'ils fussent de guerre ou de commerce, et aussi de la phipart des maisons européennes. Il faut confesser notre ignorance, nous qui sommes si fiers de notre civilisation. Sans Wampou nous n^aurions jamais eu ni de la viande, ni du béunre, ni même du pain. Il remplissait pour nous les fonctions d'intendant, et chacun avait chez lui un r^istre sur lequel on portait les dé|)enses, qui, on le conçoit, n'étaient pas réduites. Outre qu'il était fort
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riche, avaitde grands magasins remplis des plus beaux, des plus riches articles de la Chine, il étaii encore très-gracieux de sa personne^ très-poli , très-oblîgeant. Comme il avait élevé à quelque distance de la ville une maison tout à fait de son pays, car dé là étaient venus le bois, les portes, les fenêtres et Tameublement qui la composaient, il nous invita à la visiter. Nous passâmes par des ouvertures rondes fermées ayec des portes à coulisses et contemplâmes toutes ces merveilles. La plus grande était certainement un orang-outan bar bille en Malais et peut-être plus civilisé que beaucoup d'entre eux. Wampou le faisait parfois manger à sa table, et il s'y comportait si bien que les officiers de la garnison furent jaloux. Ils possédaient un ours et l'invitèrent aussi à partager leur repas; peut-être lui auraient-ils appris à se comporter aussi conyenablement que le singe si leur .chef, le major Carthew, n'avait expulsé le nouveau convive. Ce singe ressemblait parfaitement à celui que j'ai vu vivant au jardin zoologique de Londres, à d'autres qui sont empaillés à Leyde et, quoi qu'on dise, à celui bien plus grand qu'on vient d'apporter à notre Muséum. Il a avec un vilain Malai une telle ressemblance que ma femme, qui a une grande horreur pour ces animaux, ne fut point effrayée en le voyant. Wampou possédait encore un singe blanc qui était évidemment un papion.
is des relations commerciales naissent nécessaiit des rapports poli tiques^ et ils étaient assez iqués à Singapour. Je donne à la fin de ce livre té conclu en 1824 entre la Hollande et TAnre, et il ne signifie rien ou il veut dire que la le de ces puissances se réserve d'étendre sa lation sur le continent, mais renonce à toutes >s excepté Singapour. Comme d'un autre côté lande n'a qu'un pouvoir nominal sur la plus e partie de l'Archipel, il eût été bien difficile tppeler à elle dans la plupart des contestations, illait s'adresser à une multitude de chefs. De là orrespondances multipliées et quelquefois des isades. Il en vint une quelque temps après ihon le et avait la piraterie pour origine. Sur la ntier ine et à Test de la presqu'île de Malacca, se 3 ce qu'on nomme le royaume de Tranganon.
ateaux de Singapour y avaient été arrêtés, et 1 le gouverneur le sut, il envoya des personnes ées de les réclamer. Parmi elles se trouvait un
nommé AbduUah, qui écrivit la relation de oyage, livre qu'a traduit le savant M. Dulau- De là naquirent de bonnes relations ; le gouverfit quelques cadeaux au rajah pour avoir rendu arques, et celui-ci vint remercier ou plutôt cher-
à obtenir davantage. On le fit débarquer en Je pompe au bruit de l'artillerie; puis on le
logea dans un hôtel retenu pour lui, où il fut traité aux frais du Gouvernernent, et enfin il (ut reçu par le gouverneur entouré des autorités. Il resta ainsi plu- ' sieurs jours, et j'engageai M. Rey, qui parlait trèsh* bien malai^ à aller le visiter. Il le trouva accroupi par terre y presque nu et fort occupé à mâcher du bétel. Quand il sut que M. Rey était Français, son premier soin fut de demander des nouvelles de Banapouti (Bonaparte) et de garder le silence sur son propre pays. Nous n'en apjMrimes donc rien, et j'eus une fois encore la mortification d'entendre représenter Napoléon comme un géant ou comme un farîsLàety car les Asiatiques se le figurent ainsi» Je me plaignis au colonel Buttervrorth de ne m'avoîr pas fait connaître sen hôte taudis qu'il savait que je cher^ chais des curiosités d'histoire naturelle» « Ah ! répondit-il, vous auriez voulu vmr un pareil animal ? Regardez le plus sale Malai passant dans la rue ; il est mieux que lui. » Et le gourerneur disait vrai^ comme je pus m'en asmirer plus tard.
Les ra{^rts de l'Angleterre avec le rajah de Tranganon n'avaient certes rien que de conforme aux traités , mais j'ignore s'il en était de même de ceux qu'on voulait entretenir avec le chef de l'Ile Seulou, une des plus importantes de l'Archipel. Un jour M. Segovia, qui était revenu occuper son poste de consul d'Espagne, nous adressa une note à ce sujet.
DANS l'archipel INDIEN. 195
lit qu'à la suite d'attaques des gens de Soulou
) des habitants de Manille^ on ayait, en 1836,
) des représailles, et qu'un traité avait été conclu
)nférait à l'Espagne certains privilèges. Cepen-
[e consul de Portugal, en sa qualité de négo-
qui connaissait parfaitement le pays, avait ex-
à plusieurs reprises à Soulou un navire sous
on anglais , et l'aurait chargé d'obtenir des
iges qui auraient annulé ceux de l'Espagne.
igovia dénonçait le fait au gouverneur , et de*
ait si son intention était d'appuyer ces menées.
ilonel répondit négativement ; mais comme les
i de Soulou n'avaient pas moins été excités et
lient être soutenus par les Anglais, ils atta-
nt encore les possessions espagnoles. Il fallut
rer contre eux une expédition. Pareille chose se
lit sur d'autres points de l'Archipel et inquiétait
ipagnols et surtout les Hollandais, dont le pre-
poste n'est qu'à quelques heures de Singapour.
joxxY du grand agitateur de ces pays, M. Brooke,
appelait sérieusement rajah et qu'on venait de
ler gouverneur de Laboan ; l'annonce de la pro-
^ arrivée de bâtiments de guerre chargés de se
iter en Chine et dans l'Archipel, des menaces
^bliques de lord Palmcrston, n'étaient pas faits
rassurer.
idant que le capitaine-général Claveria se pré-
occupait de ses préparatifs d'attaque, j'avais eu Thoiineur, comme gérant du consulat d'Espagne, de recevoir et de présenter la mission de S. M. C. en Chine, dont le chef, M. Sinibaldo de Mas, est connu comme voyageur et comme sinologue. Il était chargé de conclure un traité semblable à celui de l'Angleterre et de la France, Ce fut une addition précieuse à notre petite colonie Continentale , et elle dura quelque temps, car il demeura assez en attendant qu'un paquebot fût venu le chercher de Manille. Nous profitâmes de ce séjour pour visiter les forêts vierges de l'ile, et parthnes un matin en canots pour une petite crique nommée Shang-Haë , située à quatre ou cinq milles, mais d'où, quand on venait par mer, on apercevait très-bien et le canal qui sépare Singapour du continent et l'île élevée d'Obin qui est située au milieu. Toute cette partie semble inhabitée et est couverte de forêts ; c'est de la province de Johore, qui forme l'extrémité de la presqu'île , que viennent même, dit-on, les tigres qui infestent nos environs. Il y a cependant à Shang-Haë une petite maison où on a placé quelques gardes et qui servent aux Européens ; une route va , par terre, jusqu'à Singapour, mais elle est rarement fréquentée. Quant aux bois, ils sont impénétrables ; on alla cependant à la chasse où on vit bon nombre de singes et où mon fils tua deux galéopithèques. C'est un rongeur fort curieux sem-
le à une énorme chauve-souris qui a de doubles telles et de véritables ailes au lieu de se soutenir ornent à l'aide d^m allongement de la peau [ne les polatouches. L'un d'eux était une femelle deux petits gui restaient attachés à leur mère et usaient des cris assez graves. Us n'avaient encore cils ni dents bien que déjà assez gros.
'andis que toutes les puiesances qui y avaient [que intérêt semblaient se préparer dans les mers ^hine à des événements inattendus, le capitaine ierre avait conduit vers le Nord la frégate la ire et la corvette la Victorieuse , qui composaient 'e station. Un troisième bâtiment , qui devait iuire M. Forth-Rouen, notre ministre, semblait iné à un voyage interminable. Je n'ai certes pas )ensée de blâmer le commandant Lapierre d'ar suivi cette direction après l'affaire de Terouane, je ne sais ni quels ordres ni quelles intentions il it ; mais je puis dire que sa résolution me contraria ement. Directement ou indirectement par Batavia, Français sont toujours, depuis que M. Chaigneau it mandarin en Cochinchine, demeurés en relation îc ce pays. Un négociant de mes amis m'a même, passant à Singapour, montré de magnifiques joyaux 'il était chargé de faire monter à neuf pour le roi. craignais donc une interruption de ce commerce et rtout que les Anglais, profitant de l'absence de nos
navires^ ne vinsfient offrir leurs services. Us n'y maa-* quèrent pas. A peine le capitaine Lapierre avait-il passé devant Hong*Kong» que le gouverneur, sir John Davis, se rendit à Terouane sur un bateau à vapeur. Là il offrit au roi un traité de commerce et renouvela en quelque sorte le parjure qu'on attnbue aux Hollandais. Comme la religion avait été la cause de l'attaque, sir John, dans la lettre qu'il écrivit, voulant dire que les Anglais n'étaient pas catholiques , affirmait qu'ils n'étaient pas fils du ciely c'est-à-dire chrétiens. U ne réussit pas cependant i car le roi fit une réponse pubUque qu'on afficha avec la deniande du gouverneur. Ces nouvelles et ces affiches nous vinrent de la Cochinchine et furent tranimises à Paris. Nous df^îmes en même temps que, lors de l'attaque du capitaine Lapierre , des missionnaires français avaient vu l'action et entendu le feu. Transportés dans des cage$ par des chrétiens du pays, ils avaient . été cachés dans les montagnes des environs. Enfin cette affiûre se termina, et les choses purent reprendre leur cours habituel , car nous reçûmes presque en même temps la nouvelle que, par suite d'un chajageiaent de règne , la persécution contre les chrétiens avait cessé en Cochinchine, et que nos deux vaisseaux s'étaient perdus.
On sait quel fut ce désastre ; ou sait comment le lieutenant Lapeline alla dans un simple canot en don-
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vis à Shang»Haï, et comment les Anglais s*emèrent d'aller recueillir les naufrs^. J'atotte hement que je fus très-sensible à ce ittalheur et le bellesallocutions sur la fraternité des marins, que thrases ronflantes sur la bonne conduite de chasur Tâmitié, la générosité des deux plus grandes ps du monde^ ne me consolaieiit pas. C^ fleurs létorique s'épanouisaent à chaque occasion , que iréchal SoultaiUe à Londres, que la reine Victoria
roi Louis-Pbilippe se rendent» l'une en Fraace, re en Angleterre^ qiie lés bourgeois de Paris ^nt l'exposition anglaise ou que ceux de Londres ent à notre hôtel de ville • Mais sortez de ces ca- 3s, si voiK passez les mers, si vous restez même e continent, partout vous verrez l'intérêt anglais >aé à l'intérêt français, partout sera non une ble rivalité, mais l'antagonisme; qu'il s'agisse de ique, d'industrie et même d'arts et de sciences, à cinq navires Jransais réunis k Singapour, et ce d'honnêtes marchands ; ils font leurs affaires par ermédiaire de négociants anglais; vous n'enten-
pas moins ces négociants s'écrier : « Mais les [içais veulent donc s'emparer de notre commerce! » iz sur un paqudbot des m^ers de Chtf^e et qu'on )uvre une voile française, on s'écriera : « Mais mt donc à faire les Français dans ces merst » orne je connais ces sentiments, que je savais de
quels quolibets y de quels commentaires notre perte était le thème, j'en étais vivement affligé. Peut-être y aurait-il eu moyen non de réparer le désastre, maïs de faire bonne contenance jusqu'au bout, de ne pas voir la flamme française disparaître entièrement de ces mers. Un armateur français, M. Barban, offrait de mettre un fort joli brick à la disposition du com— mandant Lapierre ; on l'eût armé en guerre et pu attendre ainsi l'arrivée de la corvette confiée au capitaine Jurien de Lagravière. Malheureusement quand cette proposition fut faite, des navires avaient déjà été frétés, et les naufragés devaient rentrer en France. Le capitaine restait pour attendre son successeur, et je reçus l'invitation d'arrêter à Singapour les lettres destinées à la station.
Les navires qui ramenaient nos compatriotes ne devaient pas s'arrêter à Singapour et je fus assez surpris un soir de recevoir du maître de l'hôtel l'avis qu'un bâtiment de guerre français avait été vu aux environs ; le lendemain un élève venait me prévenir qu'une grande partie de l'équipage de la Victorieuse était dans le port. On l'avait mise à bord d'un Américain, d'un véritable Yanky qui, après avoir changé \ingt fois de nom, était tranquillement ancré dans la rivière de Canton, où il servait de magasin pour l'opiunr. On le remplissait de ce poison, que les contrebandiers venaient ensuite enlever en échange de
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^s piastres d'Espagne, et si la malheureuse le chinoise osait s^en mêler, on avait de quoi pondre. Le navire était grand, spacieux, bien , avait un équipage nombreux et se trouvait en re d'envoyer au fond de TOcéan toutes les jonchinoises et toutes les autorités du Céleste Em- Les Américains, comme on voit, ne sont pas s sévères que les Anglais sur la morale commeret sur les droits des nations. Mais à ce noble )T, le vaisseau, toujours stationnaire, avait pourri pouvait plus tenir la mer ; dans la traversée , 3up de vent s'étant fait sentir, il avait éprouvé avaries et avait dû entrer à Singapour pour les rer.
t dus à ces circonstances Thonneur de voir M. Rit de Genouilly et ceux qu'il était chargé de con- 3. Personne n'ignore , car trop de preuves en ont ournies, qu'il existe le plus souvent quelque riva- 3ntre les officiers de marine et les agents politi- I et consulaires, les uns voulant empiéter sur les es, et chacun croyant défendre ses prérogatives, ime je trouve ces sentiments honorables , qu'ils nt, je crois, à un meilleur service parce qu'ils intro- $ent une surveillance réciproque, qu'ils ne nuisent à l'estime personnelle , je ne me défends pas de partager. Mais voir de braves gens qui, quelques rs auparavant , montraient si honorablement
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notre uniforme et le pavillon de la France, changés en de simples passagers conduits par un capitaine américain toujours ivre ! Remarquer la joie secrète avec laquelle les considéraient les Anglais qui naguère les avaient vus si brillants, et ne pas en être profondément blessé m'était impossible. Je me serais mis à leurs pieds pour les élever. On eut besoin d^ argent pbur le service, mais à cause de la situation anormale , on doutait du pouvoir du commandant pour engager le ministre de la marine, et on voulut que je souscrivisse les traites sur mon crédit particulier. J^y consentis sans hésiter , bien que ce fût contraire aux règlements, et n'en dis riai aux nouveaus^ arrivés. Je profitai de leur présence pour rendre le diner que m'avait offert la garnison. Enfin, je fis de mon mieux pour que personne put penser que leur infortune les avait amoindris, et je gagnai à cette conduite. Nous eûmes une aimable société, et des des- ^ sins et des récits pleins d'intérêt sur le naufrage et, nous l'espérons du moins, quelques amis. Je pensais que nous pourrions retarder le départ de ces visiteurs au delà des dix jours qu'ils croyaient nécessaires à leurs réparations, et je faisais pour cela mon possible; mais j'avais affaire à M. Lapeline, lieutenant du bord, qui me battit complètement. Il fut sourd à mes remontrances ; son navire fut réparé dans le temps indiqué, et ces messieurs mirent à la
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emportant pour le comte de Paris un Irès-beau auvage que je lui envoyais et qui mourut de sie au dire du savant et spirituel docteur qui en utopsie.